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georgeslondiche
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Evocation des années de guerre 1954-62 Regards sur l'actualité des rapports entre les deux nations.
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Blog Société
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03.03.2008
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Mon premier séjour à FERDJIOUA

Mon premier séjour à FERDJIOUA

Posté le 03.03.2008 par georgeslondiche
Voyage Algérie
Ces notes prises, à chaud, pendant mon séjour en Algérie sont retranscrites des feuillets(double-calqués ) retirés d'un carnet que j'ai laissé à mon ami AMMAR à FERDJIOUA.

Samedi 30 Octobre 2004, 5 h 10 mn ( du matin ) :

Je suis incapable de dire si j'ai dormi plus d'une heure d'affilée .
Je crois n'avoir jamais autant rêvé que cette nuit qui fut pourtant bien courte. Couché à 23h, j'ai bien dû mettre une heure pour m'endormir tant je pensais à ce que je voulais faire durant ce court séjour qui, je le sentais, allait passer bien trop vite.

Quand j'écris " ce que je voulais faire " , je devrais plutôt dire " ce que j'ai promis" de faire ," à un lecteur algérien ( lecteur de mon livre ) qui m'a demandé d'apporter un rasoir électrique à son " Tonton " ( le qualificatif est du lecteur ) , qui habite JIJEL, et qui m'a demandé aussi d'aller voir sa Maman qui me remettra du miel pour le rapporter à son fils. Autre promesse faite à un ancien responsable du FLN ( Front de Libération Nationale ) pendant la guerre 1954-1962, à Grenoble, promesse d'aller rendre visite à l'un de ses amis à JIJEL, devenu sénateur .
Et, encore, une autre promesse, celle là, faîte à un lecteur français auteur d'un livre sur la guerre d' Algérie - LES EGORGEURS - et qu'il m'a demandé d'aller remettre accompagné de la lettre qu'il a écrite, à une famille de TAHER ( 18 km de JIJEL ) dont il a bien connu un membre pendant son séjour en Algérie pendant la guerre .
Trois promesses que je dois absolument tenir. Avec en plus, celle faite à l'un de mes correspondants de répondre à l'invitation de ses Parents à TAHER .
( Il s'agit de mon ami YACINE qui est parti le 26 Octobre de Taher pour venir terminer ses études en France, à Marseille). Quatre promesses à tenir, sans compter celle faite à moi-même, et qui m'a tiré du lit, de tenir à jour le fil de mes occupations jusqu'à vendredi ( jour de mon retour à Sassenage .
Comment arriver à dormir d'un sommeil profond avec ces idées dans la tête? ( De ces cinq promesses , une seule aura pu être tenue. On comprendra pourquoi, par la suit ).
En plus de ces promesses, mes pensées étaient occupées par le programme organisé par mon ami AMMAR, l'un de mes tous premiers correspondants et qui, fin Août, avait passé trois courtes journées à Sassenage, au cours desquelles nous avions réussi à trouver le temps de rencontrer l'auteur de la " quatrième de couverture de mon livre, l' ancien responsable du FLN, le Consul d' Algérie et le Maire de SASSENAGE .

Comme si il n'y avait pas assez matière à rêver avec tout ça, il y avait aussi les images de mon départ de Sassenage, le vol , le trajet CONSTANTINE - FERDJIOUA dans la voiture de mon ami AMMAR venu m'attendre comme il me l'avait promis.
Coup d' oeil sur la montre, il y aura bientôt une demi-heure que le stylo court sur la feuille .
Et vite, car le temps m' est précieux. Alors , tant pis si quelques mots ou phrases font désordre, - mauvaise orthographe et piètre français - dans ce récit qui ne comportera ni ratures, ni brouillons.
Sur ce, il est temps de livrer au carnet le récit de mes premières heures dans l' ALGERIE dont j'ai dit à une association grenobloise qui me posait cette question ainsi qu'à une vingtaine de personnes de Grenoble : "Quel regard portez-vous sur l' ALGERIE d' aujourd ' hui " qu 'un jour j'irai voir si elle était bien telle que je la voyais en ce mois de Février 2003: Debout , souveraine et courageuse. Depuis pas encore un tour de cadran, puisque l' avion a atterris à 19 heures, j'ai commencé à voir .
Avant d ' aller plus loin , cette question aux Français qui s'interrogent sur l'Algérie d'aujourd ' hui et tout particulièrement à ceux qui ne la décrivent qu'au travers de ses difficultés. Des centaines de livres ont été écrits, par des Français, sur la guerre d' Algérie . Combien de leurs auteurs sont venus ici leur livre - pour le mien, il faut ajouter un S - dans leurs bagages? Une chose est d' écrire sur l' Algérie, une autre est de venir, ici , parler de ce que l ' on a écrit. A ce propos, merci à ceux de mes lecteurs qui, auteurs d'un livre ont accepté de m'en faire parvenir un exemplaire pour le présenter ici en leur nom.
Merci de leur geste et, plus encore, de la confiance qu' ils me font.
Maintenant, retour à Sassenage car n'est-il pas mieux pour ne rien oublier de commencer par le départ de Sassenage?

29 Octobre 13 h 45,

L'avion décolle dans moins de quatre heures et il faut se présenter deux heures avant aux formalités d'embarquement.
Initialement, j'avais prévu de prendre la navette de Grenoble - aéroport de Lyon - Satolas et puis ....13h 45....
J 'attends le Maire de Sassenage qui m'a dit il y a quelques jours, alors qu ' il me remettait des présents de la ville à offrir ici, en signe d ' amitié, qu' il serait heureux de m' accompagner à l' aéroport .
C 'est le seul maire de l'agglomération grenobloise qui m ' ai soutenu dans mon projet de rapporter, en Algérie , les carnets de route d ' un combattant algérien de la guerre 1954 - 1962 .
Comme il fut le seul à honorer de sa présence la présentation de mon livre qui eut lieu dans les locaux d' une association grenobloise franco-maghrébine, au printemps 200. Pour un "écrivai " -n' oublions pas les guillemets- ce sont des faits qui ne s'oublient pas.
A noter que le Conseiller général du canton, retenu au Conseil s'était excusé.
Depuis, il y a eu la fête des communautés à Sassenage.
Sans aucun doute, pour la première fois dans l ' Histoire, le drapeau algérien a flotté, au grand jour, à Sassenage.
Avant mon départ pour FERDJIOUA, le Maire m'a proposé de représenter Sassenage pendant mon séjour en Algérie.
Comme il insistait, j'ai accepté sans pour autant, et il le sait, devenir l' un de ses soutiens politiques.
Et voilà comment le 29 Octobre à 13 h 45 ....Je l'attends. Il m'a promis d 'être là à 14 H.
13 h 50, un coup de sonnette, c' est lui .
En écrivant ces lignes, je souris en me souvenant de ses premières paroles: " Le chauffeur est là ".
' est lui qui charge la valise -31 kg 200 pour 30 kg autorisés mais "on" - des amis algériens - m' ont dit que quelques deux ou trois kilos de plus étaient tolérés.
Moins d ' une heure pour rejoindre Satolas ( l' aéroport ).
Au moment de partir en embrassant mon épouse, j'ai pensé à une autre femme, à un autre départ pour l ' Algérie, c' etait au lendemain de Noël 1958.
J'ai pensé à ma Maman qui, disparue l ' an passé, n' aurait peut -être pas été étonnée par ce nouveau départ pour l ' Algérie.
Plus le temps de se replonger dans les émotions du passé. Dès notre départ, le Maire m'a expliqué le déroulement des formalités d' embarquement.
Une fois la voiture garée, il m'a accompagné jusqu ' au guichet au delà duquel seuls les passagers peuvent aller.
Bien sûr, durant le trajet nous avons parlé un peu des derniers "événements" de Sassenage.
Je met des guillemets tant ces événements me semblent puérils par rapport à l ' Algérie.
A la semaine prochaine, Monsieur le Maire.

17 h 40 ,

L'avion décolle, moins de deux heures après -je passe sur la beauté de la mer de nuages puis sur le crépuscule semblant transformer l' horizon en une barrière de feu- nous atterrissons à CONSTANTINE. Formalités de débarquement, AMMAR est là comme il me l 'a promis.
Passage à la douane qui , sans doute, trouvant la valise un peu lourde, me demande de l'ouvrir.
Je demande au douanier de m'aider car je n'ai pas de couteaux et les ficelles de sécurité refusent de se dénouer. Aucun douanier n'a un couteaux, l'un a un briquet, ça fera l 'affaire.
Je passe sur la surprise des douaniers découvrant les livre .
Froncement de sourcils en lisant à haute voix : " Guerre et guerre ".
Un instant je me suis dit que si ils trouvaient les carnets du Maquisard, ils seraient capables -conscience professionnelle, et, pourquoi ne pas le dire? sécurité obligent- de me les confisquer mais ils sont sur moi et comme je viens d ' avoir une fouille en règle, le portique ayant sonné à cause de la valve cardiaque que je porte., ma valise est refermé avec l' aide d' un douanier.
Trente octobre,7h35, Je reprends la rédaction, de ces notes, interrompues par le petit-déjeuner.
Je reviens à CONSTANTINE que nous quittons aux environs des 20h30.

Pas loin de 100km pour rejoindre FERDJIOUA.
A l' attention de certains de mes amis français qui n' imaginent les routes de l' Algérie qu' avec du sable et des chameaux, je note que celle que nous empruntons est parfaitement goudronnée et que, grâce aux panneaux de signalisation même un Français ne se perdrait pas. Et pour cause, les panneaux sont écrit en arabe et en français.
Il fait, maintenant, nuit noire et j ' imagine que beaucoup de Français se trouvant à ma place n' y serait pas à ' aise.
Et moi? Suis-je bien à l' aise? J'en ai tellement entendu , ou lu, sur la sécurité, ou plutôt l' insécurité, en Algérie.
' espace d'un instant, cette question m'est venue à l' esprit mais je suis tellement pris par notre échange d' impressions et de projets avec Ammar que la réponse en oublie de venir .
Soudain, sur le côté droit de la route apparaissent deux ânes trottinants.
Seuls, où peuvent - ils bien aller à cette heure? Et puis quoi? Je m'attendais à trouver des barrages de police et je trouve des ânes ... Oui, je sais, il ne manquerait pas de Français pour tourner ce paradoxe en humour critique et malveillant pour l' Etat algérien.
Si cela peut leur faire plaisir qu' ils sachent que nous rencontrerons un barrage un peu plus loin.
Surprise des policiers de rencontrer un Français, présentation du passeport, quelques questions, en arabe, à Ammar et puis ...." Bienvenue chez nous ".
Nous continuons notre route, je m'étonne auprés d' Ammar de la présence des ânes sur le bas-côté de la route.
Je pense à mes compatriotes auxquels je ne cesse de dire que les sociétés française et algérienne sont différentes.
Comme s ' ils voulaient confirmer mon impression, plus d ' un automobiliste ne se soucient guère des lignes blanches. Je le fais remarquer à Ammar en lui disant, mi - affirmatif , mi - interrogatif : " C' est l ' Algérie !? ".
Dans un éclat de rire, il me répond: " Tu as raison, c'est l ' Algérie " Les ânes continuent leur route et nous la notre, nous traversons des agglomérations, villes ou villages, ce n' est pas évident au premier coup d ' oeil, ni au second car, à ce moment là, l ' agglomération est derrière nous.
Tout juste ais -je eu le temps de m' apercevoir que les cafés étaient pleins mais je n' ai pas aperçu de femme à l ' intérieur. Elles déambulent dans la rue, voilées, pas voilées, jeunes, moins jeunes et, certaines, doivent se souvenir de la France coloniale.
Au bout d' un peu plus d' une heure de route, nous arrivons à Fredjioua. L'épouse et les trois enfants d ' Ammar m ' accueillent comme si j' étais l' un de leurs parents.
Deux mots pour parler du "déballement" de la valise. Pour cela, j ' ai demandé l 'aide des trois filles de mon ami.
La plus âgée a l ' âge de ma petite fille -entre 11 et 12 ans- , j ' ai un moment de tristesse en pensant qu ' elles ne joueront jamais ensemble car, même si elles se rencontrent un jour, elles n' auront plus tout à fait le même âge qu' aujourd ' hui. Le temps passe trop vite qui les voit grandir aussi vite que se rapproche la fin de la dernière ligne droite de ma vie.

8 h 15 ,

( Nous sommes toujours le samedi 30 octobre). Ammar a emmené les enfants à l 'école et son épouse est partie à son travail.
Il est 12 h 45 au moment où je prends stylo et carnet. Ce matin, mon ami ne travaillant pas (il est professeur dans un lycée technique), nous avons fait un premier tour en ville. Tout de suite , je m ' aperçois que ma visite n ' est pas ignorée . Nous passons devant un bureau de poste et , malgré Ammar qui me dit que je pourrai téléphoner de chez lui , j ' appelle mon épouse qui , bien que ne s ' inquiètant pas , m ' a quand même demandé si je prenais bien les cachets prescrits suite à mon opération d ' une valve cardiaque .

Après , nous sommes allés rencontrer le Maire de Ferdjioua ,. Une fois de plus , j ' ai raconté l ' histoire des carnets que je lui avait mis entre les mains . Plus d ' une heurea passée pendant laquelle , plus d ' une fois , j ' ai dû m ' appliquer à maîtriser mon émotion . Pour la remise la lettre du Maire de Sassenage , elle se fera ce soir à la réception à la Maison des jeunes et , me dit le Maire , ce sera en présence du Sous - Préfet . Nous rencontrons le Sous-Préfet dans son bureau et je lui raconte la même histoire , celle des carnets . Au cours de notre discussion , comme il me demandait comment je trouvais Ferdjioua et que je lui répondais que je me refuse toujours à comparer les sociétés française et algérienne en souhaitant qu ' elles soient identiques , il me dit : " Nous sommes musulmans et vous chrétiens " . Je lui répondis que la société française était laïque et que , pour ma part , je l 'ai écrit dans mon livre , je suis athée . Avec lui aussi , nous avons parlé plus d ' heure et , au moment de se quitter il m ' a dit : " A ce soir " .

Petite promenade dans les rues pleines de monde et de voitures , ces dernières , souvent , d 'un âge " respectable " . Cet âge est l' un des aspects de la différence de nos société et il ne servirait à rien de le nier .
Comme dans les bourgs traversés hier , il y beucoup de femmes voilées .
Plus ou moins que des femmes non-voilées ? Je ne saurais le dire mais je garde une image symboliques de ces femmes .
Une image que j'aurais bien voulu fixer sur la pellicule , hélas , ici et peut - être plus qu ' ailleurs , les gens n 'apprécient pas d ' être photographiés par un inconnu .
C 'est dommage , dommage surtout pour l ' image de la femme en Algérie . Quel camouflet pour ceux qui en France , en Algérie ou n' importe où dans le monde prétendent dicter aux femmes leur tenue vestimentaire , quel camouflet que cette image que je garde en mémoire : Deux femmes , entre 18 et 25 ans , bavardant joyeusement et tenant chacune d ' une main l ' une des sangles d ' un sac de voyage peut - être plus lourd que l'une ou l 'autre d ' entre elles . Une , portait un voile qui laissait apercevoir des chevilles et des chaussures à talons hauts , trés hauts ;L' autre portait un débardeur décolleté dans les mêmes proportions que la hauteur des talons de son amie ,et un jeans comme les jeunes les affectionnent en France , longs du bas et courts , trés courts du haut . Comme le débardeur ne descendait pas jusqu 'aux hanches , on comprend pourquoi ces deux femmes étaient peut - être l ' image de l ' Algérie moderne .
En tout cas , elles se promenaient , en toute liberté , dans une rue de ce coin de l'Algérie profonde . Eusse été possible il y quelques années ? Rentrés à la maison , Ammar me propose de manger car il est déjà midi passé .
Lui ne mange pas, c 'est le carême . Moi , avec toutes ces premières émotions qui me tournent dans la tête, je ne pense plus à avoir faim mais il faut bien se restaurer un peu .
Ammar part pour le lycée , il a cours cet aprés -midi.

23 heures , pile !

Il est temps de prendre un peu de repos combien de quart d'heure vont s'écouler avant que je n'entende plus les questions et les remerciements de plus d 'une trentaine d 'anciens moudjahidine de la région et de presque autant de responsables d' associations et des jeunes -18 à 40 ans-?.Pour ce soir, je vais en rester là du récit, les idées, tout ce que j'ai vécu ce soir se bouscule trop dans ma tête . Me croira -t- on , à Sassenage, quand je raconterai cela? Certains qui me connaissent bien, oui, pour les autres, tant pis; Mes petits -enfants n' en font pas parti . Bonsoir , à demain.

Dimanche 31 octobre 5 h 28 ,

Je ne suis même pas encore sorti de la chambre pour aller aux toilettes. Je suis réveillé depuis un bon quart d 'heure, je viens de feuilleter trois quotidiens achetés hier : LA NOUVELLE REPUBLIQUE , L' AUTHENTIQUE et EL ACIL . C' est sûr, je terminerai leur lecture en France. Je devais être un peu fatigué car je ne me souviens pas avoir rêvé. Je me suis endormi tout de suite en pensant à Sassenage, à tous ceux qui ne peuvent pas imaginer l' accueil que je reçois ici. Hier, aux environs de 19 h, mon épouse m' a appelé au domicile de mon ami Ammar qui m'héberge.
Elle doit rappeler ce matin car, hier soir, à cette heure, je me trouvais, invité, chez le correspondant régional du quotidien national, LA NOUVELLE REPUBLIQUE, celui - là même qui m' avait contacté, au mois de Mars, pour me demander l' autorisation de parler de "Guerre et "guerre" d' Algérie" dans son journal.
J' avais accepté à la condition qu ' il ne se serve pas du livre ou de mon nom pour intervenir dans la campagne électorale présidentielle.
Nous avons continué à correspondre et de plus en plus familèrement, d' autant plus que son épouse a subit, il y a un mois et demie, la même opération cardiaque que moi, il y quatre ans -pose d ' une valve aortique- et que la mienne a reçu quatre pontages, il y aura deux ans dans moins d' un mois.
De tels événements, quelques soit la nationalité, la religion ou les opinions de ceux qui les vivent rapprochent les gens, établissent une sorte de solidarité, de complicité entre ceux qui ont subit, à des degrés divers, les mêmes angoisses, les mêmes souffrances et partagés les mêmes espoirs.
Et voilà pourquoi à l' heure où, de Sassenage, le téléphone sonnait chez mon ami, à l' instant où je croyais avoir terminé le repas que je prenais avec le journaliste et sa famille , je devais faire honneur à un couscous .
En France, le plat le plus copieux vient au milieu du repas. Ici, après je ne sais plus trop quoi de ça et de ça, était arrivé un plat sucré dont j ' avais cru que c 'était le dessert. Et bien non! Avant le desser composé de fruits natures, poires, pommes, raisins etc..., il a fallu passer par le couscous.

Vers la fin du repas est arrivé un gars, jeune par rapport à moi - 35, 40 ans environ- qui est professeur d' anglais au lycée local et qui connaît bien la région grenobloise mais dans laquelle il n 'est pas retourné depuis une décennie.
Il souhaite que je rencontre son Père qui fut torturé par l' armée française et qui, malgré cela, n' a jamais cessé d' aimer les Français, surtout ceux qui lui ont appris à lire.
Ce n' est peut-être pas évident à comprendre mais c'est ainsi. Beaucoup d' Algériens n' ont pas gardés que des mauvais souvenirs de ce q ' ils appellent, d' ailleurs à juste raison , l' "époque coloniale".
Au cours de la discussion, je lui ai demandé s' il serait partant pour participer au projet de relations entre Sassenage et Ferdjioua. Il souhaite que son collège corresponde avec un établissement scolaire de France alors, pourquoi pas Sassenage? Nous en étions là quand le journaliste déclara: "Il faut y aller, c'est bientôt 20 h 30 ".
Ce n était pas le couscous qui faisait une étrange impression à mon estomac. Comme souvent, les choses ne se passaient pas tout à fait comme je les avait envisagées. Il y a plus d 'un an, quand j ' ai envisagé sérieusement de ramener les carnets en Algérie, j 'étais persuadé que ce serait à TAHER, la commune du Maquisard et voilà que je me trouvais à Ferdjioua à plus de 100 km de TAHER.
J' avais souhaité établir des relations avec cette ville où j'avais au moins deux correspondants sérieux et voilà qu' ils viennent, en même temps, d' obtenir leur visa pour venir terminer leurs études en France. Il y a moins d une semaine un s'est envolé pour Marseille et l' autre pour Paris.
Ammar a prévu que nous allions quand même à TAHER via JIJEL -ou demeure la Maman de l'un de mes correspondants de France, celui qui m 'a demandé d' aller la voir au cours de la semaine. En attendant, ce soir, dans quelques instant, va se tenir une " conférence sur le livre "Guerre et "guerre" d' Algérie " "de Monsieur Georges LONDICHE ", (les guillemets sont là pour pour indiquer que ce sont les propres termes des organisateurs).
Le comble est q ' il n ' y a que quelques secondes -en écrivant ces lignes- (nous sommes toujours le dimanche 31 octobre) que je viens de découvrir que "Tout y est" . Quoi donc? Et , où ça? .

Et si, pour une fois, on commençait par la fin? Où ça?, dans la reliure présentant la "conférence.
Hier soir, je n 'avais eu que le temps de lire sur la couverture, sur fond rouge :"République algérienne démocratique et populaire ". Ce document vous est offert par la Maison des jeunes TIKOUDENNE MESBAH (c'est le nom d' un gars tombé pour l' Algérie) à l 'occasion du 50 èm anniversaire du déclanchement de la Révolution algérienne. Voilà pour la couverture de la brochure dans laquelle "tout y est". En l' occurence, "tout y est" signifie l' "essentiel". Avant de décrire cet "essentiel", je veux dire à l' adresse de ceux qui écriront sur l ' Algérie, que ce soit sur la guerre ou sur tout autre sujet, mieux vaut, pour eux, qu 'ils aient les idées claires sur ce qu 'ils écriront, au moins vis à vis de leur conscience car il peut toujours arriver que l 'on écrive une bêtise mais, dans ce cas, la différence apparaît vite entre l'erreur involontaire et le mensonge conscient. Si on a écrit n' importe quoi, en France, sur la guerre d ' Algérie, mieux vaut ne pas se pointer en Algérie devant un auditoire d 'anciens combattants de la guerre d' Indépendance car ceux-ci , même s' ils ne savent pas tous lire, savent de quoi il retourne.
Oh ! l' "écrivain" ou l ' écrivain qui aura écrit ' importe quoi rentrera intacte en France mais il aura appris, à ses dépens, ce que signifie le mot "ridicule".
Mais revenons à l "essentiel".
Il est fait de deux articles parus dans LA NOUVELLE REPUBLIQUE , de coupures relevées dans les rares articles que la presse consacré au livre et que j ' avais envoyé à mes correspondants ainsi que les articles parus dans SASSENAGE EN PAGES le bulletin municipal du mois de Septembre , articles que j'avais envoyé par internet pour , comme il est usage de dire , information et sans penser un seul instant que je les retrouverais dans une brochure distribuée à l ' occasion de cette soirée .
Imaginons un instant que j ' eusse travesti la réalité dans les messages envoyés . On peut beaucoup parler dans une assemblée , à la tribune d 'un meeting ." Les paroles s 'envolent " et , encore , pas toujours et , dans ce cas , c 'est parole contre parole .
Les écrits , eux , restent et , parfois , là où on s 'y attend le moins .
Par exemple , en Algérie . Mais remontons le temps jusqu ' à hier , un peu plus de 20 h 30 .
Nous venons d ' entrer dans la M J C .
Dans une salle décorée aux couleurs de l ' Algérie , vert , blanc frappées du croissant rouge et de l ' étoile de même couleur, je compte six rangées d ' une dizaine de chaises , une longue table est placée juste au dessous des couleurs algériennes " ça va se tenir ici " me dit Ammar . Nous retournons dans le hall où arrivent des personnes qu 'Ammar et le directeur de la MJC me présentent et de qui , ce matin , je suis incapable de me souvenir des noms et des fonctions qu ' elles occupent à Ferdjioua . Dans le couloir , en arrivant , j' ai lu sur un grand panneaux des extraits d' un livre français parlant du 8 février 1962 . J 'ai noté son titre " l ' Oublie et la mémoire " de Charlotte Nordmann . J 'ai relevé quelques passages : " Au lendemain de la manifestation , seuls l ' Humanité et Libération dénoncent la violence de la répression ..." , " ...la police charge et huit personnes trouvent la mort ..." Je n ' ai pas besoin de me pincer pour savoir que je ne suis pas dans le hall de l'Humanité ou dans celui de Libération mais dans celui d ' une maison des jeunes en Algérie . Retour dans la salle où , maintenant , toutes les chaises sont occupées et des personnes arrivent encore pendant qu ' Ammar me demande de m'installer derrière la table . S 'y installent aussi le Directeur de la M J C , le Maire de Ferdjioua , le Président de la section des anciens Moudjahidine de Mila et mon ami , le journaliste de La Nouvelle République . Ammar me glisse , en douce , "Ne parle pas trop et vas-y doucement " . J 'ai bien envie de lui répondre que Loulou - lui aussi appelle ainsi mon épouse et, de plus , croit qu ' elle est d ' origine asiatique car , hier , l ' ainée de ses filles m ' a demandé si j 'étais marié à une chinoise car m ' a - t - elle dit " Papa m 'a dit qu 'elle avait des yeux comme ça " . Et de faire un geste évocateur en tirant les coins de ses yeux en arrières . Il faudra que je prenne le temps de lui montrer quelques photos que j 'ai emmenées et dont je regrette, aujourd ' hui , de ne pas en avoir emporté plus . Bon où en étais - je ?Ah oui !...J 'ai bien envie de répondre à Ammar que Loulou m ' a fait cette recommandation plus d 'une fois . La réunion commence par la distribution du " montage - collage "que j'ai réalisé à une centaine d ' exemplaires . Il consiste en deux pages réunies qui représentent une vue aerienne de Grenoble, deux pages que j ' ai extraites d ' une brochure du comité de jumelage Grenoble - Constantine . Avant mon départ , je m ' en étais procuré deux fois 50 exemplaires pensant que cela pourrait me servir et , ce soir , c ' est le cas . A ces deux pages en est jointe une partie d ' une troisième représentant un coin de la ville et un mot du Maire de celle-çi , Monsieur Michel DESTOT Député - Maire ( parti socialiste ) .
Etant de Sassenage , j ' ai demandé au Maire de ma ville , Monsieur Christian COIGNE, de faire un mot que je placerai à côté de celui du maire de Grenoble . J ' ai aussi pensé à solliciter un mot du conseiller général du canton , Monsieur Alain CHAPLAIS ( parti socialiste ) mais , après réflexion , je me suis abstenu , cet ami venant de subir , tout récemment , une opération chirurgicale du genre de celles que le monde médical qualifie de "lourde " . Je me suis refusé à aller le déranger , sachant que déjà nombreux sont ceux qui , croyant bien faire , par leur visite - venant s ' ajouter à d ' autres - multiplient les moments pris au repos du convalescent . Pour y être passé , mon épouse et moi , savons que dans ces cas , c' est de calme que nous avons le plus besoin . Voilà , j ' ai tenu à inscrire ces précisions dans ce " carnet de séjour " car elles éclairent assez bien les rapports cordiaux que j 'entretiens avec ces trois élus . Au vu des arcanes de la politique régionale , ces précisions ne m ' ont pas semblé inutiles .
Dans la brochures de la MJC , des dizaines d ' Algériens découvrent les noms du Consul de Grenoble , des Maires de Grenoble et de Sassenage , celui de l' auteue de la quatrième de couverture de " Guerre et " guerre " d ' Algérie " dont Ammar rappelle qu 'il fut un Insoumis de la guerre d ' Algérie . Il le dit en français , après l ' avoir dit en arabe , sans doute à mon attention car je suis bien le seul à ne pas comprendre cette langue et pour cause ....A combien de Km d 'ici se trouve le premier Français ? Ensuite , je ne me souviens plus dans quel ordre ont parlé le coordinateur des Moudjahidine ( non , il n 'y a pas de faute , les Algériens ne mettant pas de " s " à ce pluriel . Pour les autres , je ne sais pas ) , le responsable de la MJC , le Maire et et d ' autres personnes dans la salle . Le Sous-Préfet , Monsieur KADRI est là . Tout à l ' heure , il m'apprendra que LEÏLA , l ' infirmière citée dans les carnets , et donc dans le livre , est toujours en vie et qu 'il souhaite que je la rencontre .
Une difficulté à cela , elle demeure près d ' Alger qui n 'est pas la porte à côté .

Jusqu'à présent , les intervenants ont tous parlé en arabe mais , maintenant , les questions que l 'on me pose le sont bien en français et je n 'aurai pas le prétexte de dire que je n'ai pas compris si je ne sais pas y répondre . En voici quelques unes au hasard :
- Pourquoi ce titre " Guerre et " guerre " alors qu ' il n ' a eu qu ' une guerre ? - Qu ' est ce qui motive votre amour ( ce fut le terme employé ) de l ' Algerie ? -Dans quelles conditions ces carnets furent - ils trouvés ?
- Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de les rapporter ?
J' ai répondu sans détours et mes réponses - il me le dira une fois que nous serons rentré à la maison -ont plus d 'une fois inquièté Ammar . Pensez-donc ! Dire que vous constatez , et regrettez beaucoup , qu 'il n ' y est pas de femmes dans l'assistance alors qu 'il y en avait dans les Maquis a de quoi surprendre dans une telle assemblée .
Je veux , dans ce " carnet de séjour " noter ma réponse à la troisième question rappelé plus haut : J 'ai indiqué ce que je dis toujours , à savoire que ce n 'est pas moi qui les avait trouvés et conservés .
J 'ai alors parlé un peu fort pour dire que dans cette salle , il y en avait peut - être qui ne serait pas nées si mon copain avait remis ces carnets au chef de section ou au capitaine Après cette réponse , le Sous - Préfet s 'est adressé à la salle , en arabe, pour lui dire que j 'avais , en écrivant ce livre , fait ce que les Algériens n' avaient pas pu faire et que les notes de ces carnets seraient précieuses pour les historiens algériens . Ne comprenant , évidemment , pas plus l ' arabe qu 'à mon arrivée, c'est Ammar qui me traduit l'essentiel de cette longue intervention .

Ce dimanche 31 octobre à 11 h 45 ,

les carnets ont été remis , officiellemnt , à Monsieur DJAMEL ZEHIR , le responsable de la Direction des Moudjahidine de la wilaya de MILA , au siège de cette direction . Informé , le Ministère des Moudjahidines a confié à Monsieur ZEHIR , la mission de faire parvenir ces carnets à ALGER où ils seront exposés dans le musée de la guerre de l ' Indépendance et mis à la disposition des historiens .
C ' est mon amie Mina , une lectrice de " Guerre et " guerre" d ' Algérie " , qui habite ALGER , avec sa Maman , qui va être contente de savoir ces carnets , enfin , à la place qu ' ils méritent .
Mina et sa Maman ont bien connues les années 1954 - 1962 .
Mina , alors toute jeune adolescente , fut arrêtée et torturée par l ' armée française et , malgré cela , elle n 'en veux pas à toute la France .
C 'est elle que me parvint , un soir de l ' année 2003, mon premier coup de téléphone d ' Algérie . Quelle ne fut pas ma surprise d 'apprendre que Mina , cette dame que je ne connaissais absolument pas avait apprécié mon livre . De plus sans l'avoir encore lu car me dit - elle " C 'est ma Maman qui l 'a lu en premier et elle m ' a dit que c 'était trés bien " .
Et moi de lui répondre " Quel âge a votre Maman ? " .
Réponse qui , pendant quelques secondes interminables , me laissa sans voix tant était forte mon émotion .
Ceux qui ont lu le livre comprendront pourquoi . Pour les autres , qu 'ils sachent que , dans ses pages , j ' ai dit , sans détours ce que je pensais de la guerre , bien sûr , mais aussi des sociétés , des religions etc .... Il est , maintenant ,17 h 45 , c' est bientôt la fin du jeûne et Ammar commence à s ' impatienter .
Je laisse carnet et stylo , heureux que le temps n 'est pas encore réussi à prendre de l ' avance sur la rédaction de ces notes de séjour .
Lundi PREMIER NOVEMBRE . En ce jour de fête nationale comment écrire cette date autrement qu 'en majuscules sans manquer du plus élémentaire respect pour ce que beaucoup d ' Algériens appellent l' " Esprit de Novembre " ? Rien à voir avec quelque " surnaturel " que ce soit mais , simplement , ce qui n 'est autre , malgré bien des embûches , des malheurs et des drames , que la poursuite des objectifs de la Révolution algérienne et la consolidations de ceux atteint , à commencer par l ' Indépendance .
Hier, - je pourrais presque écrire " il y a quelques instants " , Ammar m ' a demandé alors que je me préparais pour la nuit : "Tu n ' écris pas ? " . " Non " lui ais - je répondu " Ce soir dans moins de trois minutes , je serai endormi " . Et ce fut vrai .
J ' avais regardé l ' heure , il était 23 h 45 et nous étions bien à la veille du " 50 ème Anniversaire ". Ce matin , en ce moment, ma montre indique 5 h 8 mn . J ' ai l ' impression d ' être en Algérie depuis quinze jours . Je compte sur mes doigts en regardant mon pouce levé et en pensant " samedi " puis , idem pour le doigt suivant , et ce sera le majeur qui m ' indiquera que je n ' ai vécu que deux jours dans l ' Algérie d ' aujourd ' hui .
Une Algérie à la charnière d ' une partie du monde , partie , qui affuble - de quel droit ? - les autres , des noms de " Tiers monde " ou " Quart - monde " .
Cette partie, n ' ayant apparamment pas trouvé de fraction arithmétique à son goût s'intitule , en toute modestie , " Monde moderne " . Voilà qui m ' amène à emprunter quelques pages à ce carnets pour dire l ' impression que m ' ont fait les enfants participant à une course pédestre dans les rues de Ferdjioua .
Cette impression n 'est , sans doute , pas du goût des organisateurs mais tant pis . Elle en illustre parfaitement une autre plus générale : Celle que me fait l ' Algérie que je découvre un peu plus à chaque instant , une Algérie qui semble courir après ce monde qui se prétend " moderne " mais où sont prônées , glorifiées, avant toutes autres , les lois du marché , celles du "chacun pour soi " .
Oui , l ' Algérie que je découvre me semble , trop souvent , courir après ce " monde moderne " en s'excusant de son retard économique .
Ainsi , cette course à pieds dans les rues de Fredjioua .
Dans l ' allure - ou plutôt dans les allures car il y avait l ' " apparence " et la " vitesse " - de ces enfants courant en faisant honneur au " 50 èm anniversaire " , on devinait une joie et une fierté intérieure , seulement , voilà , derrière eux il y avait les autres et d ' autres encore derrière ceux - là .
Et là , ce n ' était plus de la fierté que l ' on voyait - plus besoin de deviner - chez eux mais du désespoir .
Désespèrés ces enfants , comme s ' ils n ' étaient pas dignes d ' honorer le 50 èm anniversaire parce que pas capables de courir plus vite que ne le leur permettaient leurs forces physiques .
Devant ces mômes , de l ' âge de mes petits - enfants qui , n 'en pouvant plus de courir , mettaient un pied devant l ' autre en tenant une main sur leur poitrine . Plus précisément , à l ' endroit où les chirurgiens interviennent quand on manque de plus en plus souvent de souffle . " Opération cardiaque " ou , encore , " à coeur ouvert " qu ' elle s ' appelle cette intervention .
Devant ces mômes , je me suis retenue de crier " Arrêtez - vous ! , Reposez - vous ! Votre pays a besoin de votre souffle , de votre coeur , de vos forces ! Ne tombez pas dans le piège de la compétition !Prenez le temps de réfléchir un peu et vous vous apercevrez que la compétition , surtout la sportive , c 'est toujours vouloir être supérieur à l ' Autre .
Ne serait - ce pas mieux de vouloir l ' aider ? Ces lignes , dont certains ne manqueront pas de se demanderont ce qu ' elles font dans les notes d ' un séjour en Algérie ,ne plairont pas à tout le monde mais, je m ' en moque . Elles ne sont pas écrites sur un coup de colère , ceux qui ont lu le livre le comprendront . A l ' adresse de ceux qui les lieront et , plus particulièrement de ceux qu 'elles auront irrités - je devine qu 'il y en aura - cette question : - Vous êtes - vous demandez , au moins une fois , pourquoi la plupart d ' entre-nous , Français , Algériens , Chinois ou de n ' importe quelle nationalité , sommes capables de citer des dizaines de noms de vedettes sportives et incapables d 'en citer une seule , de grands chirurgiens ou scientifiques , sans de longues minutes de réflexion ? Au fait , pourquoi ne sont - ils pas classés " Vedettes " ou " Stars " , ces savants à beaucoup desquels l ' humanité doit sa marche vers un avenir plus serein à condition que les humains prennent conscience qu ' ils sont condamnés à vivre ensemble ou à disparaître ? Course à pieds, compétition , vainqueurs , vaincus , applaudissements , huées , ces mots dans ce rapport de voyage .... Et ces paroles adressées à des lycéens d ' ALBI le 30 Juillet 1903 : " Le courage c 'est de chercher la vérité et de la dire ; c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques " . Celui qui les prononça fut assassiné le 31 Juillet 1914 . Il s'appelait Jean JAURES .
J 'ai cru que quelques lignes me suffiraient pour parler de cette course à pied mais les mots ont couru plus loin que les limites de Ferdjioua mais je ne le regrette pas .
Le reste de cette journée du 31 Octobre sera plus rapidement résumé bien qu ' il s'agisse d 'un hommage au PREMIER NOVEMBRE . A l ' exception de l ' intérêt des spectateurs je n ' y ai pas compris grand - chose car bien qu ' ayant vécu deux ans en Algérie et travaillé pendant plus de quarante ans avec des Algériens , je ne comprends pas plus d ' une dizaine de mots d ' arabe . Et , hier soir , c ' était la foule des grands jours venue assister à la projection d ' un film sur la " gurre d ' A lgérie " pour nous Français et la " guerre d ' Indépendance ou " guerre de libération nationale " pour eux , Algériens . Le film était en arabe et la discussion qui suivit , également .
J ' avais sommeil , de temps en temps , je m ' accordais quelques secondes pour laisser mes yeux se fermer et , alors , je sentais ma tête qui basculait en direction de mes genoux . Ammar qui s ' en apercevait , me demandais : " Veux - tu que je te rentre ? " Aller dormir ? j ' aurais bien voulu mais ....quitter la salle ? Qu ' auraient pensé ceux qui , dans cette foule , me connaissent depuis seulement quelques heures mais qui me donnent du " Monsieur Georges " dès qu ' ils me rencontrent ? Mon départ n ' aurait - il pas eu quelque chose d ' offensant pour toutes les marques de sympathie qu ' ils me témoignent à chaque fois que nos chemins se rencontrent ? Il est près de sept heures à l ' heure où j ' écris ces lignes . Nous sommes le PREMIER NOVEMBRE . A minuit pile , le drapeau algérien arrivait au sommet d ' un mât . Depuis le 19 Mars 1962 les couleurs du Front de Libération Nationale et de l ' Armée de Libération Nationale , devenue l ' Armée Nationale Populaire flottent librement sur toute l ' Algérie .

Je suis en Algérie , les carnets sont rendus .
Tant bien que mal...adroitement , je représente Sassenage .
Ce n ' est pas moi qui l ' ai voulu , c ' est le Maire , Christian COIGNE qui apprenant mon départ pour l ' Algérie , me l ' a demandé . J ' ai d ' abord refusé en lui rappelant la première raison de mon voyage : Rendre les carnets . Il a insisté , j ' ai fini par accepter .
Le temps a réussi à prendre de l 'avance sur la rédaction de ce " carnet de séjour " . Je vais d 'abord y coucher les notes prisent à Jijel et qui feront , donc , le compte rendu de cette journée .

Jijel le 2 Novembre 2004 - 4 h 35,

- Ce matin je n 'ai qu 'une feuille - nous n ' avions pas prévu de dormir à Jijel pour noter , à chaud , seul moyen de ne rien oublier des réactions que j ' éprouve devant les manifestations et les commentaires concernant ce CINQUANTIEME ANNIVERSAIRE .
Dans un grand quotidien algérien ( Le Quotidien d ' Oran ) d ' hier , pas moins d 'une quinzaine de pages étaient entièrement consacrées à des témoignages ou commentaires de personnalités françaises réputées pour leurs connaissances de l ' Algérie ou pour le soutien qu ' elles ont apporté à sa cause . A la lecture de l ' une de ces pages , il ressort , essentiellement , que l'Algérie aurait trés peu d ' archives écrites dans les maquis de 1954 - 1962 , ce qui , sans aucun doute , vrai . La personnalité qui déplore cet état de fait a pourtant eu , par mes soins , connaissance de l ' existence des carnets . Cela n ' a même pas éveillé sa curiosité . Certes , ces carnets sont bien modestes mais , tout de même , ils ont été rédigés en pleine guerre par un maquisard de l ' ALN . Précieusement conservés par le soldat français, qui les avait trouvés, jusqu ' à ce que cet ancien compagnon de régiment me les montre et que , réalisant leur importance pour la mémoire de l ' Algérie , je propose à mon ami d ' aller, dans un proche avenir , les y rapporter . A la fois défi et gageure , ce projet est devenu réalité . Aujourd ' hui , les carnets sont à la place qu ' ils méritent et aucune personnalité n 'est pour quelque chose dans leur retour .


Compte - rendu de la journée du 2 novembre .
Et donc , petit retour en arrière .
Ce matin , Ammar a prévu que nous allions à Jijel ( 130 km de Ferdjioua )et à Taher ( 15 km de Jijel ) deux villes où j 'ai trouvé mes premiers correspondants . De plus , Taher est la ville d ' où est monté au Maquis , l ' auteur des carnets .
Nous devions rencontrer le fils du Chaïd EL BARAKA mais il est absent car invité , en tant que président de l ' association des fils de martyrs de la wilaya de Jijel par le Président BOUTEFLIKA , à une cérémonie , à Alger , Au local de l'association , Ammar s ' étonne de ne pas avoir été prévenu de cette absence sinon , nous serions venus un autre jour .
Une discussion animée s'engage , en arabe , et au ton de sa voix , je comprends qu ' Ammar fulmine contre les amis du fils de EL BARAKA . Plus tard, Ammar me dira " Ils attendaient que le les appelle alors que leur président leur avait dit de me prévenir . Décidément , il n ' y a pas qu 'en France que , souvent , il vaut mieux faire passer soi - même ses consignes ! Il est aux environs de 14 h quand nous prenons la route du retour sur Ferdjioua Ammar fulmine contre les amis du fils de BARAKA et , plus encore , contre mes correspondants de Taher .
Nous avons parcouru déja plus d ' une quinzaine de Km quand il me dit tout de go : " Nous allons coucher à Jijel !" . Je ne cache pas ma surprise et lui fais remarquer que son épouse n ' est pas prévenue et que... Je n 'ai pas le temps d 'en dire plus que , déja , il a fait demi - tour . Il me dit qu 'il dormira chez sa tante qui habite Jijel et ajoute qu ' il n ' y aura pas de problème pour son travail ( congé ou récupération ? Je ne sais plus ) . Moi , je coucherai à l ' hôtel . " Demain , nous donnerons une autre chance à tes correspondants qui savent , qu ' en Algérie , il faut organiser les choses à l ' avance et qui n ' ont rien fait ..." Ammar est vraiment en colère et je dois reconnaître qu ' il a quelques raisons .
Dès notre retour à Jijel , nous allons retenir une chambre ( hôtel Bassorha pour ceux qui connaissent Jijel . Situé face à la mer ce doit être magnifique en saison touristique) . Je pense à deux de mes correspondants qui ont l ' excuse d ' être en France , depuis moins de dix jours , où ils vont poursuivre leurs études .Nous prenons le temps de flâner dans la ville , puis , en fin d ' aprés - midi , la pluie se met à tomber. Et ça ne fait pas semblant . Nous nous mettons à l ' abri sous l ' avancée d'une vitrine en attendant que l ' orage passe . Mais ça ne cesse pas. A la première accalmie , mon ami me dit de rester là et qu ' il va aller chercher la voiture . Je n ' ai pas le temps de lui répondre , qu 'il est déja , parti en courant .
Vingt minutes après , il est de retour avec la voiture . Il me fait signe de me dépêcher . Entre moi et la voiture , il y a le trottoir et une partie de la chaussée .
L ' eau arrive presque au niveau du trottoir .
J ' hésite un instant , un coup d ' oeil à gauche et à droite de ce mini torrent me fait vite comprendre que par où que je passe, je n ' éviterai pas le bain de pieds .
Je m ' élance , trois enjambées me suffisent pour atteindre la voiture mais il en faut moins que ça pour avoir les chaussures complètement submergées . Me voici à l ' abri , je pense à mon épouse qui m ' a dit avant mon départ : " Prend ta casquette" et à qui je n ' obéis pas toujours .
Comme dans ce cas . Et la casquette est restée à Sassenage .
Il faut me comprendre .
Si cette casquette , vu sa surface , m ' abrite bien , elle accentue l ' image du retraité que je suis . Et , cette image , ne m'avantage pas .
Bon , trêve de plaisanterie vestimentaire ( qui ne l ' est pas tout à fait ) , mon ami me dépose devant l ' hôtel . A 22 h , je dors déja quand des coups sont frappés à la porte de ma chambre . Bizarre . Bizarre car je n ' attends personne . Surpris et intrigué , sentiments forts désagréables en de tels lieux et circonstances, je me lève et vais ouvrir . Un adolescent est là qui me fait comprendre que trois personnes m'attendent en bas . Intrigué ou pas , je n ' ai pas le choix , je descends . Trois étages à pied , c 'est long quand on se demande qui peut bien nous attendre à pareille heure . D ' autant plus que je suis complètement étranger et inconnu ici . Effectivement , trois personnes sont là qui m 'attendent , assises à une table , au milieu d ' un chantier , tout le rez de chaussée de l ' hôtel étant en réfection . Bonjour ? , Bonsoir ? Je ne me souviens plus . Deux , se présentent comme journalistes .
L 'un pour l ' agence officielle de presse , l ' autre pour EL WATAN un quotidien d ' opposition au gouvernement . Je leur dit ma surprise d ' être sollicité par des journalistes à une heure pareille . Mais combien je la préfère à celle des coups frappés à la porte de ma chambre . La troisième personne est une connaissance d ' Ammar . Ce dernier , l ' ayant informé de ma présence à l ' hotel a , depuis , débranché son portable . En écrivant ces lignes ,- il est 5h30 - je réalise que , vu la situation en Algérie qui est , tout de même , sensiblement différente de celle de la France , j ' aurais , peut - être , dû leur demander plus de renseignements , leurs cartes de presse par exemple vu les différences d ' orientations politiques des journaux quand ce n ' est pas une farouche opposition entre certains et particulièrement entre EL WATAN et l ' Agence officielle de presse . Mais bon , " c' est l ' Algérie " comme dirait Ammar qui , soit dit en passant , aurait pu me prévenir de cette visite . Aprés tout , en trois jours j ' ai dû plus d ' une fois présenter mon passeport et je comprends cela parfaitement . Bref , c 'est parti , une nouvelle fois , sur l ' histoire du livre et ce qui m ' a poussé à l ' écrire . Ils me demandent s ' il est possible d 'en avoir un . Je leur répond que je n ' en ai pas ici et , d 'ailleurs , plus à Ferdjioua bien que j 'en eusse mis une vingtaine dans ma valise . Je leur indique qu ' à la sortie du livre j ' en avais envoyé un exemplaire à EL WATAN , et un à LIBERTE , deux quotidiens que l ' on trouve à Grenoble , et que je n ' avais reçu que l ' accusé de réception en retour . Sans rancune mais sans oublie . A chacun sa surprise . Le temps passe vite et il est près de minuit quand je me retrouve au lit .
Trois Novembre . Ce matin , Ammar est au travail et je vais en profiter pour " recoller " au temps qui m'a distancé hier car je n 'ai rien écrit de ce compte rendu . Hier soir ( 2 / 11 ) , c 'est un journaliste d ' ALGER REPUBLICAIN qui me fait savoir qu 'il souhaite me rencontrer . En attendant , il m ' a fait parvenir des questions en spécifiant que mes réponses seront publié dans son journal .
J ' y réponds de mon mieux puis lui fait savoir que je serais trés heureux de le rencontrer mais que je dois repartir vendredi matin . Au cas , fort probable , où je ne rencontrerais pas ce journaliste , je demande à la personne qui lui transmettra mes réponses de lui dire la surprise qui fut la mienne quand j ' ai trouvé son journal à FERDJIOUA qui , pour ceux qui ne connaissent pas cette ville , n ' est pas comparable à ALGER , CONSTANTINE ou ANNABA etc...
J ' ajoute , pour ce compte - rendu , qu 'il y avait de quoi être surpris quand on sait ce que disent ,les médias français , de la liberté de la presse en Algérie .
Revenons sur la journée d ' hier .
Nous avons tenté de joindre les Parents de l 'un de mes correspondants parti en France ainsi que l ' oncle de l ' un de mes correspondants algérien de France ou encore le sénateur ami d 'un de mes amis algériens de GRENOBLE mais en vain . A 14 h , nous mettons le cap sur FERDJIOUA . En cours de route , Ammar me propose de pousser jusqu ' à CONSTANTINE .
Sans doute , croit - il que c 'est par politesse que je lui réponds que je ne le souhaite pas car le temps presse .
" Comment ? Tu atterris à CONSTANTINE , tu repartiras de cette ville et tu n 'en n ' auras rien vu ? " C 'est , en gros , ce que me dit mon ami . C 'est vrai que je voudrais bien revoir Constantine , prendre ses ponts en photos mais ce sera pour une autre fois .
Il finit par comprendre que je peux me passer d ' une visite à CONSTANTINE . Aprés tout , je ne suis pas venu faire du tourisme .
Mais il ne sait pas que j 'ai une idée en tête . Laquelle ? va se demander celui qui lira ces lignes . Réponse dans quelques lignes . On roule , on roule , nous passons les gorges de BEN HAROUN . Ceux qui les connaissent comprendront pourquoi je le note et ceux qui ne les connaissent pas le comprendront aussi .
Dans ma tête , je reviens plus de quarante années en arrière , à l ' époque où je l ' ai sans doute emprunté cette route car mon régiment a beaucoup opéré dans cette région . Je me revois dans les camions qui nous transportaient vers de nouvelles opérations . En regardant l ' horizon de montagnes nous nous demandions toujours ce que nous allions y trouver . Surtout quand , dans le ciel , tournoyaient de drôles d ' oiseaux aux noms étranges : PIPER , T 6 etc.. Il y a longtemps qu 'une question me revient trés souvent à l ' esprit
Comment vit-on dans le djebel , aujourd 'hui ? Je me souviens de ces misérables mechtas en terre ou en pierre avec un feu au milieu pour avoir un peu de chaleur et faire cuire la maigre nourriture .
A même le sol , des nattes servant de matelas et de lits et , par endroits , des cavités pratiquées dans le sol où étaient placés des récipients en terre cuite , sorte d ' amphores servant à contenir de l ' huile , de la semoule ou autres provisions .
Certains militaires au prétexte de rechercher des armes ou que la nourriture , ainsi conservée , pourrait être partagée avec les hommes des maquis , prenaient un plaisir criminel à tout saccager , rendant ainsi les denrées inconsommables . Et les auteurs de ces actes n ' étaient pas toujours des engagés que les combats d ' Indochine ou d ' Algérie , auraient transformés en abrutis ni des harkis se vengeant sur leurs frères ou donnant libre à leur haine envers ceux qui avaient fait le choix du combat pour l ' Indépendance de leur pays .
Parmi ces soudards , il y avait aussi des appelés , des enfants de vingt ans qui se languissaient de leurs parents , de leur famille , parfois d ' une fiancée ou d 'une épouse , voire d ' un enfant .
Aujourd 'hui , ce sont de gentils grands-pères qui se rassemblent à l ' occasion des 19 mars , des 11 novembre et , depuis cette année , le 5 décembre ( date à vérifier car je n 'en suis pas certain bien qu ' elle donne lieu à une sérieuse polémique entre les associations d ' anciens combattants françaises ) .
Tous les appelés , tous les engagés et même tous les harkis ne se comportèrent pas comme de sinistres brutes mais aucun , absolument aucun , ne peut dire qu 'il n ' a rien à se reprocher de sa participation à cette guerre 1954 - 1962 .
Faut-il chercher ailleurs que dans ces reproches inavoués ou assortis de l ' excuse de la jeunesse - je pense , par exemple aux consommations non réglées au cours de virées en ville pour les moins graves - l ' explication du silence dans lequel se réfugient souvent les anciens d ' Algérie français quand on leur demande quelques précisions sur les souvenirs dont ils veulent bien parler quand ils ne le refusent pas carrément ?
Existent-elles encore ces masures qui servirent de cadre à tant de drames et de misère .
Je me souviens des bébés au visage envahi par les mouches , des enfants terrorisés par la fouille de leur maison , des regards réprobateurs des femmes et des vieillards . Quant aux hommes qui n ' étaient plus de tout jeunes adolescents et pas encore des vieillards mieux valait pour eux ne pas se trouver là et que les militaires acceptent l ' explication de leur absence par leur présence aux champs , en ville ou en France ou n ' importe où ailleurs mais pas dans les maquis de l ' ALN .
Je ne suis pas le seul à l ' avoir vu cette misère effroyable , cette misère dont mes amis algériens des Travaux publics avec lesquels j ' ai travaillé me disent qu ' elle n ' existe plus dans l ' Algérie d ' aujourd ' hui . Comment les croire sans se dire qu'ils aiment leur pays et que l ' on a toujours tendance à arranger les situations que l ' on souhaite belles ou , tout au moins , présentables ?
Pendant la guerre quand nos camions quittaient la route principale , ils ne roulaient pas longtemps sans soulever des nuages de poussière . Le long de la piste , les poteaux n ' étaient pas coupés comme , souvent , ils l ' étaient le long des routes goudronnées et , pour cause , il n ' y en avait pas . Avant mon départ , j ' ai fait part , à un ami algérien de Grenoble , de mon intention d ' aller voir si les conditions d ' existence avaient changées depuis mon retour de la guerre d ' Algérie . Il m ' a répondu : " Il faut que vous sachiez que le djebel ce n ' est pas pareil que les montagnes de France " .
Il aurait fallu être vraiment naïf pour ne pas comprendre ce à quoi il faisait allusion .
A l ' évidence , ce n ' était pas à des stations de skis qu ' il pensait quand il ajouta : " Je ne vous conseille pas de vous déplacer n ' importe où " .
Je crois bien que c ' est à partir de ce moment là que j ' ai décidé de ne pas rater l ' occasion de " savoir " si ellez se présentait . Ammar m ' avait dit qu ' il avait fait la campagne électorale dans la montagne proche de FERDJIOUA et qu 'il lui était arrivé de s ' y rendre seul . Plus clairement dit , sans escorte . Comme nous aujourd'hui . Il y a des moments où il faut savoir ce que l 'on veut et se décider trés vite.
C ' était le cas , maintenant , alors que nous arrivions à une vingtaine de Km de Ferdjioua . Me désignant la montagne , du côté droit de la route , mon copain me signala que dans cette direction il y avait un village dans lequel il s'était rendu pendant la campagne des élections présidentielles . " La route qui y mène est bientôt là , si tu veux , nous y allons " me dit - il .
J 'ai pensé à la recommandation de mon ami de Grenoble mais j ' ai aussi pensé que si nous ne quittions pas la nationale à la prochaine bifurcation , je rentrerais à Sassenage sans " savoir " .
" Va pour ROUACHED " , c ' est le nom du village .
Nous quittons la nationale et , tout de suite , la route grimpe en lacets pendant une dizaine de Km . Ne doit pas y avoir de Français qui sont venus ici depuis quarante ans ! Des guirlandes faites de petits drapeaux algériens sont tendues entre les maisons .
Un drapeau flotte au sommet d ' un mât près d ' un bâtiment , en contrebas de la route , sur notre gauche . Je crois que c'est un poste militaire mais non , c ' est une école .
Dans la rue , il y a des femmes voilées , d ' autres non
Comme à FERDJIOUA . Par contre , il y a beaucoup plus , qu ' à FERDJIOUA des hommes en uniforme , et armés autrement que d ' un pistolet à la ceinture .
En me faisant confiance , le Maire de SASSENAGE a mis la main dans un drôle d ' engrenage dont , peut - être , il ne soupçonnait pas la force du côté algérien , celui de l ' amitié . Il ne manqerait pas de Français pour dire que c ' est une amitié intéressée . Je ne le crois pas et quand bien serait - ce ; Et alors ? L ' amitié doit - elle rester au niveau d ' un beau sentiment ou ne rapporter que des difficulés ? Les difficultés , j ' en sait quelque chose . Mon livre a affronté un ostracisme incroyable en France . Ici , c ' est le contraire .
Jusqu ' au responsable de la section des anciens Moudjahidine de MILA , chargé par le ministère s ' occupant des anciens combattants , de récupérer les carnets , qui m ' en a demandé un pour les accompagner . Ce livre plus le sien plus...plus...Les bénéfices sont tout autre que " sonnants et trébuchants " mais ils sont bien réels .

Vendredi 5 novembre 2 h 28.

Je ne dors plus .
Me croira - t - on à Sassenage , quand je dirai que j 'ai débarqué , d ' un avion d ' Air Algérie , à CONSTANTINE , à 19 h le 29 octobre , que quatre heures plus tard , je m ' endormais à 100km de cette ville ?
Me croira - t - on quand je raconterai l ' accueil fait au livre de l ' ancien combattant d ' Algérie que je suis ?
Me croira - t - on quand je dirai qu il y avait , à l ' heure où j ' écivais ces dernières lignes du récit de mon séjour , moins de quatre heures que je me trouvais à la MJC où une soirée d ' au revoir avait été organisé ?
Des musiciens locaux étaient là et , parmi eux , l ' un de mes correspondants , professeur de français , peintre et....journaliste .
Oh , j allais oublier , il est aussi écrivain . Et poête de temps en temps . Si je devais faire le récit de cette semaine , une fois rentré à Sassenage je crois que ce serait trés difficile tant déja mes souvenirs s ' emmêlent dans ma tête . Les moments forts de joie , d ' émotion , de surprise , ont été si nombreux que je me félicite vraiment d 'avoir , dès le premier jour , commencé à noter ce que je vivais .
Ce fut une semaine dont les journaux français ne parleront pas .
Ce modeste compte - rendu n ' en n ' aura que plus de valeur .

3 h 10 ,

Ammar vient de me dire qu 'il est temps . Le temps d ' un café et de partir . Il ne me reste qu ' une poignée de secondes pour noter la fin de la réponse que j ' avais fait à une association de GRENOBLE qui m ' avait posé cette question, ainsi qu ' à une vingtaine de personnes de la région ,en février 2002 :

" Quel regard portez - vous sur l ' Algérie d ' aujourd'hui ?
- " J ' espère aller , bientôt, voir sur place , si elle est bien telle que je la voie : DEBOUT , SOUVERAINE , et COURAGEUSE .

Aujourd ' hui , 5 novembre 2004 , je peux écrire ces mêmes mots .
Et y ajouter ceux là : CONFIANCE , COMPREHENSION et AMITIE .



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:: Les commentaires des internautes

Chose faite....
Posté par Kate le 02.05.2008
J'ai feuilleté votre blog.
Certes, il me faudrait des heures pour tout lire.
Je ne connais de la guerre d'Algérie que ce dont on a bien voulu nous dire à l'époque et plus tard.
Je trouve très courageux que vous y soyez retourné et que les langues se délient depuis peu.
Sur mon lieu de travail, j'ai côtoyé des gens ayant quitté l'Algérie, il me semblerais opportun de créer un forum de discussion afin d'échanger vos idées.
Je vous souhaite une bonne continuation.
Bonne soirée.





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