JE SUIS TOUJOURS RESTE PROCHE DE CE PAYS (LA NOUVELLE REPUBLIQUE (Algérie) du 6 novembre 2004.
La Nouvelle République :
En remettant les Carnets du maquisard à la veille du 1er novembre au directeur des moudjahidine à Mila, pensez-vous que vous avez réalisé l’objectif que vous vous étiez fixé ?
Georges Londiche :
Oui et dans des circonstances que je n’aurais pas osé imaginer. Quand un ancien, très ancien moudjahid que vous rencontrez dans la rue le lendemain de la présentation du livre que vous avez écrit sur la guerre 1954-1962, et qu’il vous dit que « la soirée d’hier a été très émouvante », je peux vous dire que cela remue à la fois l’estomac, la tête et le cœur.
La Nouvelle République :
Quels ont été vos premiers sentiments en retrouvant le sol algérien après l’avoir quitté il y a 43 ans ?
Georges Londiche :
Il y a 43 ans, j’ai quitté le sol algérien, mais, de fait, je suis toujours resté proche de ce pays de par ma carrière professionnelle dans les travaux publics où les Algériens sont nombreux. Durant ce court séjour, je constate que mes camarades algériens de travail ne bluffaient pas quand ils me parlaient de leur pays, même s’ils mettaient plus l’accent sur ce qui allait que sur ce qui n’allait pas, ce qui est, somme toute, bien normal. 43 ans séparent l’Algérie que j’avais connue à 20 ans de celle d’aujourd’hui. Il faut avoir connu ces deux Algéries pour mesurer le chemin parcouru depuis l’indépendance. Un exemple significatif : je suis venu de France dans un avion d’Air Algérie piloté par un équipage algérien et vendredi je repartirai dans les mêmes conditions.
La Nouvelle République :
Vous venez de passer une semaine parmi les Algériens. Avez-vous l’impression de retrouver l’image préconçue par beaucoup de vos concitoyens ?
Georges Londiche :
Cela m’ennuie de répondre à cette question. Pas pour les Algériens, mais pour les Français qui sont certes, pas tous, mais nombreux, à imaginer l’Algérie, quand ils n’y sont jamais allés, qu’avec du sable, des palmiers et des chameaux. Pour nombre de Français, anciens combattants, l’Algérie est restée le pays des djebels. Ça l’est d’ailleurs toujours et les montagnes sont toujours là ! Pour eux, c’est resté le pays de la guerre qu’ils ont connue et à laquelle, avec plus ou moins de zèle, ou sans zèle du tout, ils ont dû participer.
La Nouvelle République :
Aux Algériens, vous avez apporté un message de paix, ; quel message porterez-vous aux Français en revanche ?
Georges Londiche :
Et si on inversait la chose ? Je pense que les Algériens ne doivent pas attendre de message de paix de la France. Enfin, quoi ? Un pays colonise un autre pendant 132 ans dont sept ans de guerre pour arracher l’indépendance et aujourd’hui encore, il laisse présenter les soldats de l’ALN et les militants du FLN comme des barbares ou des ignorants, et vous voulez que l’Algérie attende un message de paix ? S’il est un message de la France que l’Algérie est en droit d’attendre, c’est la condamnation sans appel de la torture en Algérie dénoncée par de nombreux militaires français, parfois de haut rang. Quant à mes concitoyens, que voulez-vous que je leur dise ? Ma voix ne les atteindra pas. Beaucoup sauront que des Français sont venus en Algérie pour ce cinquantième anniversaire, que Bachelet a chanté à Alger et je m’en réjouis, mais très peu, quelques dizaines, sauront qu’un ancien appelé des troupes aéroportées a débarqué à Constantine le 29 octobre 2004 à 19 heures, que quatre heures plus tard il s’endormait à Ferdjioua, que le soir du 1er novembre il passait la nuit dans un hôtel à Jijel, que le lendemain il se rendait à Rouached qui a dû changer en 50 ans d’indépendance plus qu’en 132 ans de présence française, et que vendredi matin à 7h55, il quitte Ferdjioua pour s’envoler à bord un avion d’Air Algérie à destination de son pays.
La Nouvelle République :
Un dernier mot ?
Georges Londiche :
Voilà, j’ai répondu de mon mieux à vos questions et je vous remercie de m’avoir donné l’occasion de m’exprimer.
Entretien réalisé par Chérif Abdedaïm
le 6 novembre 2004.
RENDRE A CESAR CE QUI APPARTIENT A CESAR.
C’est à l’occasion de la célébration du cinquantième anniversaire du déclenchement de la guerre de libération nationale, que M.Georges Londiche, auteur du livre “Guerre et “guerre” d’Algérie” (présenté dans La Nouvelle République du 16 mars 2004), a choisi de restituer les deux carnets de route d’un combattant de l’ALN à l’Algérie, et ce, 43 ans après avoir quitté la terre algérienne. « Rendre à César ce qui appartient à César “est la devise de cet ami de l’Algérie qui était, pour rappel, un jeune appelé français, pacifiste, mais qui avait été entraîné au cours de son service militaire dans une guerre qu’il ne jugeait pas sienne et qu’il répugnait vigoureusement.
Trente-cinq ans plus tard, il rencontre un ex- ami du contingent qui lui remet deux carnets de route qu’un combattant de l’ALN avait sans doute oubliés dans une cache et qu’il avait trouvés au col de Selma, en 1960. Cet ami de Londiche, pacifiste de surcroît, les avait dissimulés.
“J’ai découvert les carnets dans une cache et c’est consciemment que je les ai gardés”, déclare-t-il dans une lettre adressée à Londiche avant son départ pour l’Algérie.
Un geste qui ne peut être qualifié que de “noble”, étant donné qu’il avait permis, à l’époque, d’épargner beaucoup de vies dans la région de Jijel, Taher et El Milia. Les écrits de ce moudjahid, dans un français parfait, avaient éveillé les souvenirs de Londiche au point de mener, à travers ses écrits, un pseudo-dialogue avec le “maquisard” en question, faisant intervenir, parfois, des historiens, des politiciens, des militaires, des journalistes, etc. Un pseudo-débat où l’auteur médite sur les rapports humains et l’injustice aveugle motivée par un obscurantisme total.
Des souvenirs, également, où l’objectivité l’emporte sur toute autre considération. dévoilant ainsi l’intention colonialiste “euphémisée”, le général pamphlétaire Bigeard, sous le slogan, “pacifiez l’Algérie”, dénonce également les supplices infligés par les Aussaresses et consorts à un peuple qui ne demandait pourtant que le respect de sa liberté, de sa dignité.
Sincère dans ses propos, il n’a fait que ce qui lui avait paru juste.
Rendre les carnets à l’Etat algérien et retrouver son pseudo-ami “maquisard”, à travers sa famille, étaient les deux soucis de Londiche. Ainsi, et après de vaines démarches, sollicitant des associations et divers organismes, le moment propice est venu, pour l’accomplissement de ce noble geste envers la nation algérienne, en ce 1er novembre 2004.
Une date symbolique pour cet ancien appelé qui a toujours manifesté haut et fort son respect pour “ceux qui se sont levés un certain 1er novembre”.
Un ami de l’Algérie qui, selon ses propos, est “porteur de paix” à travers le message de M. Christian Coigné, maire de Sassenage (environs de Grenoble), et où la compréhension, la coopération et la connaissance mutuelle des différences culturelles, “sans jugement aucun”, demeurent le prix de la paix.
Croyant sincèrement à la rencontre entre les deux “rives”, ce vieux maçon à la retraite, fier d’avoir manipulé la truelle, pense avoir fait son devoir à travers cette action qu’il considère, modestement, à la portée de tout un chacun, et qui, par ce geste honorable, a contribué à la restitution de l’histoire dans son authenticité.
Une histoire qu’aucun faux témoignage ne saurait démentir.
Par ailleurs, à Ferdjioua, après avoir été reçu par les autorités locales dans la journée du 30 octobre, M. Londiche a également animé, dans la soirée de la même journée, une conférence-débat à la maison de jeunes Tikoudane-Mosbah.
A cette occasion, et en présence d’une centaine de personnes, (autorités locales, anciens moudjahidine et autres citoyens), l’auteur de “Guerre et “guerre” d’Algérie”, profondément ému par l’accueil fraternel qui lui a été réservé, a tenu à remercier l’Algérie pour sa réponse à l’appel qu’il a lancé il y a deux ans environ. Puis vint le moment de la présentation de son ouvrage.
Un ouvrage que des maisons d’éditions françaises avaient refusé de publier “tel qu’il était écrit”.
Bref ! un livre qui dérange et qui a été finalement publié à compte d’auteur.
La soirée s’est achevée sur un débat marqué par la sincérité, la franchise et beaucoup d’émotions, avant la remise de cadeaux symboliques à cet hôte de l’Algérie, par les autorités locales, l’Association du 8 mai 1945, et la maison de jeunes Tikoudane-Mosbah.
A cette occasion, M. Londiche a également remis au président d’APC de Ferdjioua, un message avec un cadeau symbolique de la part du maire de Sassenage. Un premier pas vers un éventuel jumelage. Il tint à préciser :
Ce que je souhaite, c’est de rencontrer, enfin, des compagnons du maquisard, des membres de sa famille.
Ce que je souhaite c’est de vivre aux côtés du peuple, des “petits”, de ceux que l’on n’entend pratiquement jamais s’exprimer dans les médias et que, lorsqu’ils le font dans les urnes, certains médias nous disent qu’ils ont été manipulés ou trompés, Comme si les “petits” n’étaient pas capables de voir la réalité des choses, de réfléchir et de prendre leurs responsabilités.
1er novembre 1954… 8 avril 2004… Les “petits” ont parlé.
02 novembre 2004
Chérif Abdedaïm
“Guerre et “guerre” d’Algérie” de Georges Londiche Un livre qui dérange ?
Journal Nouvelle Republique du 16/03/2004
Tels ont été les précieux supports qui ont éveillé les souvenirs de l’auteur, devenu vieux maçon à la retraite, dans un ensemble de questionnements ouvrant un large débat sur une guerre que des hommes de paix auraient refusée.
“Guerre et “guerre” d’Algérie” de Georges Londiche est un travail de mémoire, l’un des rares à donner directement accès à la parole d’un maquisard algérien. Soucieux de retrouver l’auteur de deux carnets de route d’un combattant algérien, Georges Londiche, dans cet ouvrage, exhume “des carnets qui témoignent d’un jeune homme, père de famille, possédant une maîtrise de l’orthographe et qui, manifestement, ne rêvait que d’une chose : que soit reconnue la dignité de son pays”, écrivait Pierre Boisgontier (chercheur universitaire à la retraite) dans la quatrième de couverture du livre de Londiche. Une œuvre où l’auteur, dans une écriture dénudée de toute fioriture romanesque, cherche à ce que “lumière soit faite sur ce drame”.
A l’époque, jeune appelé venu passer son service militaire en Algérie, un des amis de contingent de l’auteur découvre deux carnets de route qu’un “maquisard” (terme employé fréquemment par l’auteur) algérien a sans doute oubliés dans une cache. Conscient des conséquences gravissimes que pourrait éventuellement entraîner leur découverte par les militaires français, il les a soigneusement dissimulés pour enfin les remettre 35 ans plus tard à Londiche qui, à son tour, attendra cinq années pour “déterrer” ces carnets dans “Guerre et “guerre” d’Algérie”.
Des carnets que Londiche souhaite restituer à l’Etat algérien et qui ont donné cours à ce débat auquel il fait participer un maquisard de par ses notes quotidiennes, de référant également à des écrits de journalistes, écrivains, historiens, hommes politiques, militaires… “J’aurais aimé écrire ces pages avec d’autres appelés ou d’autres personnes.
J’ai pourtant sollicité des concours.
En vain. J’aurais même accepté qu’elles ne disent pas les mêmes choses ni de la même façon pourvu qu’elles soient sincères”.
Des notes de guerre d’un maquisard algérien ranimées par des souvenirs de “guerre” d’un appelé. “Une réflexion sur ce passé et ses conséquences sur l’actualité”, nous dit l’auteur dont la voix a tonné, en automne 2001, pour “faire entendre ce qu’à travers ses notes journalières nous dit un de ceux dont les voix portent rarement jusqu’en France”.
Et c’est ainsi que “deux mains auront écrit ces phrases”.
Deux destins dont les “routes se sont peut-être frôlées dans le djebel de Kabylie (par là l’auteur désigne les régions de Jijel, El Milia…), mais qui se côtoient quotidiennement dans cet ouvrage. Une année de vie “connue” (du 21 juin 1957 au 5 juillet 1958) à travers ces “retrouvailles” en 2001.
Une durée qui a enfanté dans ce “curieux dialogue”, et l’auteur en convient, une certaine familiarité qui fait dire à Londiche, s’adressant à son pseudo interlocuteur, “d’ancien combattant à ancien combattant, je ne pense pas que le tutoiement soit une marque d’irrespect, aussi l’emploierai-je sans pudeur”. “Guerre et “guerre” d’Algérie, c’est également une réflexion sur la guerre sans adhérer aux “accents épiques pour décrire la vie des combattants des deux camps”, accents qui, selon l’auteur, sont le plus souvent employés pour “masquer ou exalter des situations plus glorieuses” ; et la guerre n’est jamais glorieuse.
Toujours imposée au plus grand nombre. Durant vingt-huit mois d’armée, je n’ai jamais entendu crier “Vivre la guerre”. La guerre. Ce mot, “euphémisé” par le “général pamphlétaire” (Bigeard) sous le slogan “Pacifier l’Algérie”, ne pourrait étouffer une réalité consignée par un maquisard dans ses carnets de route.
Le napalm (bombe incendiaire) et autres types de bombes déchirant quotidiennement le silence des paisibles mechtas et douars (des régions d’El Milia, Collo…) et dont seuls des regrets sincères pourraient atténuer la gravité. D’où l’emploi du mot repentance, loin de sa connotation religieuse.
“Pacifier l’Algérie” ne pourrait également faire taire les cris arrachés sous l’effet de la torture et les différents supplices (baignoires, courant électrique…) subis par les victimes des “Aussaresses” et consorts, et dénoncés à travers les méditations de l’auteur.
Faudrait-il également noter dans cet ouvrage la confrontation entre deux réalités : la “guerre” de l’auteur qu’il subissait et que, bien obligé, il faisait ; la guerre du maquisard, une guerre que 130 ans de colonialisme lui avaient imposée.
Ce que Londiche appelle aussi sa “guerre”, c’est “traquer la bête rugissante ou sommeillante qui est en chacun de nous”.
Un livre finalement intéressant à lire et qui malheureusement n’a pu connaître une large diffusion (tiré à 650 exemplaires à compte d’auteur) pour la simple raison qu’“aucune maison d’édition n’a accepté de l’éditer tel qu’il a été écrit”, nous confie l’auteur contacté par nos soins.
Est-ce un livre qui dérange ?
16 mars 2004
Chérif Abdedaïm
LES CARNETS DE L' AMITIE (DAUPHINE LIBERE du 11 décembre 2004).
En présence d'une centaine d'invités, de Rachid Meddah, consul d'Algérie, d’Alain Chaplais, conseiller général, du maire de Sassenage Christian Coigné et d'élus locaux, une manifestation officielle se tenait récemment à l'hôtel de ville pour féliciter Georges Londiche de son travail envers l'histoire de la guerre d'Algérie, encourageant l'amitié entre les deux pays.
Dans un premier temps, Georges Londiche a écrit en 2002 un livre, "Guerre et "guerre" d' Algérie" sur le conflit.
Cet ouvrage, sans avoir la prétention de détenir la vérité, retrace, après la découverte, en 1960, dans une cache, de carnets de route d'un combattant algérien, des faits historiques et vérifiables de manœuvres de part et d'autre.
Ce livre, par l'intermédiaire d'Internet, a obtenu un très bon accueil en Algérie. Toujours au moyen du Net, Georges Londiche a entrepris des recherches pour connaître l'identité de l'auteur de ces carnets afin de les restituer.
C'est ainsi qu'il apprend qu'un soldat de l'ALN dont la mort au combat est rapportée dans les carnets, a un descendant. En accord avec les élus algériens et le fils de ce moudjahidine, il a été décidé de verser ces livrets au patrimoine historique de l'Algérie où ils seront exposées dans un musée à Alger. Georges Londiche est retourné en Algérie en novembre dernier, 43 ans aprés en être parti, pour un séjour d'une semaine dans la ville de Ferdjioua près de Constantine.
Il a eu les honneurs de la presse locale algérienne.
Karim Kadri, le président d'Alliance FM à Grenoble, a également écrit un article élogieux et filmé toute la manifestation à Sassenage.
Ce qui atteste que cet événement est d'une grande importance dans les relations des deux pays.
Né en 1938, Georges Londiche, qui a effectué son service militaire en Algérie en 1958 dans les parachutistes a, dans son intervention, exposé la génèse de son parcours et remercié l'association de Ferdjioua du "8 Mai 1945" qui l'a beaucoup aidé dans sa démarche et annoncé la naissance d'une nouvelle association à Sassenage "Mains tendues". Mains tendues entre Sassenage et Ferdjioua, entre l' Algérie et la France, précise-t-il.
Il est en passe de réussir son objectif : rétablir une certaine objectivité de l' Histoire et rapprocher les deux pays.
La cérémonie de remerciements qui vient de lui être faite par les officiels en est un témoignage probant.
G T
Le Dauphiné libéré
samedi 11 décembre 2004
«Interview de Georges Londiche à ALGER REPUBLICAIN
pendant son séjour à FERDJIOUA du 15 au 31 decembre2004.
Alger Republicain :
Comment avez-vous vécu la guerre de Libération nationale en tant qu’appelé de l’armée française ?
Georges Londiche :
J’étais membre du PCF depuis deux ans et des Jeunesses communistes depuis leur créaction, en décembre 1956 quand je fus appelé le 1er septembre 1958, je fus dès le départ, pour la "paix en Algérie".
Ce fut donc bien malgré moi et sans enthousiasme que j’ai passé 28 mois sous les drapeaux, dont deux ans en Algérie, ne pouvant y échapper. Il est facile, aujourd’hui de parler de désertion mais pour le faire il fallait avoir un autre courage que le mien.
J’ai couru les djebels et tout particulièrement ceux du Constantinois (opération "pierres précieuses”, “jumelles” la semaine des barricades, etc.
Nombreux sont encore (enfin une dizaine) ceux de mes anciens camarades de section dont un sous-lieutenant appelé et un autre engagé qui m’ont écrit après avoir lu mon livre “Guerre et “guerre” d'Algérie " qui peuvent en témoigner, ne serait-ce que par une lettre que j'ai reçue. De là à citer leurs noms, il n'y a pas qu'un pas que je ne ferai pas.
Mais les lettres reçues témoignent que je n'ai jamais fait de “zèle” ni caché mon antimilitarisme qui n'a fait que grandir depuis.
Alger Republicain :
Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à faire ce témoignage ?
Georges Londiche :
La principale raison est que j'avais la chance de connaître ces carnets et que celui qui me les a montrés accepta de me les confier et de les rendre aux Algériens. J'ai voulu, en portant au grand jour ces carnets, répondre aux calomnies déversées depuis le 1er novembre 1954 sur l'ALN et le FLN, toujours présentés en France comme des tueurs barbares et ignorants.
Je vous invite à consulter un site réalisé, il y a deux ans, par des jeunes d'une ville de la région grenobloise “www.memoireaupresent.com”.
En cliquant sur le chapitre "Algérie", vous connaîtrez toutes mes raisons qui se résument dans ce mot : “Pacifiste”.
Ce qui n'empêche pas de comprendre que, souvent, les peuples n'ont pas le choix. Ce fut le cas de l'Algérie pour obtenir son indépendance.
A propos, je vous signale que je n'ai reçu aucun soutien pour m'aider à rendre les carnets. Les seuls journaux (ou plutôt, le seul journal) quotidien national qui ait parlé de mon livre est un journal algérien : La Nouvelle République. Aucun des journalistes français qui ont eu mon livre entre les mains ne m'ont fait part de réflexions, ni posé la moindre question. Alors, quand je lis, récemment, dans un journal algérien, que des Français spécialistes de la guerre d'Algérie, déplorent qu'il n'y ait pas ou plutôt presque pas d'archives écrites de la guerre côté algérien, je ne comprends pas (ou je comprends trop) leur absence d'intérêt pour ces carnets que je rapporte simplement dans le livre.
Alors que les journaux français nous disent la liberté d'expression menacée en Algérie, je suis sidéré par l'accueil fait à mon livre, par tous ceux qui en prennent connaissance.
Ce n'est pourtant pas un chef-d'œuvre de littérature et, dans ses pages, je ne cache pas mes idées antimilitaristes.
Ce livre m'a fait perdre quelques amis en France.
J'en ai gagné beaucoup plus en Algérie et depuis maintenant quatre jours, il m'arrive une chose incroyable, vue de France.
Je ne compte plus les fois où j'ai pris les médias français en flagrant délit de mensonge et certains journaux algériens n'en sont pas exempts.
Je n'ai rien écrit dans mon livre à la légère et croyez bien que je ne vais pas commencer à le faire maintenant
Alger Republicain :
En qualité d'appelé, avez-vous assisté à des scènes de torture ?
Georges Londiche :
Non, à moins que l'on ne considère comme “torture” le fait de donner un ou quelques coups à un prisonnier.
Ce que, d'ailleurs, je n'ai jamais fait.
Pour la torture, il y avait les DOP (des centres de renseignement)
Par contre, j'ai vu le bourrage de crâne des jeunes appelés. On en voit les conséquences encore aujourd'hui.
Et ce n'est pas l'accueil fait à mon livre par la Fnaca Isère qui me contredira.
Trop long à expliquer mais quand je vois dans un journal algérien, toujours prompt à critiquer votre gouvernement, la Fnaca évoquée comme un exemple, je ne comprends pas les Algériens responsables de ce quotidien.
Alger Republicain :
Pensez-vous que les témoignages sur les événemets sont suffisants pour panser les blessures et jeter les ponts entre les deux rives ?
Georges Londiche :
Bien sûr que non ! Et je pense que la responsabilité (ou l'irresponsabilité) est grande chez tous les partis politiques français qui ne font rien pour encourager mes concitoyens à venir se rendre compte sur place, et par eux-mêmes, de la réalité de l'Algérie.
Grande est la responsabilité française, mais la presse algérienne est loin d'être exempte de reproches.
Entretien réalisé
par M Al M