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georgeslondiche
Description du blog :
Evocation des années de guerre 1954-62 Regards sur l'actualité des rapports entre les deux nations.
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Blog Société
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03.03.2008
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07.11.2009

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CE N' EST-QU' UN DEBUT, CONTINUONS LE COMBAT POUR ROMY

Publié le 12/08/2009 à 06:02 par georgeslondiche
LA RÉÉDUCATION DE ROMAÏSSA (UNE ANNÉE) PRISE EN CHARGE PAR L’ÉTAT FRANÇAIS.

Nous avons gagné !

A l’autre bout du fil, Romaïssa, que l’on appelle désormais «Romy» à Paris, me parle. «Merci», articule-t-elle sans difficultés. Elle vient d’obtenir une prise en charge d’une année sous forme d’aide médicale de l’Etat.
Samia est cet ange algérien volant au-dessus de la Seine pour venir au secours de tous les Algériens en détresse, et notamment ceux frappés par les maladies graves, avec un penchant pour les bambins qui, contre vents et marées, se battent chez nous pour survivre ! Dans notre pays, dominé par des gens qui oublient qu’ils ont des médecins et des structures sanitaires de qualité ici et qui s’en vont «là-bas» pour se soigner une dent aux frais de la princesse, dans ce pays où le brave Boumediene a choisi de mourir dans un pavillon de l’hôpital Mustapha-Pacha, alors que tous ses successeurs sont partis à l’étranger pour se soigner ; dans ce pays qui n’en finit pas de crouler sous le poids de la misère humaine, des gosses frappés par des maladies rares, voire très rares, meurent en silence !
«L’hôpital a décidé de la sortir»
Samia a lu l’appel de la mère de Romaïssa, une petite Chélifienne courageuse comme il y en tant dans ces contrées où l’on apprend à vivoter dès son jeune ; Samia a réagi avec sa passion coutumière, elle et d’autres concitoyens de Paris, habitués à venir en aide aux jeunes malades algériens. Dès qu’elle a pris connaissance du cas de Romaïssa qui venait d’obtenir sa prise en charge pour l’opération délicate de «déconnexion d’une moitié du cerveau», — seule chirurgie connue pour alléger les souffrances du patient et arrêter une lente et inexorable dégénérescence de tous les membres avec perte de la parole —, elle se mobilisa nuit et jour. En effet, répondant à l’appel de Nadia, la maman de Romaïssa, le ministre du Travail et le directeur général de la Cnas ont donné des instructions fermes pour que la prise en charge de la patiente soit effectuée dans les meilleurs délais et les meilleures conditions. Seulement, pour la rééducation postopératoire que l’on ne peut effectuer chez nous (cette maladie est très rare : on compte seulement 35 cas depuis 1987), les choses ont évolué autrement. Il n’y avait personne pour écouter les pleurs de Nadia et de sa petite fille : nos administrations, déjà inhumaines, sombrent totalement dans le coma durant l’été ! Quant à l’hôpital parisien où la petite a été opérée, que l’on nous permette de douter de l’humanité de ceux, parmi ses dirigeants, qui sont restés en poste. En l’absence des professeurs ayant opéré la petite et dont on dit qu’ils sont d’une générosité exemplaire, certains bureaucrates n’ont pas trouvé mieux que de chasser Romaïssa, sans aucune autre forme de procès ! Samia témoigne : «L'hôpital a décidé de la sortir, nous l'avons fait vers 18h 30 mais à peine arrivée à la maison que les vomissements ont commencé ! J’ai appelé le Samu : elle a été évacuée vers l'hôpital Rothschild.»
Romaïssa est pourtant algérienne à 100 %
Il faut dire que Samia est une battante comme on en connaît peu. Tous les jours, elle sillonne Paris et sa banlieue, sensibilisant les mairies, les associations, les partis, etc. Alors que la maman de Romaïssa rentre à Alger pour frapper – sans résultat ! — à toutes les portes, Samia ne se décourage pas. On ne va pas laisser tomber la petite Chélifienne en si bon chemin ! D’autres Algériens et un Français – le brave Georges Londiche, qu’il m’excuse de froisser sa modestie légendaire – inondent la France et le monde de messages de sensibilisation. Sans résultat ! Et puis, découragée, peinée de voir une si belle œuvre de solidarité mal finir, Samia s’isole chez elle et là, elle se dit : «Je vais tenter le tout pour le tout !» Elle écrit alors une lettre émouvante à la sécurité sociale française qu’elle fait signer par Nadia. Il y a deux jours, alors que je contemplais le ciel richement étoile de mes hautes plaines madauriennes, me demandant pourquoi, là haut, certaines prières étaient prises en considération et pas d’autres, une sonnerie de portable me réveille de mes rêveries nocturnes. J’étais en train de penser à la petite Romaïssa, surgissant de l’anesthésie opératoire, trouvant le courage de parler pour nous demander : «Priez pour moi !» Au bout du fil, Samia avait les larmes dans la voix. Mais des larmes de joie. De bonheur. «Maâmar ! Romaïssa a obtenu une prise en charge d’une année ! Une année pour se rétablir complètement ! Nous avons réussi !» Je ne sais si c’était de la poussière d’étoile me tombant dans les yeux où si c’était le faute à ce vent qui faisait lever les restes d’une moisson généreuse, mais j’ai senti une larme couler sur mes joues. Je pensais à Nadia, à mes amis chélifiens, avec à leur tête Boudia et Mejdoub, poètes qui tissent des arc-en-ciel d’amour et de solidarité dans la hideur de la cité régurgitée par la grande El- Asnam, sorte de bouillon de culture de n’importe quoi, fauchant les arbres et bâtissant la grisaille à grands coups de milliards. Samia parlait. J’écoutais le vent siffler au ras des bouts de pailles épargnées par la moissonneuse. J’écoutais la voix profonde de mon pays fredonner un vieil air chaoui chahuté par le tir d’un baroud. Un mariage fête les retrouvailles avec la vie dans ces contrées où la musique était interdite. Comme à Chlef. Samia parlait : «Romy, c’est ainsi que l’appellent les médecins parisiens, bénéficie désormais d'une aide médicale d'Etat pour une année qui sera bien sûr renouvelable après. Maintenant, on va se battre pour l'attestation de séjour, ce n’est pas facile avec la préfecture mais nous allons continuer à nous battre !» Nous avons gagné ! Totalement gagné ! Merci à l’Etat algérien d’avoir pris en charge l’opération chirurgicale et merci à l’Etat français d’en avoir fait autant pour la rééducation. Romaïssa est pourtant algérienne à 100% !
«Yes ! We can…»
Mais l’essentiel est que nous avons gagné, contre vents et marées, tous ensemble. Vous verrez, si nous sommes encore de ce monde, on ira faire une grande fête à Chlef et j’invite d’ores et déjà Romy, ses parents (son père est un grand malade), Boudia, Mejdoub, Samia, Khedidja, notre correspondante à Paris, qui a réveillé les consciences, Georges et nos amis de là-bas à venir ici, sous le ciel étoilé de mes hautes plaines, pour fêter la victoire des faibles et des opprimés contre la grande machine de l’indifférence et de la marginalisation ! Je termine par ces mots de Romaïssa – que j’ai pu avoir hier au téléphone. Samia l’a invitée ainsi que sa maman et d’autres amis à un grand couscous pour fêter – déjà — cette victoire ! La petite parlait ! Elle m’a dit de sa voix suave : «Merci !» A travers moi, elle s’adressait à vous tous, amis lecteurs. Je sais que vous n’avez jamais douté de l’issue de cette extraordinaire aventure humaine dès le moment où vous avez lu mon premier appel intitulé : «Yes ! We can…»
Maâmar Farah

www.lesoirdalgerie.com



QUE DEVIENT ROMAÏSSA?

Publié le 09/08/2009 à 22:32 par georgeslondiche

Du bureau, de Paris, du "SOIR D' ALGERIE" (6 Août 2009) par Khadidja Baba-Ahmed


Si les deux lourdes interventions chirurgicales qu’a subies en France la jeune Romaïssa semblent avoir réussi, aujourd’hui pour cette jeune Algérienne de Chlef qui a pu être sauvée, grâce à la mobilisation de nos lecteurs et de nombreux Algériens d’ici et de là-bas suite à l’appel de notre confrère Maâmar Farah sur ce cas humanitaire, tout cependant n’est pas encore fini et l’irréparable n’est pas encore à exclure.
Romaïssa devra quitter la fondation Rothschild ce vendredi, si une prolongation par la Cnas de sa prise en charge, arrivée à échéance, ne lui est pas envoyée. Romaïssa comme sa mère qui l’accompagne dans cette dure épreuve attendent avec angoisse. Nous leur avons rendu visite au service chirurgie de cet hôpital parisien. C’est Nadia, la jeune maman qui nous a reçue, Romaïssa ayant été transportée au scanner pour différents contrôles. En attendant son retour, sa mère, les yeux humides, nous raconte les différentes péripéties par lesquelles sa fille et toute la famille sont passées depuis 2005 alors que la petite n’avait que 5 ans (elle en a dix aujourd’hui) ; les diagnostics contradictoires et les nombreux changements de traitements dont certains ont malheureusement aggravé sa situation. «Ma fille est presque sauvée et je ne remercierai jamais assez tous ceux qui se sont mobilisés pour qu’elle puisse être enfin dirigée vers un service spécialisé. Les autorités aussi ont été sensibles, et c’est ainsi que tant le ministre du Travail que le directeur général de la Cnas ont vite réagi en délivrant une prise en charge et la billetterie pour Romaïssa et moimême. » Mais, nous explique-t- elle, tout en nous montrant les différentes attestations et certificats médicaux : «Romaïssa n’a pas une maladie commune.» Elle souffre de «l’encéphalite de Rasmussen», autrement dit une épilepsie que qualifient ses médecins de «sévère et rare». Tellement grave, qu’hospitalisée depuis le 30 juin dans le service de neurochirurgie de la fondation Rothschild, elle a été opérée le 10 juillet pendant onze heures pour une «déconnexion de tout l’hémisphère cérébral gauche». Une deuxième intervention a eu lieu le 30 juillet dernier et aujourd’hui, selon les propres termes et recommandations des médecins qui l’ont opérée, «une surveillance médico-chirurgicale est impérative» afin, disent-ils, «de prévenir les complications postopératoires à distance ; adapter le traitement antiépileptique ; assurer des contrôles en EEG et IRM ; entamer une rééducation fonctionnelle du fait de son hémiplégie et une orthophonie intensive et spécialisée du fait de l’aphasie, autrement dit de la perte, en grande partie, de la parole. C’est pour toutes ces raisons que les médecins considèrent qu’«il est indispensable de prolonger la prise en charge sur une durée minimale de six mois. Romaïssa est attendue pour ce suivi, depuis le 3 août dans un nouvel établissement, à l’hôpital national Saint- Maurice, dans le 94». Et c’est là que tout se complique, nous dit encore sa mère qui n’a cessé de transmettre par fax les attestations des médecins et leurs recommandations pour demander une prolongation de la prise en charge. Elle n’a cessé aussi d’appeler à Alger pour alerter sur ce silence, mais en vain ! Aucune réponse alors que la petite risque d’être dans la rue dès vendredi. C’est toute l’angoisse de la maman qui, en mère courage, accueille enfin sa fille ramenée dans la chambre après de longues heures de contrôles. La belle et si frêle rescapée nous sourit mais un sourire triste qui en dit long sur ce qu’elle endure et ce qu’elle a enduré depuis 5 ans et sur ses interrogations quant au futur. Ce futur d’une toute jeune adolescente dont l’avenir dépend d’un petit papier, un sésame qui lui redonnerait enfin vie et qui lui permettrait enfin de rentrer au pays guérie et de reprendre le chemin de l’école. Alors que nous nous apprêtions à quitter Romaïssa et sa mère, nous avons reçu un coup de fil de Samia Amrous : c’est la dame algérienne qui n’a aucun lien de parenté avec la famille et qui accueille chez elle la maman de Romaïssa, lorsque la petite malade est en réanimation, parce que nous dit elle «le cas dramatique de Romaïssa la bouleverse». Et cette admirable dame nous dit encore : «Je fais des mains et des pieds, j’ai vu les assistantes sociales de l’hôpital, j’ai été voir les services des aides médicales mais malheureusement, le cas de Romaïssa est tellement lourd que la prolongation de sa prise en charge est absolument vitale.» Espérons qu’elle soit entendue par ceux — ministère et Cnas — qui ont fait le premier geste et qui comprendront sûrement que leur geste aura été vain s’il n’était suivi par cette prolongation de prise en charge.
K. B.-A.

FRANCIS JEANSON, L' AUTRE FACE ET L' HONNEUR DE LA FRANCE.

Publié le 06/08/2009 à 05:55 par georgeslondiche
QUOTIDIEN ALGERIEN "L' EXPRESSION" 06 Août 2009 -

«...Je voudrais que tu retiennes que mes camarades et moi n’avons fait que notre devoir, car nous sommes l’autre face de la France. Nous sommes l’honneur de la France.»
Francis Jeanson s’adressant au Président Abdelaziz Bouteflika - (Juin 2000)

C’est par cette phrase que le philosophe Francis Jeanson a défini son rôle lors de l’aide qu’il a apportée à la Révolution algérienne: il n’a fait que son devoir et il n’en rougit pas, il se démarque des «autres» de tous les «nostalgériques» qui, au mieux, ont protesté mollement, notamment à propos de la torture, au pire, l’ont approuvée comme l’a fait à titre d’exemple avec une charité toute chrétienne, le cardinal Saliège pour qui, «la terreur doit changer de camp». Sait-on qui est Francis Jeanson, celui qui est mort dans l’anonymat le plus strict dans son pays? Peut-être parce qu’il s’est déterminé au moment où même les intellectuels biens pensants humanistes en temps de paix, dénonçaient, de loin, la torture en essayant toutefois de ne pas effaroucher le pouvoir pour ne pas compromettre leur carrière? De l’autre côté de la Méditerranée, dans l’Algérie d’aujourd’hui qui refuse de voir son histoire en face, sait-on que des Français se sont battus, se sont exposés et ont mis en jeu leur liberté et parfois leur vie pour l’indépendance du pays tout en étant fidèle à une certaine idée de la France?
Le philosophe et écrivain Francis Jeanson proche de Sartre, est mort samedi 1er août à l’âge de 87 ans à Arès, près de Bordeaux. Francis Jeanson «Le porteur de valises» selon le bon mot de Jean-Paul Sartre, les a définitivement posées. Durant la Guerre d’Algérie il avait fondé le réseau Jeanson, le plus important réseau de soutien au FLN en Métropole. Jeanson était un intellectuel, un homme de conviction profonde, traduite dans le feu de l’action. Il s’opposera à Camus et à sa thèse que toute révolution débouche sur la négation des libertés. La position de Camus condamnait toute révolution alors que Jeanson soutenait le projet de ces révolutions, notamment les guerres de libération. Sartre interviendra dans cette célèbre controverse en assénant à Camus qui voulait garder ses mains propres: «Avoir des mains propres, c’est ne pas avoir de mains.»

Pourquoi la guerre coloniale?
Justement, l’action caractérise la vie de Jeanson qui, en 1943, à l’âge de 21 ans avait rejoint les Forces françaises d’Afrique du Nord. A la Libération, il entre aux Editions du Seuil. C’est à cette époque qu’il rencontre Jean-Paul Sartre et collabore aux Temps modernes. En 1948, rappelle Sud-Ouest, il part faire une série de conférences en Algérie et, là, découvre une situation dont il comprend vite qu’elle est intenable. La conviction de Jeanson reposant sur l’existentialisme de J.-P. Sartre postulait que l’opprimé recouvrait son humanité dans le processus même de la lutte contre l’oppresseur et son Etat. Jeanson a été choqué par le racisme des colons en Algérie qui parlaient de la boucherie du 8 Mai 1945 comme s’ils avaient tué des cloportes!
On comprend, alors, comment un intellectuel français qui, a priori, n’avait pas de relation avec l’Algérie, puisse être interpellé par le sort des indigènes et surtout par l’institutionnalisation de la torture qui restera longtemps taboue. Il a fallu attendre quarante ans pour que les langues se délient.
«Depuis 2000, écrit Florence Beaugé, témoignages, articles et procédures judiciaires se succèdent en France, portant sur les pratiques de l’armée durant les "événements" d’Algérie. La torture en Algérie ne date pas de 1957, année de la Bataille d’Alger, ni même de 1954. Les exactions commencent dès 1830, quand les troupes françaises débarquent à Sidi Ferruch, pour une expédition coloniale longue de quarante ans. Pillages, carnages, incendies de maisons, rafles de civils à grande échelle, etc. La conquête de l’Algérie s’accompagne d’actes de barbarie, les documents d’histoire en attestent.»
«(..)Extrait d’une lettre d’un soldat à sa famille en métropole: Nous rapportons un plein baril d’oreilles, récoltées paires à paires sur les prisonniers. (...) Je lui fis couper la tête et le poignet gauche, et j’arrivai au camp avec sa tête piquée au bout d’une baïonnette. (...) Je l’envoyai au général Baraguay, qui fut enchanté.» Aujourd’hui encore, les noms des généraux Montagnac et Turenne restent connus en Algérie pour leurs «enfumades» de centaines de civils dans des grottes, en 1836 et 1837. Au XXe siècle, comme au XIXe, la «pacification» en Algérie passe par la répression (comme en Indochine ou à Madagascar). Policiers, gendarmes, magistrats disposent de pouvoirs beaucoup plus importants qu’en Métropole. Ils sont surtout totalement autonomes. Dès 1947 et 1948, André Mandouze et Francis Jeanson s’alarment, dans la revue Esprit, de la situation qui prévaut dans les trois départements français. Mais ils crient dans le désert. En 1951, un ancien résistant, le journaliste Claude Bourdet, pose la question «Y-a-t-il une Gestapo algérienne?» dans les colonnes de L’Observateur, et décrit les méthodes en vigueur dans les commissariats(...)La torture se généralise et s’institutionnalise, comme le reconnaîtra le général Massu, en novembre 2000, dans Le Monde.(...) La Guerre d’Algérie terminée, beaucoup de tortionnaires notoires feront carrière, en toute impunité. (...)Tous, abondamment décorés, sont à l’abri des lois d’amnistie décrétées après l’Indépendance. Amnistie signifie-t-elle amnésie?(1)
Francis Jeanson, avec sa lucidité coutumière, explique pourquoi et au nom de quel intérêt la France a été amenée à torturer. Interviewé par le Monde il déclare: «Avant de s’indigner des atrocités commises en Algérie, il faut se demander pourquoi nous avons fait la guerre au peuple algérien et pourquoi nous avons laissé faire des choses qui n’avaient pas de raison d’être. (...) mais je ne comprends pas qu’on pose aujourd’hui la question de la torture sans poser la question de la guerre coloniale. Ce sont deux questions indissociables. On semble dire que, si la guerre avait pu se passer de la torture, elle aurait été justifiée. Pour moi, c’est le contraire. La torture ne pouvait être qu’un des aspects déchirants de cette situation.(...) Il y avait aussi les viols, les camps de concentration, qui faisaient partie de la guerre au même titre que la torture. Ce qui compte, à mes yeux, c’est que nous avons mené une politique de colonisation insoutenable. Depuis mai 1945, et les massacres de Sétif, on aurait dû le savoir. La torture n’est pas née de la Guerre d’Algérie en 1954. (...)Nous avons démissionné, laissant les véritables intérêts de la nation disparaître face aux exigences du grand colonat algérois.» «(...) Oui, je persiste à le penser, l’Algérie va s’en sortir. Cette population composite, et si riche de sa diversité, a toujours fait preuve d’exceptionnelles ressources dans les pires moments de son histoire. Le courage et l’humour ne lui ont jamais fait défaut...»(2)
En 1955, il publie L’Algérie hors la loi, qui dénonce l’échec du système d’intégration des masses algériennes et affirme la légitimité des hors-la-loi du FLN, avec lequel il prendra contact.
(...) Il faut se replacer dans le lourd climat de l’époque. Depuis six ans, dure cette guerre qu’on refuse de nommer. (...) C’est dans ce contexte de mol conformisme et de démission intellectuelle que surgissent, dans les premiers mois de 1960, deux événements. Le premier tient à la révélation que des Français, généralement issus d’une mouvance de gauche mais réfractaires au militantisme officiel, se sont organisés clandestinement pour apporter leur soutien au FLN. Au nom de la maxime selon laquelle «un peuple qui en opprime un autre n’est pas un peuple libre». «Ils ont choisi de se libérer eux-mêmes de leur virtuel statut d’oppresseurs en aidant les Algériens à se libérer d’une oppression coloniale dont ils refusent d’être solidaires. Au mois de février 1960, au scandale de la bonne presse qui les stigmatise comme des traîtres à la communauté nationale, une dizaine d’entre eux sont arrêtés par la police: ils appartiennent au principal réseau de soutien, qui organisait l’hébergement en France de responsables FLN et l’acheminement de sommes d’argent au profit de l’organisation indépendantiste.»(3)

Le procès du réseau Jeanson en accusation
Le second événement consiste en la mobilisation d’une appréciable partie de l’intelligentsia autour d’une Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie, qu’on appellera couramment Manifeste des 121, d’après le nombre de ses premiers signataires, ce manifeste prône le droit à l’insoumission. Le Manifeste des 121 révèle en effet à l’opinion l’existence de jeunes soldats - plus de trois mille - qui refusent d’aller «pacifier» l’Algérie, voire désertent. Quand s’ouvre donc, le 6 septembre, le procès du réseau Jeanson, c’est dans cette atmosphère marquée par le soudain réveil d’une «gauche insoumise», qui n’accepte plus les messages de la guerre d’Algérie. Elle en bénéficiera tout en l’amplifiant. (...) D’emblée, en effet, le procès fut conçu comme une machine de guerre, si l’on peut dire: de guerre contre la guerre. Sa force de frappe en était le collectif des avocats du FLN, dirigé par Abdessamad Benabdallah, Mourad Oussedik et Jacques Vergès, qui rejoignirent de talentueux indépendants, au premier rang desquels Roland Dumas. Échappant chaque jour davantage à un tribunal désemparé, le procès du réseau Jeanson se transforma en «procès de la guerre d’Algérie»(3).
Jeanson le «traître». L’homme qui a monté, en France, le réseau de soutien au FLN. C’est lui, ce vieux monsieur qui ne regrette rien. «Je voudrais bien, dit-il, que l’on me donne l’unité métrique du regret.» Dans Notre guerre, livre qu’il fit paraître dans la clandestinité en 1960, il s’est expliqué sur son combat. A ceux qui lui reprochaient de soutenir les ennemis de son pays, il écrivait: «Notre cause n’est certes pas toute blanche. Mais la vôtre, de quelle couleur la voyez-vous?» Il est entré dans la clandestinité à la demande du FLN. «Ce qui se passait en Algérie au nom de la France était inadmissible. Il fallait être contre. La seule façon d’être contre, c’était d’être aux côtés de ceux qui se battent. On m’a souvent dit que c’était de la trahison. Mais, pour moi, il y avait déjà trahison: celle des valeurs de la France.» De ceux qui, dans l’ombre, acheminent les fonds réunis par la Fédération de France du FLN, fournissent des caches, procurent des faux papiers aux militants de l’indépendance algérienne en France. 400 millions de francs transitent chaque mois par les «porteurs de valises», révèle Jeanson aux journalistes.(4)
«En cette année 1960, écrit Dominique Vidal, où la France se résigne à la souveraineté d’une quinzaine de ses ex-colonies africaines, elle refuse obstinément celle de l’Algérie. Dès 1958, la diffusion des livres La Gangrène et La Question- publiés par les Editions de Minuit, mais aussitôt interdits parce qu’ils témoignent de la généralisation de la torture, mobilise des centaines de militants. (...) En juin 1960, des personnalités de toutes opinions - y compris gaullistes - se retrouvent dans le Comité Djamila Boupacha, cette combattante du FLN emprisonnée dont l’avocate Gisèle Halimi tente de sauver la tête.»(5)
«Au début de la guerre, déclarera Hélène Cuénat, une des principales accusées du procès Jeanson, j’ai commencé par participer à des actions légales. (...) Puis il est devenu évident que cela n’aboutissait pas. La guerre continuait. Il m’a semblé qu’il n’y avait plus qu’un seul moyen: se ranger aux côtés d’un peuple qui luttait contre le colonialisme.» Comme elle, plusieurs centaines de militants basculent dans la clandestinité - les premiers dès 1957. Les réseaux, notamment celui dirigé par Francis Jeanson puis par Henri Curiel, prennent en main l’aide aux militants du FLN. (...) Malgré l’extrême confusion des débats, le procès braque les feux de l’actualité sur l’engagement de ceux qu’on appellera les «porteurs de valise».(5)
Si le pouvoir espérait ainsi réduire au silence les partisans de l’indépendance de l’Algérie, il s’est lourdement trompé. (...) Rien, après le procès Jeanson et le Manifeste, ne sera plus comme avant. Le procès Jeanson - estime La Guerre d’Algérie, ouvrage coordonné par le communiste Henri Alleg - catalyse donc les réactions de certaines couches de la population. Il révèle aussi, peut-être surtout, la lente mais constante progression de leur opposition à l’aventure coloniale et aux méthodes barbares qui l’accompagnent. (...) [Ce mouvement] déjà largement développé dans de vastes secteurs de l’opinion publique, marque chaque jour plus fortement, en dépit de la propagande officielle et des savantes ambiguïtés des discours gaullistes, une impatience grandissante devant la guerre qui se prolonge. «L’histoire serait-elle injuste? Pour nombre de spécialistes de la Ve République, De Gaulle, revenu au pouvoir en s’appuyant sur l’armée et les ultras, donc censé maintenir l’Algérie dans le giron de la France, se serait en fait secrètement convaincu de l’inéluctabilité de l’indépendance. Et sa politique - zigzags compris - n’aurait eu d’autre but que d’en convaincre progressivement les Français. (...) Leur liberté, les Algériens la doivent donc d’abord à leur propre combat, et, pour une part, à l’aide de leurs amis français.»(5)
A côté de Francis Jeanson, d’Henri Curiel mort assassiné, d’André Mandouze, de l’abbé Béranguer du Cardinal Duval et de tant d’autres de cette «armée de l’ombre» qui joua un rôle non négligeable dans la libération del’Algérie, quelle a été la reconnaissance de l’Algérie? Est-il concevable que nos étudiants continuent à ignorer l’oeuvre et la pensée de Fanon ou de Jeanson et de tant d’autres. Assumons notre histoire! Paradoxalement, nos bourreaux sont mieux connus que nos bienfaiteurs On continue en Algérie voire à Alger de parler du lycée «Bugeaud» (le fameux Bouchou dont nous parlait nos grands-mères pour nous faire peur!) de la cité «Lavigerie». Sait-on qu’il a tout fait pour christianiser par la force? On parle de Rovigo de Clauzel, mais personne parmi les jeunes ne connaît l’humanisme de Mandouze, Jeanson, et de tant d’autres. Il nous faut rendre justice à ces «Justes». Des institutions devraient leur être dédiées et ils devraient logiquement faire partie de notre histoire.

(*) Ecole nationale polytechnique

1.Florence Beaugé: La torture, ou que faire de cet encombrant passé? Le Monde 31.10.2004
2.Francis Jeanson, «La question de la torture est indissociable de la question coloniale» «Propos recueillis par Thomas Lacoste et Hervé Le Corre Le Monde. 28 mai 2001
3.Marcel Péju: Le procès du réseau Jeanson Préface à l’édition de 2002
4.F.Jeanson «La seule façon dêtre contre». Le Nouvel Obs. n° 2085 21 octobre 2004
5.Dominique Vidal: Ces «traîtres» qui sauvèrent l’honneur de la France. Le Monde diplomatique Septembre 2000

Pr Chems Eddine CHITOUR (*)

MONSIEUR SE SENT ENVAHI? ET PUIS QUOI ENCORE?

Publié le 06/08/2009 à 05:46 par georgeslondiche
Quotidien "LE SOIR D' ALGERIE" 6 août 2009.

MONSIEUR SE SENT ENVAHI? ET PUIS QUOI ENCORE?

Par Hakim Laâlam
Email : laalamh@yahoo.fr

Ah ! Ça, pour culotté, je l’ai trouvé vachement culotté notre islamiste de Bab-Ezzouar. Interrogé par des confrères après les bagarres entre Algériens et Chinois dans ce quartier de la capitale, notre barbu, kamis et sandales au clair, a lancé : «Les Chinois nous ont envahis chez nous. Ils ne respectent pas nos coutumes et habitudes. Ils reçoivent des prostituées, ils boivent du vin et leurs femmes ne sont pas couvertes comme il se doit ! » Ya Sahbi ! Ça lui va bien à notre petit poilu de dire ça. Je lui rappelle que ces petits frères en religion, ces répliques, ces clones envahissent régulièrement, et depuis des lustres, les villes britanniques, françaises, italiennes, espagnoles ou canadiennes, y affichent leurs dégaines et leurs guêtres pas franchement couleur locale, revendiquent leur droit au particularisme, crient à la discrimination à la moindre petite loi interdisant le niqab ou un quelconque autre signe d’appartenance religieuse. Et lui, ici, en Algérie s’offusque que les Chinois boivent du vin et n’imposent pas le voile à leurs femmes. Faut pas pousser coco ! Comme là-bas, comme ici, Khouya ! Les Occidentaux, vaille que vaille, bon an mal an, te supportent avec ta barbe hirsute et teinte au henné, tes yeux tracés au khôl et tes nanas cadenassées que tu traînes derrière toi au marché couvert, sous le métro de Barbès. Alors, tu supportes à ton tour les Chinois et tu n’emploies surtout pas les termes d’envahissement et d’invasion. Si tu ne veux pas que ta tribu qui a transformé la capitale anglaise en Londonistan ne soit elle aussi traitée d’envahisseur. Et très sincèrement, comparé aux tiens, à tes frères de poils qui pullulent en Occident, qui sont bien contents de palper dans la poche de leur kamis le passeport bordeaux, je trouve les «envahisseurs » chinois plutôt discrets. Et surtout un peu plus rentables que toi économiquement parlant, si tu vois ce que je veux dire. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
www.lesoirdalgerie.com

QUOTIDIEN ALGERIEN "EL KHABAR"5/8/2009 DECES DE F.JEANSON

Publié le 05/08/2009 à 15:36 par georgeslondiche
Décès du père du « réseau des porteurs de valises »

Bouteflika: Jeanson, "exemple vivifiant" d'un proche du combat algérien

Le philosophe et fondateur des "porteurs de valises", Francis Jeanson, restera un "exemple vivifiant" d'un intellectuel qui a combattu aux côtés des Algériens pour leur indépendance et l'honneur de la France, a affirmé le président Abdelaziz Bouteflika.
Jeanson, fondateur d'un réseau de soutien au FLN pendant la guerre d'Algérie (réseau dit des "porteurs de valise"), est mort à 87 ans, samedi soir près de Bordeaux, dans le sud-ouest de la France.
"Il est urgent, au moment où Francis Jeanson nous quitte, de reprendre, sur les deux rives de la Méditerranée, son message de lumière et de l'amplifier pour ouvrir plus grandes les portes d'un avenir convivial, dont il a démontré la possibilité", a écrit M. Bouteflika dans un message de condoléances à la famille du défunt.
"Francis Jeanson fut et restera dans la mémoire des peuples algérien et français l'exemple vivifiant d'un intellectuel lucide et exigeant qui combattit avec rigueur et chaleur, talent et efficacité, la domination coloniale française dans notre pays", dit encore Bouteflika.
Jeanson "épouse en mots et en actes la cause de la lutte de libération nationale de notre peuple, convaincu qu'il contribuait, dans le même temps, à libérer la France de sa boursouflure coloniale", ajoute le président.
Le chef d'Etat algérien a également affirmé que "Francis Jeanson fut et restera dans la mémoire du peuple algérien un frère de combat et d'espoir dans l'élaboration d'une relation amicale entre les nations algérienne et française enfin débarrassées des scories du temps colonial".










JUSQU' AU BOUT DE LA DIGNITE (DECES D' UN "PORTEUR DE VALISES

Publié le 03/08/2009 à 06:55 par georgeslondiche
Editorial (Lundi 03 Août 2009) du quotidien algérien "LIBERTE".

Jusqu’au bout de la dignité

Le fondateur du réseau des “porteurs de valises”, Francis Jeanson, s’en va et avec lui un pan de l’histoire de l’Indépendance de l’Algérie. Une histoire qu’un certain lobby “de l’Algérie française” voudrait à tout prix effacer par un trait de plume et de lois abjectes pour plaider les bienfaits du colonialisme. Francis Jeanson, qui avait été d’un grand apport pour la révolution algérienne sur le sol français en fournissant une aide précieuse à la fédération de France, sait comme les Algériens qui ont vécu les affres de l’occupation et auxquels il n’hésite pas d’ailleurs à s’identifier, la situation difficile du pays avant l’Indépendance. Et ce n’est pas un hasard si le défunt l’a si bien souligné deux mois avant sa mort dans une interview publiée sur le Net et dans laquelle il avait affirmé avoir découvert, après un voyage et une tournée en Algérie, “combien les Algériens étaient méprisés par les grands colons et la situation abjecte dans ce pays”. Au sujet des crimes coloniaux, il disait ne pas comprendre “qu'on pose aujourd'hui la question de la torture durant la guerre de Libération sans poser la question de la guerre coloniale. Ce sont deux questions indissociables”.
Dans le débat enclenché dans l’Hexagone sur le devoir de mémoire suite au vote de la loi du 23 février 2005 glorifiant la colonisation, Francis Jeanson a vite clarifié les choses en prenant position comme il a eu à le faire durant la guerre de Libération.
Mais, l’exemple de Francis Jeanson qui nous quitte, nous rappelle bien d’autres engagements en faveur de l’Indépendance de l’Algérie.
On peut citer des noms comme Maurice Audin, assassiné par les hommes de Massu en 1957, tout comme le militant infatigable des causes justes, Simon Blumenthal qui a passé plusieurs années à la prison de Fresnes à cause de son soutien au FLN.
On peut également évoquer le sacrifice de Fernand Yveton et de Henri Maillot, et la liste est longue de tous ceux qui ont contribué à porter la voix de l’Algérie sur la scène internationale, de tous ceux qui ont payé de leur vie leur soutien au principe d’autodétermination du peuple algérien et qui n’ont pas changé de position malgré tout.

Salim Tamani

LE PANTALON DE LOUBNA OU LA GUERRE DU KAMIS ET DU SAROUAL.

Publié le 30/07/2009 à 05:52 par georgeslondiche
QUOTIDIEN ALGERIEN "LIBERTE" 30 JUILLET 2009.

Par :Mustapha Hammouche

Loubna Ahmed-Hussein était convoquée hier au tribunal de Khartoum pour un procès où elle encourt le châtiment de quarante coups de fouet et une amende. Loubna, journaliste au quotidien Al-Sahafa et collaboratrice de la mission locale des Nations unies, avait été appréhendée, le 3 juillet dernier, dans un restaurant de la capitale soudanaise, avec douze autres femmes parce qu’elles portaient des “tenues indécentes”, c’est-à-dire des pantalons.
Dix d’entre elles ont été déjà punies de dix coups de fouet.
Le tribunal a laissé le choix à Loubna Hussein de bénéficier de l’immunité que lui confère son appartenance à la mission onusienne ou de s’en défaire pour être jugée. Elle a préféré s’en affranchir pour que le procès aille à son terme.
Pendant que l’Afrique et la Ligue arabe se mobilisent pour éviter à Omar Al-Béchir un procès pour génocide au Darfour, son régime s’emploie à humilier des femmes qui osent porter des tenues incompatibles avec le statut qui leur est réservé. Mais, voilà, Loubna n’a pas baissé les bras, ni le pantalon : hier, elle s’est présentée au tribunal dans sa “tenue d’homme”. La justice du dictateur a préféré gagner du temps en reportant l’audience au 4 août.
C’est emblématique que ce soit sur le thème du pantalon que la lutte des femmes au Soudan fasse parler d’elles. D’abord parce que beaucoup d’hommes, dans la sphère politico-culturelle que nous partageons avec ce pays, le tombent pour moins que cela. Et ensuite, et surtout, parce que l’histoire de cet habit est lié à l’histoire des conquêtes civiques et politiques de la femme.
En France, le port du pantalon est encore soumis à autorisation préfectorale, aux termes d’un édit de Napoléon Bonaparte datant de 1800 (George Sand la demandait périodiquement). Avec l’apparition de la bicyclette, du travail féminin à la mine, puis à l’usine quand les hommes partaient au front pendant les deux guerres mondiales, le décret est tombé en désuétude, mais il n’a jamais été abrogé. De grandes dames qui ont marqué l’histoire de France, de Jeanne d’Arc à Brigitte Bardot, ont choqué une première fois en apparaissant en pantalon. De toute manière, en Europe, même pour les hommes, le pantalon n’est devenu courant qu’au XVIe siècle, bien qu’il y fût souvent introduit auparavant.
En Amérique, c’est le travail des femmes au ranch qui a banalisé le port du pantalon par les femmes.
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le pantalon n’est pas une invention occidentale. Le sarouel, ancêtre indirect du pantalon qui, dans la langue française, ne désigne presque plus que la version féminine de notre pantalon traditionnel, est né en Orient. En Perse, d’abord, et peut-être en Inde et en Mongolie, et en Chine ensuite. Puis au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, Soudan compris… C’est la domestication du cheval qui a favorisé l’émergence de l’équivalent du sarouel. En premier chez les cavaliers nomades d’Orient. Les guerres ont fait le reste pour diffuser et le cheval et l’habit.
La Kahina et son armée en portaient déjà.
Le Torquemada en kamis dont Loubna est victime le sait : la conquête de la dignité de la femme passe par la reconquête de son corps.

M. H.
musthammouche@yahoo.fr


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"LIBERTE", LES PLAGES, ET LE "DEUX PIECES" 27 JUILLET 2009.

Publié le 27/07/2009 à 07:03 par georgeslondiche
Chronique (Lundi 27 Juillet 2009)


La question nationale du deux-pièces
Par :Mustapha Hammouche

L’été a ses refrains. Les vacances, les feux de forêt, les canicules épisodiques, les pannes de courant, les maladies de saison… Parmi ces thèmes, la pieuse pensée locale préfère approfondir la question des vacances, plus spécialement celles des baigneuses.
Dans ce journal, on rapportait hier que certains imams du côté de Boumerdès avaient proposé d’interdire les plages aux Algériens “parce qu’il y a des choses à ne pas voir”. En cela, ils ne faisaient peut-être que suivre l’orientation de leur wali qui s’était engagé à “ne rater aucune occasion de fermer un débit de boissons”.
L’action publique et la prédication intégriste se rejoignent dans leur œuvre d’assainissement rigoriste de la société. L’hiver, sus aux buveurs ! L’été, sus aux baigneuses !
Il n’était donc pas nécessaire de se mettre à l’écoute d’imams de faubourg pour entendre ce genre de propos inquisitoire. Il suffit de rester chez soi, le vendredi, et d’écouter l’émission “Fatawa âala al-hawa” pour recueillir les angoisses mystiques islamo-républicaines du moment. Dans la dernière édition de cette émission de la très officielle ENTV, des “docteurs” de la foi y ont décrété qu’il était “haram” qu’une femme aille à la plage et de s’y baigner… nue ; ils ont tout de même admis qu’elle pouvait se tremper en hidjab dans une piscine “pour femmes seulement”, comme aurait dit Amazigh Kateb. Le propos sur les règles de tenues et de comportements n’est pas le plus alarmant ; il est trop récurrent pour passer notre temps à nous en offusquer.
Il y a pire en ce que la femme, quotidiennement agressée quand elle ose s’aventurer dans l’espace public, n’y est tolérée que si elle prend les attitudes attendues d’elle par le mâle, selon les lieux et les fonctions qu’il lui réserve à ce moment-là en cet endroit-là. Rien n’est fait ni par les autorités ni par la société pour la préserver des discours haineux des moralistes ou des quolibets des excités.
Cela fait partie des concessions aux islamistes. La moralisation de la société aux normes intégristes leur est donnée en gage de bonne volonté ; le régime espère qu’en retour, l’islamisme, occupé à mater une société sans défense parce sans État, se détourne de ses visées sur le pouvoir. À force de concessions et de zèle de responsables institutionnels, la cascade de concessions tourne à la conversion. Aujourd’hui, c’est l’État qui, après avoir laissé le citoyen à la merci de la pression intégriste, fait campagne pour concrétiser le modèle de société “pure” sur le modèle fondamentaliste.
Il prête volontiers la télévision de la “république” à ce genre de guerres aux libertés individuelles. Du moment que la gente féminine de la nomenklatura ne fréquente pas les sables de Boumerdès et que les vigiles ne peuvent sévir sur les côtes d’Andalousie, ni même accéder au Club-des-Pins, qu’importe que l’on terrorise ou qu’on maudisse les Algériennes moyennes qui prétendent à leur bout de plage !
Cette désinvolture d’État donne ceci : il est produit plus de fetwas pour prohiber la plage qu’il en est édicté pour interdire le maquis !

M. H.
musthammouche@yahoo.fr


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APPEL POUR ROMAÏSSA.

Publié le 23/07/2009 à 19:01 par georgeslondiche
Le 7 juin, le blog "coeurs ouverts France Algérien" publiait le "Pause-café" annonçant le cas de Romaîssa, une enfant algérienne atteinte d' une trè grave maladie mais dont elle pouvait guérir mais à la condition d' être opérée en France.
Depuis, Romaîssa a été opérée et plusieurs "Pause-café" (tous publiés sur ce blog) du quotidien algérien "Le Soir d' Algérie" nous ont donné de ses nouvelles.
Le lendemain du 6 juin, dans la rubrique "Vox populi" de ce journal, le "Pause-café" du 6 juin était publié avec deux paragraphes suplémentaires.
Ce n' est que de nombreux jours après que j' ai eu connaissance de ce "Vox populi" et donc, des deux paragraphes dans l' un desquels j' ai eu la surprise de lire que ce blog - notre blog, amis visiteurs- avait été cité.
Mais ce n' est pas pour cela, qu' aujourd' hui, je met ce "Vox-populi" sur le blog.
Je le fais pour montrer le chemin parcouru depuis le 6 juin.
"Yes, we can ! Vous verrez !" avait écrit l' auteur du "Pousse-café".
J' ai vu.
J' ai vu le chemin parcouru en entendant la maman de Romaîssa, au téléphone, là- bas, à Paris, au chevet de sa fille.
Je vous rappelle son numéro de portable: 06 03 58 51 72.
Appelez-la et vous comprendrez, vraiment, pourquoi Romaîssa a besoin de très nombreux amis qui sont encore loin d' être rassemblés dans une action commune de soutien moral, matériel et financier.
Appelez-la puis, si vous le souhaitez, n' hésitez pas à intervenir sur ce blog pour y dire votre opinion et, surtout, vos suggestions, et propositions, pour venir en aide à Romaïssa.
Certes, elle n' est pas la seule enfant d' Algérie à avoir besoin d' une aide urgente mais est-ce que cette évidence peut nous être une excuse pour ne pas faire un numéro de téléphone? Même si ce coup de téléphone sera, de fait, ne serait-ce que vis à vis de notre conscience, un engagement moral?
Ne soyons pas naïfs, tous les visiteurs de ce blog ne vont pas se précipiter pour appeler le 06 03 58 51 72.
Il faut espérer qu' il y en aura beaucoup mais, n' y en aurait-il qu 'un seul, ce sera la preuve que cet appel n' aura pas été inutile.



LE SOIR D' ALGERIE du dimanche 7 juin 2009.

Vox populi : Sauvons Romaïssa !


Romaïssa a 9 printemps. Il y a 4 ans, cette petite Chélifienne a été foudroyée par une grave maladie du cerveau dite «syndrome de Rasmussen». Elle a des convulsions et souffre de crises difficiles à maîtriser. Sa maman a tout fait pour alléger la douleur de sa fille. Tunisie, Canada, Suisse et une seule certitude : il faut une opération chirurgicale «hémisphérique » en France (coupure des liens entre les deux moitiés du cerveau).


Coût approximatif : 50 000 euros. Depuis la paralysie partielle de Romaïssa, sa maman désespère : le jour du rendez-vous approche — 29 juin — et toujours pas de prise en charge ! Alors, au diable la «Pause-café» traditionnelle. Cet espace est dédié à Romaïssa. Je sais que vous pouvez la sauver. Voici le portable de sa maman qui saura vous écouter entre deux crises de pleurs : 05 51 68 95 25. Elle est suspendue à vos élans du cœur. Je vous connais. Je sais que vous pouvez sauver Romaïssa avant que la paralysie n’atteigne tout son corps ! 50 000 euros, c’est une broutille si nous mettons tous la main à la poche, pour que la petite Chélifienne retrouve le sourire. Yes, we can ! Vous verrez !
Pour tout renseignement, écrire à : sauvonsromaissa@ yahoo.fr

Les premiers appels :
La maman de Romaïssa a reçu hier de très nombreux appels émanant de partout. Des citoyens algériens établis à l’étranger ont proposé leur aide multiforme. Un émigré n’ayant pas beaucoup d’argent, propose ce qu’il peut : 100 euros. Arezki, vivant également en France, se déclare prêt à héberger Romaïssa et sa maman durant leur séjour dans ce pays. Tous ceux qui ont appelé — d’ici et d’ailleurs — ont demandé le numéro du compte bancaire de la maman de Romaïssa. Nous ne pouvons le publier dans les colonnes de notre journal mais nos lecteurs peuvent l’obtenir sur demande, en nous écrivant à l’adresse : sauvonsromaissa@ yahoo.fr Un étudiant en médecine, M. A. Rabah, vivant à Aubervilliers, écrit : «Je suis un étudiant algérien en France, j'aimerais bien apporter ma contribution pour aider cette fille, pouvez- vous m'envoyer les coordonnées bancaires de sa famille, je vais voir aussi de mon côté pour mobiliser les bonnes volontés, le bon Dieu est avec vous, et comme vous le dites si bien, yes we can inch’Allah, et inch’Allah, cette adorable fille retrouvera sa vie d'enfant, et elle ira loin inch’Allah..»

Invitée par Radio Chlef
Georges Londiche, un ami de l’Algérie, a voulu aider la petite Romaïssa à sa manière, en mettant la «Pause-café» de samedi, intitulée : «Sauvons Romaïssa !», en page d’accueil de son site : http://georgeslondiche.centerblog.net/ Par ailleurs, nous apprenons que sous l’initiative de l’inamovible homme de lettres et membre illustre de la société civile de Chlef, M. Mohammed Boudia, et avec la présence permanente de notre correspondant culturel dans cette ville, M. Mejdoubi Ali, et grâce à la disponibilité et au soutien du responsable et du staff de Chlef FM, la radio locale a invité hier Mme Nadia, mère de Romaïssa, qui a pu exposer le cas de sa fille aux auditeurs. Connaissant l’hospitalité et la générosité de la population de cette région, nous ne doutons pas un instant que la patiente trouvera aide et assistance auprès de toutes les Chélifiennes et Chélifiens. On nous signale également que quelques personnes de la ville se sont proposées de remettre de l’argent à la famille. C’est un premier pas ! N’en doutez pas ! Nous serons de plus en plus nombreux à réchauffer le cœur de la maman et à venir en aide à sa fille pour qu’elle puisse subir cette intervention chirurgicale si coûteuse ! Yes, we can !
M. F.

SUR LE DRAME DE TIBEHIRINE.

Publié le 22/07/2009 à 07:01 par georgeslondiche
Le Soir d'Algérie Actualité Jeudi 16 juillet 2009 - PAGE 3

Ce qui s'est réellement passé à Tibhirine

Pourquoi le GIA s'est attaqué aux moines



Dans l'affaire des moines de Tibhirine, la vérité n'est vraie, pour ceux qui font semblant de la rechercher, que si et seulement si elle met en cause l'Armée algérienne !
Et tout autre version, pour eux, ne peut être que suspecte, d'autant plus qu'ils l'opposent aux seules thèses de ceux, Algériens ou étrangerset qui, pour une raison ou une autre, déclarée ou cachée, se sont spécialisés dans la désinformation.
N'en déplaise aux uns et aux autres, voilà ce qui s'est réellement passé à Tibhirine.
Dès l'instant où les premiers religieux chrétiens ont été assassinés,le 8 mai 1994 à Alger, le sort des moines de Tibhirine était jeté, pour plusieurs raisons.
La première est qu'ils étaient des ressortissantétrangers et le GIA avait, dès la fin octobre1993, fixé un mois de délai à tous les expatriés pour quitter le pays sous peine de les exécuter, délai qui devait expirer vers la fin novembre.
La deuxième est qu'ils étaient des religieux chrétiens, c'est-à-dire nécessairement des «croisés, ennemis de l'islam », aux yeux du GIA. La troisième raison est qu'ils avaient la malchance de vivre à Médéa, où les terroristes voulaient se distinguer par des assassinats d'étrangers.
C'est là (à Berrouaghia) où fut donné l'exemple, à travers le premier assassinat d'un ressortissant étranger (un Espagnol), dès le 2 décembre 1993, c'est-à-dire juste après l'expiration du délai. Et c'est là également qu'a eu lieu, le même mois, le massacre le plus important contre des étrangers chrétiens (à Tamezguida), à un jet de pierre du monastère de Tibhirine, où ont été égorgés, sous les ordres de Sayah Attia, douze ressortissants croates.
L'histoire retiendra que les premiers religieux chrétiens ont été assassinés par le GIA le 8 mai 1994 à Alger.
C'est-à-dire au moment où le même GIA s'apprêtait à annoncer au monde entier que le FIS, conduit dans la clandestinité par l'un de ses courants, connu sous le nom de djaz'ara, auquel Mohamed Saïd et Abderrezak Redjam, avait prêté allégeance. Une fois leur «pacte d'unification» signé avec le GIA et annoncé, le 13 mai, les assassinats des prêtres et religieux allaient se poursuivre de plus belle.
Tout autant que ceuxqui ciblent les étrangers non musulmans avant de ne plus épargner personne, quelles qu'en soient l'origine ou la confession.
La djaz'ara avait,après Alger, sa place forte à Médéa où elle était dirigée à l'époque par Ali Benhadjar.
Ce premier attentat qui a ciblé des religieux n'a pas été le fait de l'«émir» sanguinaire du GIA dont la djaz'ara, suivie par d'autres milieux à l'étranger, tentera de faire accroire qu'il était «manipulé» par les «services » algériens, mais le fait de Cherif Gousmi dont pas une seule voix n'a vu en lui autre chose que l'exemple type du parfait terroriste.
Ce même attentat est surtout révélateur de la nature du terrorisme de l'époque, du fait qu'il a été commis avec l'approbation du FIS djaz'ariste ou, à tout le moins, qui ne l'a pas désapprouvéalors qu'il finalisait au même moment son pacte d'«unification» avec le GIA avec qui il allait vivre main dans la main une autre série de meurtresde même type, jusqu'à leur divorce à la fin de l'année 1995.
Autrement dit, tous les attentats qui ont ciblé des religieux chrétiens, mis à part les moines de Tibhirine et l'évêque
d'Oran, ont eu lieu durant la période où la djaz'ara était totalement «fondue» dans le GIA.
Cet attentat est d'autant plus ignoble qu'il a visé un prêtre et une soeur blanche, installés en plein quartier populaire de la Casbah, parmi le petit peuple, dont Henri Vergès et Paule Hélène. Mgr Clavérie, évêque d'Oran, écrira : «Le frère Henri et la soeur Paule-Hélène ont été assassinés à Alger, parce que sans doute, ils étaient
religieux.
Ceux qui les ont assassinés les considéraient comme des ennemis de l'islam.
Leur islam était-il si fragile au point d'avoir peur d'un homme de soixante-cinq ans et d'une femme de soixante-
sept ans ?...» De ce double crime, le GIA en a fait un haut fait d'armes qu'il a revendiqué à travers son bulletin El-
Ansar : «Dans le cadre de la politique de liquidation des juifs, des chrétiens et des mécréants de la terre musulmane d'Algérie, une brigade du GIA a tendu une embuscade dans laquelle ont été tués deux croisés qui
avaient passé de longues années à propager le mal en Algérie.»
Cinq mois plus tard, les hordes criminelles récidivaient avec l'assassinat de deux autres religieuses à Bab-El-Oued
(Alger).
La liste continuera de s'allonger les mois et les années suivants. Dès lors, seul un miracle aurait pu sauver la vie des moines. Et il n'y en n'a pas eu.
Mohamed Issami

LES MOINES SE SAVAIENT CIBLES.

Le mois même de leur enlèvement, les moines de Tibhirine préssentaient le danger qui les entourait.
Leur communauté avait envoyé une lettre prémonitoire à l’«Union des supérieurs majeurs» : «Assurer uneprésence,
non pas missionnaire apostolique, mais contemplative et priante en milieu musulman, grâce à une communauté stable, fraternelle, unie et laborieuse.
Présence discrète, mystérieuse, séparée du monde et en communion avec les personnes, humblement attentive
aux besoins matériels et spirituels de ceux qui nous entourent.
Présence de la mort. Traditionnellement, c’est une compagne assidue du moine. Cette compagne a pris une acuité
plus concrète avec les menaces directes, les assassinats tout proches, certaines
visites… Elle s’offre à nous comme un test de vérité utile et pas très commode. Après Noël 1993, tous, nous avons rechoisi de vivre ensemble. Ce choix avait été préparé par les renoncements antérieurs de chacun (à la famille, à la communauté d’origine, du pays…), et la mort brutale — de l’un de nous, de tous à la fois — ne serait qu’une
conséquence de ce choix de vie à la suite du Christ (même si ce n’est pas directement prévucomme tel dans nos
Constitutions).»
Cette lettre, en faisant référence à «Noël 1993», marque avec précision le début des appréhensions. Il s’agit de la nuit où le groupe de l’«émir» Sayah Attia leur a rendu «visite» par effraction.
Dans un hommage aux Croates assassinés par un groupe du même «émir», dix jours avant cette «visite», écrit
Christian de Chergé (un des moines enlevés et assassinés), l’inquiétude n’est pas cachée :
«Impossible également de ne pas nous sentir plus directement exposés. Mais si nous nous taisons,les pierres de l’oued encore baignées de sang sauvagement répandu hurleront la nuit.»
Le danger qui pesait sur les moines de Tibhirine devenait évident après le massacre des Croates.
D’autant plus qu’à la suite du départ des collègues survivants, les moines n’étaient plus que lesseuls «étrangers» à être restés dans la région.
Le père Christian de Chergé;en était parfaitement conscient :
«S'il m'arrivait un jour — et ça;pourrait être aujourd'hui —d'être;victime du terrorisme qui semble;vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j'aimerais que ma communauté, mon Eglise, ma famille se souviennent que ma vie était donnée à Dieu et à ce pays», avait-il écrit, à Tibhirine, le 1er janvier 1994, dans ce qui sera considéré comme son testament et qu’il a intitulé «Quand un dieu s’envisage». Plus tard, Monseigneur Pierre Claverie, évêque d’Oran, parlant de l’assassinat des moines, montrera bien que ces religieux savaient parfaitement de quel côté venaient le danger et la menace qui pesaient sur eux. Il écrivait :
«La mort des moines, qui étaient des frères et des amis de longue date, nous a meurtris encore une fois, mais a resserré nos liens avec des milliers d’Algériens épris de paix et lassés de la violence.
Leur message silencieux a retenti dans des millions de coeurs partout dans le monde.
Nous restons fidèles à ce cri d’amour et de réconciliation que le prieur (Christian de Chergé) exprimait dans son testament spirituel où il envisageait lucidement la mort.
"Je prends des précautions et je suis protégé par les forces de sécurité, mais Dieu reste le maître de l’Heure et c’est Lui qui peut donner un sens à notre vie et à notre mort.»

M. I.


LE SOIR D' ALGERIE Actualité Jeudi 16 juillet 2009 - PAGE 4

CeE QUI A PRECIPITE L' ATTAQUE CONTRE LES MOINES.

En novembre 1995, soit cinq mois avant l’enlèvement des moines de Tibhirine, le GIA a rompu, dans le sang, avec la djaz’ara qui s’est officiellement «unifiée» avec lui en mai 1994.
A partir de cette date, il a commencé à exécuter,
d’abord ses principaux dirigeants qui étaient dans ses rangs, et ensuite leurs fidèles avant de généraliser sa boucherie contre leurs familles dans certaines régions, sous prétexte qu’elles leur apportaientaide et assistance. Le GIA accusait les djaz’aristes de tramer un complot pour en prendre le commandement et diriger le terrorisme à leur profit exclusif, de la même manière qu’ils avaient récupéré le FIS en 1991 à la suite de l’emprisonnement de sa direction «historique» alors qu’ils s’étaient opposés à sa création en 1989.
Dans cette guerre ouverte contre la djaz’ara, le GIA n’a pas manqué de poursuivre le groupe de Médéa dirigé par Ali Benhadjar et qui était basé dans la même région où se trouve le monastère de Tibhirine. Ali Benhadjar, qui a commencé par être l’adjoint du terroriste en chef de Médéa, Sayah Attia dit Cheikh Younès, surnommé
le «Nasillard», avec lui et en compagnie de quatre autres de leurs comparses, a rendu «visite» au moines de Tibhirine en novembre 1993. Ils se sont présentés à la tombée de la nuit en escaladant le mur d’enceinte du monastère. C’était la nuit de Noël 1993, dix jours après le massacre horrible de douze Croates dans leur base de vie d’un chantier de grands travaux publics et qui connaissaient bien le monastère où ils se rendaient parfois, surtout lors des fêtes religieuses. En se présentant aux moines, les chefs terroristes à Médéa voulaient s’assurer une assistance de leur part en matière médicale, logistique et financière.
La version doucereuse que donne Ali Benhadjar dans ses écrits et déclarations à la presse sur cette «visite» ne coïncident pas tout à fait avec celle des religieux qui en parleront et qu’avaient inquiété la menace de Sayah Attia avec son mot «vous n’avez pas le choix»,
pour obtenir leur aide. En ontrepartie, soutiendra-t-il, «promesse» leur a été faite par Sayah Attia qu’il ne leur sera fait aucun mal et que lui-même a respectée. «Promesse» ou pas, Sayah Attia est abattu, deux mois après, dans un accrochage avec les forces de sécurité. Presque au même moment que l’«émir national» du GIA dont il était l’adjoint et devait être le successeur.
Le commandement du GIA est alors revenu à Cherif Gousmi dit Abou Abdellah Ahmed qui en a été le «mufti». Il ne restera pas plus de six mois à la tête de l’organisation avant d’être abattu à son tour. Un premier bars de fer va opposer les «historiques» du GIA et la djaz’ara qui a désigné un des siens, Mahfoud Tadjine, comme nouvel «émir». Il sera aussitôt renversé et remplacé par Djamel Zitouni. Quoiqu’en dira de ui la djaz’ara plus tard, il
reste que ses dirigeants en Algérie ou en «exil» à l’étranger, et leurs troupes dans les maquis, l’ont reconnu comme «émir» et se sont totalement identifié à lui. Y compris dans ses crimes les plus inattendus comme le détournement de l’Airbus d’Air France ou la série d’attentats en France. Ils l’ont accompagné tout au long de son terrorisme, de son «intronisation» en octobre 1994 jusqu’à ce qu’il exécute leurs principaux chefs de file, Mohamed Saïd et Abderrezak Redjam, en novembre 1995, faisant de tout ce qui avait un lien avec leur courant une cible
à abattre. Et la djaz’ara de Médéa était liée aux moines par la fameuse «promesse» qui en faisait des alliés. Ali Benhadjar, parlant au nom de son groupe de l’enlèvement des moines, aura à déclarer dans une interview au journal londonien Al-Hayat (5 février 2000) que Djamel Zitouni leur a «ordonné de le faire lorsqu’il essayait de
rétablir son autorité sur la katibat de Médéa.
Nous lui avons répondu que nous leur avions donné une parole de croyant et que nous comptions la respecter.
Nous devions prévenir les moines des risques qu’ils encouraient. Mais en fait, le GIA avait déjà préparé son coup avant de passer très vite à l’action avec l’aide de quelques éléments de la région de Médéa». Ce qui est vrai du fait que l’ordre a nécessairement été donné avant la rupture entre la djaz’ara et le GIA. C'est-à-dire avant l’exécution de Mohamed Saïd et Abderrezak Redjam en novembre 1995, ce qui a poussé tous les djaz’aristes
à se retirer du GIA et à entrer en guerre contre lui. Lui-même date, dans la même interview, son retrait effectif du GIA de deux mois après l’assassinat de ces deux dirigeants.
L’enlèvement des moines s’étant fait en mars 1996, cela signifie qu’il avait, au moins, entre deux et quatre mois pour les prévenir. Il ne l’a pas fait, rompant ainsi lui-même la «promesse» qui leur aurait été faite.
Dans son communiqué revendiquant l’enlèvement des religieux, Djamel Zitouni n’a pas manqué de faire le lien avec cette «promesse» de ne pas être inquiété, qui leur été donnée par le groupe de Ali Benhadjar, qualifiée
d’«innovateur (en religion)»: «Cette promesse, et si réellement elle leur aurait été donnée, ils en ont fait fi et sont ainsi devenus les ennemis de la religion divine, méritant le sort des impies originels». Et il précise: «Les “innovateurs” ne voient pas de légitimité à tuer les impies originels, soutenant que ceux-là sont des moines, et le moine ne doit pas être tué. Nous leur dirons qu’ils se trompent. Il est unanimement connu que la mort de tout moine vivant en ermite est licite dès lors qu’il se mêle aux gens. Et ces moines (enlevés) ne sont pas coupés des gens, vivant avec eux, les écartant du droit chemin, les incitant à s’évangéliser. Leur mort est donc devenue légale.»
Sachant que les moines étaient déjà dans le collimateur du GIA, Ali Benhdjar, dès qu’il a reçu l’ordre de les enlever, a refusé de le faire, et aurait dû les alerter au prix de sa vie, s’il le fallait. Il ne l’a pas fait.

M. I.


LE GROUPE QUI A ENLEVE LES MOINES.

Dans une interview au journal Al-Hayat du 18 janvier 2003 paraissant à Londres, Ali Benhadjar a affirmé : «Des
membres connus du GIA, que je connais, étaient présents lors de l’enlèvement. Ils nous ont demandé, en 1995, de kidnapper les moines et de les leur remettre, mais nous avons refusé. C’était avant qu’on se sépare d’eux.»
En réalité, il ne les connaissait pas seulement, mais il était aussi en guerre contre eux.
En sa qualité d’«émir» de la katibat Es-Salafiyyat de Médéa, il a signé un communiqué en date du 12 février 1996, soit le mois précédent l’enlèvement des moines. Il menaçait de «punition » quiconque apporterait une aide à douze terroristes du GIA, listés et qualifiés de «brigands» et d’«hérétiques». Il se trouve qu’au moins trois terroristes de cette liste ont été formellement identifiés comme faisant partie du groupe auteur de l’enlèvement des moines : Baghdad Meziane, Missoum Rabhi, et Ali Djouablia.
La même nuit de l’enlèvement des moines, vers 4h, une localité non éloignée de Tibhirine a été investie par un groupe terroriste qui a enlevé deux membres d’une même famille, les frères Larbi et Mohamed B., avant de se diriger vers le domicile de leur tante pour enlever son fils Azeddine B., puis un autre cousin, Cherif B., habitant un peu plus loin. Arrivés sur les lieux, les terroristes ont fracassé la porte et ouvert le feu sur les occupants de l’habitation, tuant sur le coup Mohamed Cherif B. et blessant Azeddine.
Le groupe terroriste a quitté les lieux vers 4h30 en emmenant, ligotées, les trois personnes enlevées, à savoir
Mohamed, Azeddine et Larbi.
Ces derniers ont été conduits jusqu’à la route nationale Médéa- Blida où les attendait un véhicule conduit par Missoum Rebahi, qui les a emmenés à Guerouaou. Ils ont été séquestrés dans une habitation où se trouvait une
autre victime, Sid Ali M. M. Sept terroristes les ont harcelés de questions, parmi lesquels Missoum Rebahi, Baghdad Meziane Bettahar, Ali Djouablia, Bensaâd Mahdjoub, avant d’être transférés, à bord d’un autre véhicule, dans une autre habitation de la même localité où se trouvaient, justement, les moines enlevés. Larbi a, lui-même, vu le père Paul Gabriel Dochier, que connaissait personnellement sa famille à la faveur de visites.
Durant leur séquestration, les membres de cette famille, enlevés ont été interrogés par les terroristes qui voulaient connaître leurs liens familiaux avec Ali Benhadjar.
C’est, d’ailleurs, la raison de leur enlèvement. Dans la journée du 27 mars, à la nuit tombante, Sid Ali M. M. a été emmené dans une autre pièce pour subir un interrogatoire.
A ce moment-là, l’un des séquestrés, Azeddine, a pu défaire ses liens et détacher ses compagnons.
Saisissant un moment propice, ils se sont évadés, aussitôt poursuivis par les terroristesqui ont ouvert le feu sur eux, atteignant mortellement Azeddine et Mohamed. Larbi, quant à lui, a pu fuir, à la faveur de l’obscurité, et se cacher dans des buissons jusqu’au matin avant de rejoindre son domicile et alerter les forces de sécurité.
Parmi les terroristes identifiés par Larbi, trois sont des évadés de Tazoult, Baghdad Meziane Bettahar, Missoum Rebahi et Ali Djouablia, alors que le quatrième, Bensaâd Mahdjoub, était recherché depuis mars 1994. Ils ont été abattus au courant de l’année 1997, mis à part Ali Djouablia qui demeurait recherché à l’époque. Il se trouve qu’ils figuraient dans la liste diffusée par Ali Benhadjar dans son communiqué du 12 février 1996, où il les a qualifiés de «brigands» et de «khawaredj».
L’étape de Guerouaou où ont été séquestrés les moines n’a été qu’un transit avant de les conduire au QG du GIA dans les monts de Chréa (Blida). D’autant que les ravisseurs ont été obligé de décamper avant l’arrivée des forces de sécurité, alertées par Larbi qui les a guidés sur les lieux. Ali Benhadjar confirmera, dans une interview, qu’il a appris par des transfuges du GIA qui l’on rallié que le groupe qui a enlevé les moines s’est caché au lever du jour à Guerouaou, sur le chemin des crêtes qui mène vers Chréa, là où justement se trouve la base principale de l’organisation terroriste.
Ce QG central, dont ont parlé des terroristes «repentis» était une véritable forteresse. Déjà naturellement difficile d’accès, le terrain était truffé d’explosifs.
Tous les terroristes n’étaient pas autorisés à y accéder. Un système concentrique de protection permettait aux guetteurs d’avoir une vue à des dizaines de kilomètres à la ronde.
Les abris naturels et les caches aménagées étaient consolidés de manière à résister à des attaques aériennes.
C’est dans ce QG que fut enregistré le message confirmant le rapt des religieux, adressé à l’ambassade de France à Alger, lu par le «chef de cabinet» de Zitouni, Hassen Beladaci dit Ayoub, identifié par sa voix.
Originaire de Birkhadem (Alger), comme Cherif Gousmi et Zitouni et dont il était très proche et avec qui il a activé au sein du bureau local du FIS. Il n’a jamais quitté Zitouni dont il a coordonné les groupes quand il était encore «émir «des katibat El-Mawt, puis Ech-Chouhada. Il l’a suivi quand il est devenu «conseiller militaire «du GIA, avant de devenir enfin son «chef de cabinet», une fois devenu «émir national».
Les «repentis»le présentent comme un sanguinaire, en grande partie responsable de toutes les «dérives» du GIA.

M. I.

LE SOIR D' ALGERIE Actualité Jeudi 16 juillet 2009 - PAGE 5

LE GIA A L' AMBASSADE DE FRANCE.
Une cassette audio découverte avec d’autres documents lors d’une opération antiterroriste dans un refuge du GIA
donne la version des faits de ce dernier. Il s’agit de ce qui à l’air d’un compte-rendu destiné à l’«émir»du GIA. Se
présentant sous le nom de Khafi Kifali, chargé par le GIA de remettre aux autorités de l’ambassade de France à Alger «une cassette et des documents», l’émissaire présente sa version des faits: «J’étais accompagné depuis ici (lieu non précisé) jusqu’à Alger, jusqu’à proximité du siège de l’ambassade de France, par mon «frère» qui m’a remis la cassette et la lettre.
«A l’ambassade, je me suis présenté comme étant intéressé par une inscription pour des études en France. Après
insistance, je fus admis à l’intérieur où je me suis présenté en déclarant être l’émissaire du GIA, demandant à voir l’ambassadeur. Après une fouille minutieuse par un gendarme, je fus reçu par un responsable qui m’a conduit à un bureau, où j’ai senti qu’il n’était pas l’ambassadeur. J’ai réaffirmé être l’envoyé du GIA avec une cassette et des
documents à remettre à l’ambassadeur en personne. Ensuite, un certain Clément s’est présenté à moi, m’invitant à le suivre. J’ai exigé d’un gendarme de m’apporter mon passeport.Ils m’ont remis un badge et le consul, qui parlait arabe, m’a conduit dans un bureau. Il m’a posé des questions sur ma qualité et les motifs de ma présence.»
Il m’a demandé : «Pourquoi détestez-vous la France ?». Je lui ai répondu que c’est parce qu’elle déteste les Arabes, en ajoutant qu’elle est la première à avoir débuté les hostilités, avec soutien aux taghouts en armes et en finances. Ensuite, le nommé Clément a tenté de me subtiliser la lettre. Je l’ai repoussé et fait semblant de quitter les lieux. Les Français avaient peur et c’était visible sur leur visage. Tous les employés avaient cessé leurs activités. Je leur ai présenté la cassette et le message en précisant que j’étais l’envoyé d’Abou Abderrahmane Amine, l’émir national du GIA. J’ai commencé à lire le message et le fonctionnaire prenait note tout en traduisant. J’ai insisté pour qu’il écrive «Au nom de Dieu» en arabe. Il a refusé et je lui ai enlevé alors le stylo pour l’écrire moi-même. Arrivé à un verset coranique, je lui ai interdit sa traduction, en lui demandant d’écrire simplement «sourate El-Maïda n°1». «Je leur ai dit que s’il m’arrivait quoi que ce soit, nous ferions des ravages ici et en France et que nous étions en mesure de les détruire. Ils m’ont assuré ne rien craindre. Je leur ai exigé
de m’apporter un poste cassette pour leur faire entendre les déclarations des sept moines détenus.
A ce moment, ils se sont mis à se regarder. Le fonctionnaire cité m’a questionné sur notre objectif, je lui ai répondu
que nous visons l’instauration d’un Califat sur toute la terre, que nous sommes en mesure de les détruire ici en Algérie et en France et que nous sommes des soldats de Dieu, prêts à mourir pour cette cause. Il m’a demandé comment j’allais sortir. Je lui ai répondu : de la même manière que je suis entré, je n’ai peur de rien et que Dieu nous protège. Il a demandé mon âge. J’ai répondu que j’avais 23 ans et que j’étais un simple djoundi (soldat). Il m’a dit que j’étais jeune. Je lui ai répondu que l’âge n’avait rien à voir et que nous tuons les policiers, les gendarmes et les militaires et nous égorgeons les mouchards.
Entre chaque discussion, je citais des versets coraniques. Il m’a proposé de manger. J’ai répondu que je faisais carême.
Puis il m’a laissé environ dix minutes.
Je lui ai demandé s’il allait transmettre la lettre à Chirac. Il m’a répondu qu’elle n’allait pas tarder à lui parvenir. Je lui ai déclaré que j’attendrai la réponse. Il m’a répondu qu’elle ne parviendra pasavant 24 heures. Je lui aifait savoir que je ne quitterai pas l’ambassade avant de recevoir une réponse. Il m’a fait patienter et a quitté la salle. L’un de ses assistants m’a posé une question sur le mariage de jouissance. Je lui ai répondu que nous sommes des salafistes et que cette pratique est l’oeuvre des chiites.
Puis le fonctionnaire est revenu avec une lettre de deux pages. Je lui ai demandé comment faire pour les reconnaître, il m’a donné deux numéros de téléphone, l’un en Algérie et l’autre en France, en me précisant de demander après Clément et de me présenter sous le nom de Abdellah. Il m’a assuré que rien n’allait être entrepris contre moi et que rien n’allait m’arriver. Il m’a fait raccompagner à bordd’une 405, accompagné de Clément et d’un conseiller. Une Renault 21 de l’ambassade suivait.
Arrivé au quartier La Glacière, je leur ai demandé de s’arrêter. Et après les avoir salués, j’ai quitté la voiture et j’ai
continué le reste du chemin à pied.»

M. I.

LA THESE DU "QUI-TUE-QUI?"

L' ASSASSINAT DES MOINES.

L’assassinat des moines par le GIA a été annoncé par la radio marocaine Médi.I, le 23 mai 1996.
Un journaliste de cette station a confirmé qu’à la rédaction on a jugé risqué, faute de preuve irréfutable, d’annoncer l’exécution des sept moines sur un simple coup de téléphone du GIA. Ce n’est qu’à midi (12h GMT, 23 mai) que la radio a reçu un fax sur la base duquel elle a décidé de donner l’information avec beaucoup de précautions.
Le même jour, El-Ansar publie le communiqué signé de Zitouni annonçant l’horrible assassinat.
Les têtes des victimes, séparées des corps, ont été découvertes par les usagers de la RN 1, le 30 mai 1996, au bord d’un champ agricole exploité en association par deux agriculteurs. C’est l’associé qui, en se rendant à son travail, a été attiré par une longue file de voitures et un attroupement de plusieurs personnes non loin de la maison du propriétaire du champ. En se rendant sur place, il a fait la découverte macabre de têtes décapitées accrochées à la clôture. Il a attendu le retour de son associé qui pour aller avec lui aussitôt informer la gendarmerie de Médéa. La pratique du GIA de la décapitation des victimes dont seules les têtes sont retrouvées n’a pas commencé avec les moines de Tibhirine.
Ce fut par exemple le cas d’un des premiers Patriotes, enlevé en septembre 1994 dans la région, entre Aïn Chadjera et Aïn Kercha, dans la wilaya d’Oum-El- Bouaghi. Il avait été décapité et sa tête sera découverte le surlendemain, accrochée à l’entrée du marché hebdomadaire de Aïn-El-Beïda, dans la même wilaya.
Le reste de son corps ne sera découvert qu’en mars 2009. Il en a été de même en juillet 1995 à Soumaâ (Blida) pour un menuisier qui ne s’était pas laissé racketter. La tête sera exposée également à l’entrée du marché, le surlendemain de son enlèvement de son domicile.
C’est également le cas d’un conscrit de l’armée en octobre 1999 dont la tête sera trouvée sur le seuil du domicile parental à La Casbah (Alger). Et les exemples sont nombreux où la barbarie ne s’est pas suffise d’«exposer» uniquement les têtes mais également un bras ou une jambe, sans le reste du corps, comme ce fut le cas d’un «repenti»dans la région d’El-Milia (Jijel) en août 2002.
Le but recherché est de raviver au maximum la terreur pour faire parvenir un message qui n’a pas été entendu : un Patriote qui a pris les armes contre le terrorisme, un commerçant qui refuse de payer l’«impôt religieux», un jeune homme qui ne s’est pas plié à l’interdiction d’effectuer le service militaire, un «repenti» qui a répondu à l’«appel du pardon». Il ne fait aucun doute que pour les moines, c’était une manière de rappeler aux «étrangers» le communiqué du GIA d’octobre 1993 qui leur donnait un délai d’un mois pour quitter l’Algérie.
Qu’il y ait eu entre les «services» français ou entre eux et le GIA n’importe quel prétexte que ce dernier a pris au
vol pour «justifier» son abominable crime, cela ne peut être qu’un faux prétexte. La guerre qu’il avait déclarée
aux étrangers devait un jour ou l’autre atteindre Tibhirine.

M. I.

Ali Benhadjar a été le premier, dès le 4 avril 1996, soit une semaine après l’enlèvement des moines, à diffuser un communiqué pour le dénoncer. Il est également le premier à avoir fait allusion, dans le même document, à «une impression de complicité entre les auteurs de cette opération et les services de renseignements».
Cherchant à dégager sa responsabilité du malheur qui frappait les moines, il venait en fait de signer l’acte de naissance du criminel feuilleton du «qui-tue-qui ?» où allaient s’engouffrer les félons de tous bords et les intégristes les plus fanatiques, relayés par des médias et des groupes de pression à l’étranger.
Tout l’«argumentaire» de ces milieux repose sur deux points : d’une part semer le doute sur l’authenticité des communiqués du GIA pour en rendre responsables les forces de sécurité et d’autre part multiplier les «témoignages» pour faire de Djamel Zitouni d’une manière ou une autre un «agent» infiltré dans l’organisation terroriste.
Concernant le premier argument, il existe au moins deux auteurs aux préoccupations totalement opposées, de deux bords à l’antipode l’un de l’autre, mais qui sont arrivés à la même conclusion, mettant sérieusement en doute la thèses des «faux communiqués». Surtout ceux qui paraissaient dans El-Ansar à Londres.
Le premier est le Belge Alain Grignard, spécialiste du terrorisme et en même temps policier. Dans une étude (disponible sur Internet) consacrée à la «littérature» du GIA il écrit : «Il fallut également vérifier dans quelle mesure ces communiqués pouvaient être considérés comme authentiques, c’est-à-dire émanant bien des instances signataires.»
Et après avoir expliqué comment il a pu les vérifier, il conclut que les documents pouvaient être «considérés comme émanant vraiment du GIA». Le deuxième est le Syrien Omar Abdelhakim dit Abou Mos’âb Es-Souri, l’un des idéologues du GIA qui, à partir de Londres, écrit dans son livre «Témoignage sur» (son) expérience avec le djihad en Algérie (disponible sur Internet) : «J’ai commencé à enquêter sur le parcours du GIA depuis l’arrivée de Djamel Zitouni.
J’ai analysé tous les communiqués diffusés durant sa période et comment ils parvenaient à El-Ansar. J’ai bénéficié d’informations que m’ont réunies les frères du groupe de Mohamed Saïd (entendre les djaz’aristes, ndlr) […] Tout ce dont je disposais comme éléments étaient des extrapolations et non des preuves palpables.» Reste maintenant
la thèse qui voudrait faire de Djamel Zitouni un «agent» et qui a été surtout développée par des militaires félons déserteurs.
Pour autant qu’ils aient concentré leurs efforts pour la faire valoir, ils ne sont jamais parvenus à accorder leurs violons et parler d’une même voix, comme s’ils ne parlaient pas du même Djamel Zitouni.
Ainsi, dans l’émission «90 minutes», en novembre 2002, celui présenté sous le nom de capitaine Hocine Ouguenoune affirme qu «Djamel Zitouni a été recruté dans un camp au Sahara, où les islamistes avaient été envoyés. Il a été surpris dans des conditions très gênantes, relevant de moeurs homosexuelles.
Le chef de la sécurité du centre lui a dit : soit tu travailles avec nous, soit on te balance au niveau du camp de concentration.»
Un autre officier, s’affichant sous le nom de colonel Ali, qualifie Zitouni, dans cette même émission, d’«islamiste convaincu». Un autre «déserteur exilé», Abdelkader Tigha, n’a pas été de cet avis, dans une interview à RFI et ensuite à Libération. Il est convaincu puisqu’il y était : «Il faut savoir que les GIA en Algérie, entre 1994 et 1996, étaient totalement entre les mains de la Sécurité militaire.
Il y avait une manipulation sophistiquée de l’émir du GIA Djamel Zitouni, et cette manipulation est allée trop loin. […] A l’époque, j’étais en fonction au CTRI de Blida, et c’est là que Zitouni a été approché et recruté […]». A les suivre, le quidam ne sait plus si Zitouni a été un «homosexuel» ou un islamiste convaincu» et s’il a été «recruté au Sahara en 1992» ou à Blida «entre 1994 et 1996». Comme s’il voulait renvoyer tout ce beau monde dos à dos, cet autre déserteur, e capitaine Haroun, nom qu’il donne au journal Confluence Méditerranée, est plutôt réservé.
Il
ne parle pas de «recrutement» de Zitouni mais souligne que «son bras droit», présenté sous le nom de lieutenant
Mustapha, était un «lieutenant des services de renseignements ».
Ali Benhadjar le dément dans El-Hayat en 2004: «Lorsqu’on parle de Zitouni, on sait qu’il est connu et que ce n’est pas l’homme des services de renseignements».

M. I.

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