Cinq ans après l' "Année de l' Algérie en France".
An 2003: Pour marquer, sur le plan régional, cette "Année de l' Algérie", une association de Grenoble (AMAL) avait édité "Mon Algérie", un livre fait des réponses d' une vingtaine de personnes sollicitées pour répondre à cette question: "Quel regard portez-vous sur l' Algérie?".
Depuis, par deux fois, je suis retourné en Algérie, réalisant ainsi l' espoir que je disais à la fin de ma réponse: Aller en Algérie et y voir si le pays était bien tel que je le voyais.
De ces deux séjours (seul en 2004, en compagnie de douze personnes dont le maire de Sassenage et l' un de ses adjoints, en 2006) je revins avec la certitude qu' une relation officielle pouvait s' établir entre une ville d' Algérie, Ferdjioua, et une de France, Sassenage.
Aujourd' hui, alors que cette relation tarde à se confirmer officiellement, je ne crois pas inutile de rappeler le contenu de ma réponse. Mon regard portait sur la jeunesse, les Français d' Algérie, les Harkis, la repentance,l' armée, les religions; autant de sujets brûlants, il y a cinq et qui le sont toujours.
Autant de sujets propices aux clichés, aux idées- reçues; autant de sujets qui ne facilitent pas la compréhension entre la France et l' Algérie.
Voici donc la partie de ma réponse abordant ces sujets:
"Il est impossible, aujourd' hui, de porter un regard sincère sur l' Algérie sans le poser sur sa jeunesse. Les jeunes aspirent légitimement au progrès social, au confort, aux loisirs mais ne sont-ils pas induits en erreur sur les conditions d' existence des jeunes de France et d' autres pays, par les paraboles et une partie de la presse algérienne?
Tous ces jeunes nés longtemps après l' Indépendance, connaissent-ils le prix, de sang et de souffrances, payé par leurs aînés pour libérer l' Algérie du colonialisme?
Connaissent-ils le nom de ce Pied-Noir guillotiné le 17 février 1957?
Il n' avait tué personne, il avait posé un engin explosif dans les vestiaires de l' usine à gaz d' Alger, où il travaillait, en prenant soin qu' elle n' explose que lorsqu' il n' y aurait plus personne dans les lieux.
Il était communiste et s' appelait Fernand Yveton.
En France, combien de rues portent son nom? Et en Algérie?
Tous les Pieds-Noirs ne furent bpas, loin s' en faut, engagés dans la lutte pour l' Indépendance mais il y en eut. Quand je regardes l' Algérie aujourd' hui, je pense à ce peuple pied-noir qui ne su pas écouter l' un des siens: Albert Camus.
S' ils ne sont plus très jeunes, s' ils ne sont oas citoyens algériens, ne sont-ils pas, eux aussi, enfants de la terre algérienne, ces hommes et leur famille auxquels
l' Agérie n' accorde pas l' autorisation de retourner au pays ne fusse que pour un voyage?Je veux parler des harkis, soldats perdus avant même d' avoir été soldats.
Hier, tromppés par la France; aujourd' hui, délaissés par elle.
Si je comprends que l' Algérie ne doit pas oublier, je sais, pour en avoir côtoyé durant mon service militaire, que tous n' étaient pas de sadiques personnages mais je n' ignore pas qu' il faut peu de choses pour, d' un brave type, faire un salaud.
L' Histoire est toujours implacable, impitoyable pour les vaincus et la colère, même légitime, des foules, n' entend jamais raison quand elle se déchaîne.
C' est pour tout cela que je crois à la repentance -ce mot tant redouté de toute la classe politique française et, je le crains, de la classe politique algérienne- indispensable à la concorde entre nos deux pays.
"Repentance", "Concorde", Des mots? et, de surcroît, très controversés?
Des mots certes, mais qui traduisent bien les sentiments et les intentions de ceux qui croient à un avenir serein et fructueux des rapports entre la France et l' Algérie.
Quand je regarde l' Algérie d' aujourd' hui, je vois ces réfugiés politiques qui ont demandé asile à la France. Menacés par les groupes terroristes ou tracassés par les autorités algériennes et parfois -j' en connais- par les deux à la fois- ils vivent loin de leur Algérie en se demandant quand ils pourront y retourner, y vivre.
Aujourd' hui, la France devient de plus en plus avare envers eux (réduction d' allocations, d' aide aux soins).
Devant ces détresses morales et matérielles, je suis triste mais je veux croire que les incompréhensions, entre démocrates algériens, finiront par se dissiper.
Quand je regarde l' Algérie d' aujourd'hui, c' est aussi son armée que je vois.
Une armée souvent critiquée, accusée de corruption, d' abus de pouvoir et, même de tortures et de crimes.
Mais je remarque que ces accusations sont portées par des personnes n' étant pas sous sa protection car, le plus souvent, résidant hors d' Algérie.
Je remarque aussi que cette armée est composée à 80 0/0 d' appelés.
Alors je repense aux 80 0/0 d' appelés dont je faisais partie en 1958, 1959, 1960. Une armée composée de 80 0/0 d' appelés ne peut pas retourner ses armes contre son peuple.
Qu' est-ce qui ressemble le plus à un appelé de vingt ans qu' un autre appelés du même âge?
Quelle que soit leur nationalité, tous les jeunes n' ont-ils pas plus de ressemblances que de différences? Ma comparaison entre appelés algériens et français ne va pas plus loin.
L' armée française combattait pour conserver ce que les gouvernements français d' alors considéraient comme trois départements français.
L' armée algérienne combat pour défendre la nation algérienne.
Constater cela, ne m' empêche pas de m' interroger sur le sort des disparus en Algérie, sur les événements de Kabylie.
Par ailleurs, je remarque que lorsque des organisations françaises s' en vont, sur place, se faire une idée de l' Algérie, elles accepent,sans rechigner, la protection de l' armée pour circuler dans le pays.
Sans doute, cette armée de l' Algérie n' est-elle pas innocente de tout excès, tension ou manoeuvre politique mais sans elle, sans son action, que serait devenue l' Algérie?
Aurais-je pu les voir et les écouter, ces jeunes filles algériennes, à l' occasion d' une représentation que leur groupe donnait dans le cadre de l' Année de l' Algérie en France, dans une ville de l' Isère?
Ce n' est pas sans émotion que j' ai entendu ces artistes venues de Mostaganem jouer "Kassanem".
Combien de français savent que c' est l' hymne nationale algérie?
Je n' apprécie pas particulièrement les hymnes nationaux. Je trouve leirs paroles toujours d' une virilité belliqueuse, mais je respecte ce qu' ils représentent.
Mon émotion étaitbforte quand j' ai lancé très haut: "C' est la Marseillaise algérienne". Le public a applaudi.
Voilà, j' ai essayé de dire clairement qu' elle était ma vision de l' Algérie d' aujourd' hui.
J' aurais pu, j' aurais dû, peut-être, dire ce que je pense des religions en général et de celle qui est la plus importante en Algérie, l' Islam en particulier.
Si l' athée que je suis, ne l' a pas fait ce n' est pas par souci d' éviter un sujet qui gênerait mon regard sur l' Algérie mais, simplement, parce que je ne veux pas ajouter dd l' incompréhension entre ce que je ne crois pas et ce que croient ceux qui ont foi en la religion qui, par le nombre de ses fidèles, est devenue la deuxième de France.
Religion chrétienne,religion juive, Islam, Laïcité, un débat est ouvert en France sur leur juste place dans la société.
Un tel débat serait-il possible en Algérie?
Je l' ignore et, pour l' heure, je pense que l' Algérie a d' autres soucis.
Nul doute que l' Algérie d' aujourd' hui ne soit encore loin de celle dont rêvaient les chouhadas qui, les armes à la mains ou les mains vides, sous la torture ou les bombardements, tombèrent, par centaines de milliers, di premier novembre 1954 au 19 mars 1962.
Je continue à regarder l' Algérie et j' espère pouvoir dire un jour comment je l' ai trouvé en allant, là-bas, me rendre compte si elle est bien telle que je la vois aujourd' hui:
DEBOUT, SOUVERAINE ET COURAGEUSE. Avril 2003.