Aujourd'hui, 5 novembre 2006, il est temps que je couche, souvenirs et impressions, sur le papier.
Ce n'est pas facile à faire tant je souhaite que ce compte-rendu soit objectif et donc, qu'il ne soit pas influencé par les sentiments personnels que j'ai pour mes amis algériens simples citoyens, comme je le suis moi-même, ou responsables politiques ou administratifs.
En écrivant ces premières lignes, je pense aux appréhensions qui étaient miennes avant, et bien avant, notre départ.
Etaient-elles légitimes? Exagérées? Même aujourd'hui, je ne saurais le dire.
Des participants à ce voyage n'étaient jamais allés en Algérie et, pour ceux qui avaient déjà fait le voyage, cela remontait, pour beaucoup, aux années de guerre 1954 1962 pendant lesquelles ils avaient dû porter les armes, dans ce pays, pendant de longs mois, voire deux années. Je devais répondre aux interrogations et, surtout, aux appréhensions que je devinais et comprenais chez beaucoup. Tous savaient que la société algérienne est très différente de la société française mais tous, aussi, ne connaissaient rien, ou si peu, des possibilités de relations, de toutes sortes, qui existent entre les deux pays.
Ajoutez à cela que Sassenage serait représentée par son maire d'obédience UDF et des Sassenageois, majoritairement, disons, classés à gauche et vous aurez une idée de ce qu'il a fallu surmonter comme "à priori" pour que tout ce petit monde monte dans un avion pour l'Algérie.
Et des "à prioris" et des appréhensions, je devinais qu'il y en avait aussi en Algérie.
Là-bas, où la sécurité est une préoccupation permanente de chaque Algérien tant soit peu responsable des siens et de son pays, recevoir treize Français et organiser leur séjour d'une semaine ne devait pas être une simple formalité.
Oui, mon appréhension était grande quand nous avons débarqué à Constantine puis, à bord de plusieurs véhicules, pris la route pour Ferdjioua distante de 90 km. Le conducteur de notre véhicule, ne sachant, sans doute, pas plus que nous, comment engager la conversation, n'étant pas bavard, - et mes amis français non plus- je m'évertuais à placer quelques paroles du genre "Il fait très beau". "Pas un nuage dans le ciel". Personne n'en rajoutait; le conducteur conduisait - bien entendu- avec l'attention, bien visible, pour ne pas dire le souci, de ne pas perdre sa place dans ce qui ressemblait plus à un convoi officiel qu'à un groupe de touristes français arrivant dans un pays étranger; mes amis s’occupaient de leur caméra ou appareil photo et moi, je ne savais plus quoi dire. Même cette phrase, que j'avais, très souvent, relevée dans la presse algérienne, "L'Algérie est un vaste chantier" dont j'avais espéré qu'elle m'aiderait à rompre ce silence que je trouvais, pour le moins gênant, ne fit pas plus d'effet que les autres. Pourtant, les constructions en chantier, où la brique rouge dominait, défilaient à toute allure et confirmaient cette phrase. Quant à l'organisation, l'évolution et la sécurité sur ces chantiers, bien qu'ayant été de la partie durant toute ma carrière professionnelle, je me garderai de porter une appréciation car je n'oublie pas qu'Algérie et France ont leurs différences dans beaucoup pour ne pas dire tous les domaines. Notre convoi composé de trois fourgonnettes de marque Renault ou Peugeot; ou Toyota, je ne sais plus, et de deux voitures de nos amis de Ferdjioua venus nous accueillir, avalait les kilomètres à vive allure escorté à l'avant et à l'arrière par deux véhicules de police ou gendarmerie.
A mon tour, je me réfugiais dans le silence et me remémorais mon premier trajet "Constantine Ferdjioua" quand mon ami Ammar Mokrani, que j'avais rencontré sur le Net, était venu me chercher à l'aéroport, il y a déjà deux ans de cela. J'étais arrivé, seul, à 19h15. Il faisait nuit et je dois avouer que ce premier trajet était, pour moi, beaucoup plus impressionnant que celui d'aujourd'hui pouvait l'être pour mes amis français. Il n'y avait pas d'escorte pour l'ami français d'Ammar; sa sécurité - la même que pour un quidam algérien, était assurée par les quatre ou cinq - je ne sais plus- barrages militaires que nous avions traversés et auxquels j'avais dû montrer mon passeport. Protégé par la police, je l'étais donc mais de façon beaucoup moins impressionnante que pour ce séjour. Il est vrai que je ne suis pas maire d'une ville française et que je n'étais pas accompagné de 12 personnes.
Avant de poursuivre ce compte-rendu, je veux revenir à notre arrivée à l'aéroport, à ce moment où, installé dans un bus qui allait quitter la zone de débarquement pour nous amener à la récupération de nos bagages et aux formalités douanières, je me suis dit, en pensant à mes appréhensions, "Nous y voilà, mes amis français, mon épouse et ma fille vont se rendre compte si, oui ou non, je leur racontais des balivernes quand je leur parlais de mon premier séjour à Ferdjioua". Et, surtout, si oui ou non je tiens le même langage à Ferdjioua qu'à Sassenage. Passées toutes les formalités, j'aperçois mes amis Ammar et Saâdane, mon épouse connaît Saâdane mais ne l'a jamais rencontré autrement que dans ses messages ou sur des photos, elle ne peut donc le reconnaître au premier coup d’œil; par contre, elle reconnaît Ammar tout de suite.
. Premier instant d'émotion qui sera suivi de bien d'autres, mon épouse et Ammar s'embrassent tandis que j'embrasse Saâdane et Ammar en même temps. Il faut être au courant de toutes les incompréhensions et malentendus qu'Ammar, Saâdane et moi-même avons dû surmonter pour en arriver là.
Ensuite présentation des uns et des autres, les maires de Ferdjioua et Sassenage font rapidement connaissance, ainsi que leurs adjoints, puis nous sortons du bâtiment et embarquons dans les fourgonnettes qui nous emmèneront à Ferdjioua. Il n'est pas encore onze heures, le soleil est déjà chaud mais, surtout pour ceux qui m'accompagnent, je préfère cette heure, pour faire les 90 km nous séparant de Ferdjioua, à celle, en pleine nuit de mon premier voyage. C'est, tout de même, beaucoup moins impressionnant .
Nous filons vers Mila, située trente kilomètres avant Ferdjioua, où notre convoi s'arrêtera pour que nous déposions nos bagages car c'est là que nous serons hébergés à l'exception du Maire, de son adjoint et de la jeune fille représentant notre association dans la délégation municipale. Il est un peu avant midi quand nous arrivons à Mila. Une fois nos bagages rangés dans nos chambres, une collation nous est servie avec de délicieux petits gâteaux. Puis nous reprenons la route pour Ferdjioua ou nous allons prendre le repas de midi dans une grande salle toute en longueur en compagnie de nombreux responsables d'associations ou services. Parmi eux, je reconnais beaucoup de personnes rencontrées lors de la présentation de mon livre , il y a deux ans, presque jour pour jour, de cela. Souvent, des personnes me saluent d'un "Bienvenue monsieur Georges" qui en ferait sourire plus d'un à Sassenage, moi le premier. Mais, ici, ce "monsieur Georges" a une signification toute particulière; il est chargé d'amitié mais aussi d'une reconnaissance que je n'arrive pas à m'expliquer par la seule publication d'un livre "Guerre et "guerre" d'Algérie" que mon ami Ammar m'avait invité à venir présenter à Ferdjioua à l'occasion d'un certain "50ème anniversaire" (1er novembre 1954, 1er novembre 2004).
De plus, cette forme de salut prouve à mes amis français que je ne bluffais pas quand, à mon retour de Ferdjioua, je leur décrivais l'accueil que j'y avais reçu.
L'après-midi sera l'occasion d'une balade dans Ferdjioua, balade vite transformée en bain de foule mais toujours sous la protection discrète de personnes responsables de notre sécurité.
Etant déjà venu à Ferdjioua, je connais certaines d'entre elles, en particulier celui que j'appelle amicalement le "garde rapproché" de mon premier séjour. Je sais qu'il se reconnaîtra et je le salue au passage lui et sa famille que je n'oublie pas. La protection de notre délégation, sans commune mesure avec celle de mon premier séjour, - mais, en 2004, j'étais seul et, aujourd'hui, nous sommes treize -, peut sembler de la surveillance malveillante pour un touriste non averti mais elle est non seulement souhaitable mais rassurante pour quelqu'un qui connaît les épreuves terribles que vient de traverser l'Algérie, épreuves dont la menace n'est pas encore totalement éliminée.
Je rappelle cela, non pas pour mes amis algériens et les membres de la délégation mais pour ceux de nos amis français qui, bien souvent, n'ont que les médias pour se faire une opinion de l'Algérie.
Après cette ballade, nous sommes invités à l'Assemblée Populaire Communale (nos mairies en France).
Monsieur le Maire de Ferdjioua nous souhaite officiellement la bienvenue et un bon séjour à Ferdjioua.
Le soir, une réception y sera organisée en notre honneur et, présidence de "Mains tendues France Algérie" oblige, je devrais y aller d'un "discours" - un grand mot pour quelques lignes - que, prévoyant, j'avais préparées et qui ne me quittaient pas pliées en quatre dans une poche de ma veste.
J'avais vraiment tout prévu, mes lunettes servaient de pochette à ma veste. Ne me restait à redouter que l'émotion qui, souvent, en de telles occasions me laisse sans voix et me trouble la vue. Aux lecteurs de ce compte-rendu de dire si ce "discours" mérite sa place ici , non qu'il soit un chef-d’œuvre du genre mais je l'ai écrit du mieux que j'ai pu pour qu'il reflète bien le sens et les buts de notre association "Mains tendues" France Algérie".
Le voici donc:
Discours de Georges à notre arrivée
" Chers amis de Ferdjioua,
Je suis très heureux de retrouver votre ville que d'ailleurs, au fond, je n'ai jamais quittée depuis deux ans. Merci, Monsieur le Maire, de nous accueillir dans cette ville à la fois proche et lointaine de Sassenage.Merci Messieurs les Elus, vous que les citoyens de Ferdjioua ont choisis pour les représenter.Merci à "l'association du Huit Mai 45" et à "l'association des roses " et à tout le mouvement associatif de Ferdjioua.Merci aux citoyens de Ferdjioua.Un projet de jumelage, un jumelage, c'est beaucoup plus de projets d'avenir que des évocations du passé et, pourtant, en cet instant, je veux revenir à l'année 1957.Il s'appelait Tahar BOUDJEMAÂ, il n'avait pas encore 40 ans, il était père de famille, il exerçait une profession dans l'appareil judiciaire, il était avocat; il aurait pu se mettre au service de la France. Le 21 juin 1957, il est monté au maquis, rejoindre l'ALN du côté de Djidjelli, Jijel aujourd'hui.Quelques mois avant le 19 mars 1962, il tombait pour l'Indépendance de votre pays.J'ai tenu à évoquer la mémoire de ce Chaïd car c'est un peu de l'histoire de ce combattant de la liberté, qui m'a beaucoup aidé à écrire un livre que Monsieur Ammar Mokrani, président de l'association du Huit Mai 45 m'avait invité à venir présenter à Ferdjioua à l'occasion du "50 ème Anniversaire".La veille de ce grand jour, à la maison TIKOUDENE MESBAH, j'avais pu, en toute liberté, présenter "Guerre et "guerre" d'Algérie" et, aussi, parler de Sassenage aux Ferdjioui que je rencontrais pour la première fois."Ayons la volonté d'accepter l'autre sans jugement aucun. Faisons le premier pas vers l'ami en laissant de côté toute forme d'idéologie".Ces deux phrases sont extraites du message que Monsieur le Maire de Sassenage, apprenant que j'allais me rendre en Algérie, m'avait demandé de transmettre aux Algériens que j'allais rencontrer.Je transmettais donc ce message à l'assistance et, Monsieur le Maire, à votre prédécesseur, le regretté Monsieur Mahfoud BENCHERIF qui était présent ainsi que d'autres personnalités.A la fin de la soirée, Monsieur Saâdane LEMOUSSI me demanda d'écouter une dame qui voulait me parler. Quelle ne fut pas ma surprise d'apprendre que cette voix venait du Canada. C'est ainsi que je fis la connaissance de Madame Isabelle MICHAUD, une universitaire canadienne qui a axé son travail sur le monde arabo-musulman et, tout particulièrement, sur l'Algérie.Vous êtes nombreux à la connaître car elle est venue à Ferdjioua et, j'en suis sûr, y reviendra."Ferdjioua, Canada, Sassenage", le monde n'est-il pas, finalement, tout petit?Lorsque Monsieur BENCHERIF m'avait reçu à la mairie, nous avions parlé de l'idée d'un jumelage tout en étant bien conscient des difficultés qui ne manqueraient pas de surgir devant un tel projet. Quelques mois plus tard, l'idée ayant fait du chemin, Monsieur BENCHERIF, accompagné d'Elus, devait venir à Sassenage. La vie devait en décider autrement.Souvent parti d'une simple relation, parfois personnelle, un jumelage c'est quelque chose qui continue, se perpétue après que ceux qui en eurent l'idée ont disparu. Un jumelelage c'est d'abord la volonté de citoyens de deux communes de placer la compréhension et l'amitié au-dessus de leurs différences. Bien souvent, ces communes sont éloignées l'une de l'autre, non seulement par des centaines ou des milliers de kilomètres mais aussi par leurs cultures, leurs mode de vie, leurs religions etc.Autant de difficultés qu'il faut savoir surmonter en basant le projet de jumelage, puis le jumelage lui-même, sur la confiance et la franchise.Comme pour beaucoup de beaux projets, c'est souvent plus facile à dire qu'à réaliser mais, entre Sassenage et Ferdjioua, cette idée a énormément progressé depuis cette soirée à la MJC de Ferdjioua où, à la veille de mon retour à Sassenage, j'avais promis de faire tout mon possible pour que les relations s'agrandissent entre nos villes. J'ai fait ce que j'ai pu, je ne l'ai pas fait tout seul.Merci à mon ami Karim KADRI qui, par deux fois, a pris sur ses vacances à Biskra pour venir à Ferdjioua, à ma demande, renforcer l'idée du jumelage.Merci aux Sassenageois qui m'ont aidé, merci à Monsieur Christian COIGNE Maire de Sassenage.Merci à Monsieur Alain CHAPLAIS Conseiller général de l'Isère.Il reste beaucoup à faire, je suis persuadé que nos deux villes sauront s'y engager officiellement.
Merci à tous.
"
Il est plus de 22h quand nous prenons la route pour notre hébergement à Mila à l'auberge de jeunesse de la wilaya.
C'est un bâtiment de fort belle allure mais qui semble peu fréquenté, du moins en cette saison. Cause à effet ? Toujours est-il que le ménage s'en ressent plus que de normal mais la sympathie des employés nous fait oublier les avatars dus aux robinets et autres problèmes de plomberie.
Le lendemain, le jeudi 24 octobre, pas plus de chant du coq qu'à Sassenage mais l'appel à la prière bien avant que le jour ne se lève. Mon épouse sort de son lit et va ouvrir toute grande la fenêtre afin, me dit-elle, que j'apprécie cet événement exceptionnel pour nous.
J'apprécie donc en réalisant, une fois de plus, tout ce qui différencie l'Algérie et la France. Rapide toilette puis, notre petit - déjeuner avalé, nous sommes vite prêts car notre escorte nous attend déjà pour rejoindre Ferdjioua où, pour ce matin, est programmée la visite de la "prison rouge ".
Visite de la Prison Rouge
L'édification de cette prison dont la construction fut décidée à la suite des tragiques événements du Huit Mai 1945, commença en 1952 et s'acheva en 1956, donc, en pleine guerre d'Algérie. Elle comporte 29 cellules dans lesquelles furent enfermés - et entassés- de nombreux prisonniers FLN de la région durant toute la guerre.
Au dessus de chaque porte, une inscription désigne l'importance, c'est à dire en termes de l'armée française, la dangerosité de ceux qui y étaient enfermés.
Elle servit, aussi, de centre de tortures pour les services de renseignements de la police et de l'armée françaises.
Elle doit son nom à la couleur du matériau employé pour sa construction. Aujourd'hui, jamais remise en service depuis la Libération du pays, elle demeure un lieu de pèlerinage pour les familles et les compatriotes de ceux qui y séjournèrent et, pour beaucoup, y disparurent et un lieu de réflexion pour tout visiteur de Ferdjioua. Après cette visite, on nous emmène sur les hauteurs au-dessus de la ville. De là, le regard embrasse tout le paysage. Sous nos pieds, la terre semble aride; nos hôtes nous expliquent que là est cultivé du blé en assez grande quantité dont une partie sera traité dans l'usine, produisant de la semoule, sise à Ferdjioua.
L'après-midi, nous visitons des thermes à une quinzaine de kilomètres de Ferdjioua. Mis à part, sans doute, les bienfaits de l'eau, rien de commun avec les thermes d'Uriage, tout près de Sassenage. Mais, au premier coup d’œil, révélation de ce que pourrait apporter, en emplois et en ressources financières, une gestion ad-hoc, et rigoureuse, du lieu.
Opinion facile à émettre, conseils faciles à donner et, disons-le, reproches faciles à faire quand on ignore ou, pire, quand on ne veut pas voir et, encore moins, tenir compte des réalités en Algérie.
Au premiers rangs de ces réalités, 130 ans de colonialisme, 44 ans seulement d'Indépendance, des décennies de parti unique, plus d'une décennie de tragédies pendant laquelle le pays et son armée durent affronter, sans l'aide d'autres nations, un ennemi des plus monstrueux devenu, depuis, celui de tous les peuples.
Ennemi dont les dernières manifestations - en fait, les derniers soubresauts d'une bête immonde - justifiaient la présence permanente de la protection de notre groupe.
Soirée en musique à l'auberge de jeunesse
Le soir, une surprise nous attendra en arrivant à notre auberge. Un groupe de musiciens est là et se produira pour nous jusqu'à près de 23 heures. Notre ami Kadri (de Grenoble) qui profitera de ce voyage pour faire une escapade dans sa famille dans le Sud, nous fait une démonstration de ses talents d'animateur.
Quelques jeunes, sans doute attirés par le son, nous rejoindront. Poids des "habitudes", respect - pour moi, hors de notre époque - des traditions et croyances, aucune jeune fille parmi ces jeunes qui, donc, en sont réduits à danser entre eux.
Devant leurs évolutions souvent beaucoup plus lascives que le plus chaud des slows d'un bal en France, je me dis que voilà un boulet de plus à l'évolution de la jeunesse et, donc, de la société algérienne.
Le lendemain, vendredi 27, notre escorte, eux devant, nous au milieu et, encore eux derrière, prenons la route pour Djemila située à une trentaine de kilomètres à l'ouest de Ferdjioua.
Djemila est un site romain bien connu, au moins de réputation, par tous les amateurs du genre. Pour moi, l'archéologie n'étant pas une passion, je préfère rester à l'ombre - il paraît que la température dépasse les 35 degrés- en compagnie de mon épouse et d'un journaliste correspondant du "Quotidien d'Oran" qui nous a accompagnés et dont j'ai déjà fait la connaissance il y a, de cela, deux ans quand j'étais venu, pour la première fois, à Ferdjioua. Beaucoup plus passionnant, pour moi, que la visite des vestiges romains, est d'échanger nos opinions sur les derniers événements politiques en Algérie, sur les conséquences de la concorde civile, ses avancées et ses lacunes et tant d'autres sujets dont les médias français nous parlent parfois mais toujours avec leurs "à prioris" et leurs certitudes ou au travers du prisme de leurs idées politiques. Un peu avant le moment du repas de midi, j'ai rencontré deux touristes français venus de Paris qui se trouvent là, sans l'ombre de la moindre escorte. Je m'attarde à bavarder avec eux, alors que notre groupe passe à table, ce qui a pour effet d'irriter mon ami Ammar toujours soucieux d'éviter les pertes de temps car, tout comme mon ami Saâdane, il fait partie des organisateurs et des guides de notre programme. Son irritation, a pour seul effet de.....déclencher la mienne. Mais comme nous nous connaissons bien et avons le même caractère, l'incident en est resté là.
Après le repas, pris au restaurant du site, nous prenons la route pour Mila où doit être arrivé Kamel venu d'Annaba et ses deux frères venus, eux, de Constantine. Ils sont les enfants du Maquisard dont "Guerre et" guerre" d'Algérie" rapporte les carnets de route au maquis. Je ne les connais que par ce que m'en a dit Kamel , leur aîné, que, d'ailleurs, je n'ai jamais rencontré autrement que par Internet et par téléphone.
Nous nous retrouvons comme deux amis qui se connaissent depuis longtemps; il me présente ses frères en regrettant que son épouse et ses deux filles aient dû rester à Annaba, retenues par l'école.
Nous échangeons nos toutes dernières nouvelles dont celles concernant trois personnes de notre groupe qui pensent pouvoir prolonger leurséjour et pousser jusqu'à Annaba, invitées par Kamel.
Ce que Kamel ne sait pas encore c'est que pour aller à Annaba, nos trois amis auraient dû, par l'intermédiaire de Kamel, en aviser les autorités civiles et militaires d'Annaba.
Je les avais pourtant bien prévenus: "On ne va pas en Algérie comme en Espagne ou en Italie". (note du web master : enigme non décodée par les interessés !)
Quelles qu'en soient les raisons; qu'on les approuve ou qu'on les déplore, c'est ainsi, il faut donc le savoir.
Visite du barrage de Beni Haroun
Après cette courte halte à notre auberge, nous prenons la direction du barrage de Ben Haroun. Là, au pied du barrage, nous descendons des véhicules.
Une personne est là, camera sur l'épaule et Ammar improvise - ou était-ce prévu ?- une sorte d'interview et me demande, disons "le pourquoi du comment" de cette rencontre avec Kamel et ses frères. Brièvement, je rappelle les carnets, le livre, ma rencontre d' Ammar sur internet, etc..etc.. Devant cette camera de je ne sais quel média, à l'évocation du sacrifice de leur père, les trois frères ne retiennent pas leurs larmes.Ils m'étreignent en me remerciant d'avoir tiré sa mémoire de l'oubli.
On comprend mieux leur émotion - et la mienne - quand on sait que les seules traces, écrites, qu'ils aient de leur père sont les photocopies de ces carnets qu'ils n'ont jamais vus et qui, aujourd'hui, seraient au musée de l'armée à Alger. Du moins, est-ce ce que je crois savoir.
Une fois de plus, je me félicite d'avoir photocopié ces carnets, ce qui a permis aux enfants et aux petits-enfants du Maquisard, de connaître l'écriture de leur père et grand-père. Une telle émotion est contagieuse, elle gagne vite tout notre groupe et jusqu'à son escorte. Kamel, ses frères et moi-même faisons une masse compacte en nous tenant par les épaules. Je ne sais plus mais je crois, qu'à cet instant, personne ne disait mot. Je me souviens m'être demandé à quoi pouvaient penser ces policiers et militaires qui, tous, auraient pu être mes enfants.
Pensent-ils au combat du Maquisard? A celui d'aujourd'hui? Ce combat que beaucoup d'entre eux doivent, sans doute, mener depuis de nombreuses années et dans lequel sont tombés beaucoup des leurs.
Au dessus de nous, tout en haut d'une falaise tombant à pic (80, 100mètres?) se détachent, sur l'azur du ciel, deux silhouettes, dont on distingue les armes, qui veillent sur notre sécurité et celle du barrage. Le combat n'est pas encore terminé.
Je repense aux événements qui ont fait que, par deux fois, je suis revenu en Algérie. Je pense à mon copain de Valence qui trouva les carnets, à un ami de Kamel qui ayant lu le livre me mit en relation avec lui. Je pense au Maire de Sassenage qui est là, au milieu du groupe; je me dis que, maintenant, lorsque des associations sassenageoises d'anciens combattants d'Algérie le solliciteront - peut-être même dès son retour, car je me doute bien que sa venue en Algérie, en de telles circonstances, a dû susciter plus d'une interrogation chez les anciens combattants sassenageois - cet instant lui reviendra à l'esprit. Après ce moment d'intense émotion, je crois, partagé par tous ceux qui en furent témoins, nous rejoignons la route qui passe devant le barrage. Nous descendons des véhicules pour une courte promenade sur le barrage lui-même. D'un côté, l'eau; de l'autre, une grande profondeur de vide. Il y quelques instants, nous étions là, en dessous; de la où nous sommes, on distingue très bien l'endroit.
Face à nous,mais, maintenant, nous n'avons plus à lever le nez pour les apercevoir; les deux silhouettes en armes sont toujours à leur poste.
L'heure du repas du soir arrive; nous le prenons au restaurant du barrage puis, c' est le retour à Ferdjioua où nous attend une réception en l'honneur de la délégation municipale qui rentre demain à Sassenage. Dans leur allocution, les deux maires se félicitent de ce premier contact puis c'est la remise des cadeaux offerts par la mairie de Ferdjioua à celle de Sassenage.
Deux grandes photos encadrées de Ferdjioua sont offertes l'une au maire, l'autre à Stéphanie. Un vase, assez grand, lui aussi, fait partie des cadeaux offert à la ville de Sassenage. Sûr, qu'en cet instant, je ne suis pas le seul à me demander comment vont voyager ces cadeaux. A notre retour à Sassenage, nous apprendrons qu'ils ont fait bon voyage. Les cadeaux et la délégation.
Soudain, Jasmine, ma fille intervient un papier à la main et, se tournant vers moi me dit: "C'est pour toi, Papa" et elle lit ceci:
"Papa, Et voilà, c'est la veille du départ pour Ferdjioua, il est plus de 11h du soir, les valises sont bouclées. Dans quelques heures, Mr le maire de Sassenage va venir nous chercher à 5h30 pétantes. Va-t-il y avoir assez de place pour caser tous nos bagages? Avant de m'endormir, je pense à tous ces jours que nous allons vivre et à l'émotion qui sera dans l'air. Je pense à cet instant où tu vas retrouver les enfants de l'auteur des carnets. Je me rappelle quand tu as eu envie d'écrire ton livre, quand tu amenais, à Christian (Son compagnon), tes pages manuscrites, qu'il déchiffrait pour les taper, ensuite,dans l'ordi. Des rêves, tu en as toujours faits et, ma foi, tu les a souvent fait vivre. Une fois, ce fut de voler; et bien, tu as cotoyé les oiseaux dans le ciel de Crolles et de la vallée du Grésivaudan. Une autre fois, ce fut de retrouver ce monsieur qui t'avait tenu compagnie pendant l'écriture de ton livre et qui te faisait revivre ta jeunesse. Je veux parler de celui qui notait dans ses carnets, au jour le jour, sa vie dans cette fichue guerre d' Algérie.
Après bien des recherches, tu appris qu'il avait été tué, pendant la guerre, et qu'il avait eu des enfants. Tu n'as pas baissé les bras, tu t'es dit "ET bien, je vais les retrouver". Une autre fois, ce fut de créer une association où les mains se tendraient les unes vers les autres plutôt que de se cogner les unes contre les autres. Et nous voilà, aujourd'hui, tous réunis autour de toi dans ce pays qui ne t'a jamais laissé indifférents. Et je comprends, maintenant. Nous ne rencontrons que gentillesse, respect, chaleur humaine, depuis que nous sommes arrivés.
Papa, tu sais, c'est un bien beau rêve que tu m'as permis de vivre en faisant ce voyage. Et je pense à tes trois petits-enfants qui doivent être fier sd'avoir un tel papi moustache".
Voilà, je reviens de ma surprise et, le lendemain, Jasmine se débrouillera pour faire photocopier son texte à l'APC, pour en remettre des exemplaires à ses amis de Ferdjioua et c'est donc comme cela que j'en aurai l'intégralité. De mémoire, je n'aurais pas su le reproduire, sans risque d'erreurs. Je me suis demandé si, vu son côté familial, il avait bien sa place dans ce compte-rendu, puis je me suis dit que ce récit de voyage étant d'abord pour mes petits-enfants, mes amis algériens et français et tous ceux qui sauront le lire sans y chercher autre chose que ce que j'ai vécu et que ce que j'espère, je pouvais - et peut-être, devais - le mettre dans ce compte-rendu.
Le lendemain, samedi, un article de La Nouvelle République rend compte, de notre visite, sur presque toute une page. Un autre journal, Le Quotidien d'Oran avait annoncé notre venue quelques jours avant.
Nous quittons Mila pour Ferdjioua où, ce matin, est programmée une visite de l'hôpital et celle d'une école d'enfants mals-entendants. Nous découvrons un hôpital d'une propreté exemplaire, nous sommes dans le service pédiatrie, des représentations de scènes enfantines égaient salles et couloirs. Une salle de jeux accueille les enfants qui peuvent venir se retrouver entre eux, jouer ou lire, bref, passer un peu de temps hors de leur chambre. De Sassenage, nous avons apporté des livres que nous pensons répartir entre écoles et bibliothèque municipale. Il y a aussi des jeux pour enfants. Tout à l'heure nous en confierons au maire de Ferdjioua pour qu'il les apporte ici car, pour l'heure, ils sont entreposés à l'APC. Le Directeur et le personnel soignant nous parlent du fonctionnement de ce service; il nous présente les docteurs et infirmières et nous fait remarquer le travail impeccable des femmes de services. En passant devant eux nous ne savons pas trop quoi dire à ces enfants qui nous sourient. Sourires qui semblent résignés devant ce qui les a amenés ici mais aussi confiants en ce qui les attend: La guérison, le retour à une vie plus normale. Que doivent-ils penser de ces visiteurs auxquels ils sourient sans même les connaître? Et nous? quelle autre promesse leur faire, dans un regard, un sourire, que celle de ne pas les oublier, de ne pas oublier leur confiance innocente dans leur avenir et donc, pour cela, continuer notre action pour plus de compréhension et d'amitié entre nos deux pays. "Compréhension" et "amitié" , deux mots que nous répétons souvent, deux mots qui sont la raison d'être de notre association. Après cette visite vient celle de l'école des enfants mal-entendants. Là, on nous explique les méthodes pour apprendre à lire à l'aide d'écouteurs électroniques au fonctionnement trop compliqué pour que je comprenne. Je retiens cette phrase affichée au mur: "Je suis sourd mais j'apprends à lire et écrire le français". D'autres Sassenageois ont, sans doute, mieux que moi, retenu cette phrase car je ne suis pas sûr de l'exactitude des mots que je rapporte; par contre je suis certain du sens de la phrase.
L'après-midi sera consacrée à une réunion mini-débat avec des femmes de Ferdjioua. La discussion sera très libre entre Sassenageoises et Algériennes. Discussion beaucoup plus libre que pourraient le laisser penser certains "à prioris". A l'instant où j'écris ces lignes, je voudrais avoir sous les yeux, l'allocution de Brigitte qui s'adresse à toutes ces femmes avec une franchise et une simplicité qui bouscule certains préjugés sur la condition féminine. Je suis très attentif car je crains la parole malheureuse parce qu'incomprise mais Brigitte ne commet aucun impair et, pourtant, sur un tel sujet, le risque était bien présent. Message de Brigitte parfaitement reçu; les applaudissements et quelques mouchoirs au coin des yeux, en font foi. En écoutant ces femmes parler de leur vie, de celles de leurs enfants, de leurs inquiétudes et de leurs espoirs, je me disais que, vraiment, l'Algérie se trouve à la charnière de deux époques. Je ne m'étendrai pas, ici, sur ces époques; disons, simplement, qu'il y a celle d'hier et celle de demain; les contraintes et les soumissions du passé qui tentent de perdurer et l'émancipation et les libertés de l'avenir que des forces obscurantistes tentent d'endiguer. Je ne m'étendrai pas sur ces sujets brûlants, non par crainte de me brûler mais parce qu'il ne servirait à rien d'en parler dans un compte-rendu qui, s'il ne veut pas sous-estimer, ni cacher ce qui entrave la marche en avant du pays, ne veut pas, non plus, aborder des sujets qui exigent une approche toute autre que celle d'un compte-rendu. La retenue avec laquelle je viens d'évoquer ces sujets n'évoque-t-elle pas, à elle seule, les difficultés qu'il y a à en parler sans détour ? Difficultés dues aux passions que, d'en parler, pourrait pousser bien au-delà du raisonnable et, pourtant, difficultés que Français et, plus encore Algériens, devront sérieusement réduire pour que la compréhension progresse vraiment entre nous tous. Beaucoup mieux que moi, les Sassenageoises qui bavardèrent en, presque aparté, avec ces femmes de Ferdjioua, sauraient vous dire de quoi elles ont parlé et ce qu'elles ont retenu de cette réunion. Et si vous le leur demandiez?
Le lendemain, dimanche, est programmée une rencontre avec les professeurs et les élèves d' une école de Ferdjioua. Nous accusons un retard, que je trouve impoli, quand nous arrivons au groupe scolaire, Les enfants de la classe de français sont là qui nous attendent sagement, assis, un petit bouquet à la main. Les professeurs, hommes et femmes, sont là. Le Directeur présente notre délégation et explique les raisons de notre venue à Ferdjioua. Toujours leur bouquet à la main, les enfants entonnent "Savez-vous planter les choux..." C'est un autre grand moment d'émotion, l'un des plus forts. Ensuite, les enfants offrent leur bouquet aux femmes de la délégation et moi, je reçois une grosse gerbe de fleurs. Je suis ému et cela me rend maladroit, je balbutie quelques paroles en même temps que l'on m'offre l'emblème national que l'on pose sur mes épaules à la manière d'un burnous. Tandis que je m'applique à maîtriser mon émotion, la discussion s'engage entre les professeurs et la délégation. Une dame professeur, souhaite savoir comment, ceux de notre groupe, qui ont connu l'Algérie entre 1954 et 1962 l'ont trouvée en y revenant pour ce séjour. Notre ami André répond le premier, il dit sa souffrance et ce qu'il nomme le "mal à l'aise" de beaucoup de Français, anciens soldats de la guerre d'Algérie ou simples citoyens,vis à vis de l'Algérie. Il dit aussi sa foi dans l'avenir de nos pays parce que, dit-il, "les hommes restent des hommes avec leurs faiblesses, leurs défauts et, aussi, avec leurs qualités et leur courage". André le sait, je n'ai pas toujours la même opinion que lui. A mon tour, je réponds à cette question de savoir ce que j'ai trouvé de changé en Algérie. Pour le dire, je ne remonte pas aux années 54-62 tout en déclarant que je ne suis pas du tout mal à l'aise vis à vis de l'Algérie. J'ajoute que si c'était le cas, je n'aurais pas osé y revenir seul, il y a deux ans, pour y présenter un livre avec le titre que l'on sait. Le changement que j'ai trouvé, je ne le fais remonter qu'à ces deux ans.Je dis à l'assistance que je me souviens d'avoir passé quatre ou cinq - je ne sais plus exactement - barrages entre Constantine et Ferdjioua, il y a deux ans et qu'aujourd'hui, quand nous rentrons de nuit de Ferdjioua à Mila, alors qu'il est déjà tard dans la nuit, nous ne rencontrons que des voitures et des piétons, même loin des agglomérations, qui eux circulent sans la moindre escorte. Je n'avais rien préparé, pas le moindre papier à lire. Malgré ça, je m'enhardis à évoquer la décennie noire, la politique de l'Algérie, j'évoque aussi la place des femmes dans la société algérienne et jusque dans le gouvernement. En plus des fleurs et d'un drapeau, je récolte des applaudissements. Un peu plus tard, des professeurs me diront que ce que j'ai dit était la vérité.
Ensuite, une collation nous est offerte dans une salle de classe et, là, on nous propose de mettre un commentaire sur le cahier de réclamations de l'école. J'ai mis un mot, enfin plusieurs, mais je ne me souviens plus desquels. Après cette visite notre escorte nous accompagne vers des thermes tout près de Ferdjioua. Pour y arriver nous prenons une route de plus en plus étroite et sobrement goudronnée mais, malgré cela, parfaitement carrossable. De chaque côté de la route, beaucoup de ces énormes plantes grasses qui donnent les "figues de barbarie", ce fruit de la forme d'une grosse figue mais bardée d'épines acérées. Ce décor que nous traversons me rappelle celui des opérations dans la Kabylie verdoyante mais hostile pour les soldats dont j'étais. Il est bientôt midi, devant nous un mini-car dépose des écoliers cartable à la main ou sur le dos. Nous arrivons à ces thermes situés au milieu d'habitations qui me rappellent les mechtas des années de mon service militaire mais en beaucoup moins misérables. Et les uniformes qui nous accompagnent, ne font fuir personne;nous sommes en 2006, pas 50 ans en arrière.
L'après-midi se passera en mini-shopping aux abords de la MJC puis dans la MJC où un groupe de jeunes filles parmis lesquelles je reconnais les enfants de mon ami Ammar, nous fera connaître et apprécier au son de leurs instruments, et de leurs voix, la musique andalouse. Ensuite, ce sera une démonstration du club de judo (enfants et adolescents) puis une petite pièce, de théâtre, dansée, évoquant les horreurs de la guerre et la naissance de la nation algérienne.
Il y aura encore des remises de cadeaux de part et d'autre et, je dois l'avouer, je ne me souviens plus très bien des détails de cet après-midi. C'était notre dernière soirée à Ferdjioua et je m'étais bien douté que le président de "Mains tendues France Algérie" devrait dire quelques mots d'au revoir. J'avais préparé mon petit papier.
Le voici:
Les français qui reviennent en Algérie, qu'ils y soient nés il y a de nombreuses dizaines d'années ou qu'ils y aient passé de longs mois de leur jeunesse, obligés qu'ils étaient de se battre à défendre le colonialisme, tous voient de leurs yeux, et non seulement au travers des médias, ce qui a changé dans votre pays. Ici, tout a changé mais ceci ne veut pas dire que tout y soit devenu parfait ni même acceptable aujourd'hui. Mais ce n'est pas à nous Français, Européens ni à toute autre nationalité de parler à votre place. L'Algérie n'est pas un pays sous-développé et ceux qui la critiquent comme ceux qui la louent d'ailleurs, n'ont pas le droit moral d'oublier que la République algérienne n'a que 44 ans d'existence. 44 ans, c'est beaucoup dans une vie humaine; c'est très peu, presque rien, dans celle d'une nation. Depuis ma première venue à Ferdjioua, deux ans ont passé. L'idée du jumelage est née, s'est développée et, aujourd'hui, elle est à la veille d'être officialisée par les services compétents français et algériens.
L'APC et le mouvement associatif n'ont pas hésité à s'investir dans ce projet, projet contenu dans le message que le maire de Sassenage m'avait demandé de transmettre aux Algériens et que, je le sais, beaucoup d'entre-vous n'ont pas oublié.
"Faisons le premier pas vers l'ami en laissant de côté toute forme d'idéologie".
Je pense que c'est ce que nous avons su faire et je crois que ce principe est l'assurance même de la réussite de notre projet de jumelage. Ce soir, je vous promets que nous ferons tout pour qu'une délégation aussi importante que la nôtre vienne à Sassenage. Cette promesse, je vous la fais au nom de notre association "Mains tendues France Algérie" et, aussi, en mon nom personnel. Je n'ai jamais fais de promesses aux Algériens, comme à tout le monde d'ailleurs, que je ne puisse tenir. Grâce à notre association et à la municipalité, je suis persuadé que celle-ci sera tenue. Par contre, je ne peux pas vous promettre que Sassenage saura mettre son accueil à la hauteur du vôtre. Merci à vous tous, merci à Monsieur le maire, merci à tous ceux qui l'ont aidé à nous faire connaître l'Algérie telle qu'elle est. Je ne les nomme pas car je risquerais d'en oublier; d'ailleurs, vous les connaissez tous. En mon nom personnel, je tiens à remercier la police et la gendarmerie de Ferdjioua. A travers elles, je remercie toutes les forces armées algériennes grâce auxquelles, aujourd'hui, on peut venir en toujours plus de sécurité dans votre pays.
Merci à tous, bienvenue à Sassenage au cours de l'année 2007.