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georgeslondiche
Description du blog :
Evocation des années de guerre 1954-62 Regards sur l'actualité des rapports entre les deux nations.
Catégorie :
Blog Société
Date de création :
03.03.2008
Dernière mise à jour :
07.11.2009

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Voyage en Algérie

Un an avant mon premier retour en Algérie.

Publié le 08/05/2008 à 12:00 par georgeslondiche
Cinq ans après l' "Année de l' Algérie en France".

An 2003: Pour marquer, sur le plan régional, cette "Année de l' Algérie", une association de Grenoble (AMAL) avait édité "Mon Algérie", un livre fait des réponses d' une vingtaine de personnes sollicitées pour répondre à cette question: "Quel regard portez-vous sur l' Algérie?".
Depuis, par deux fois, je suis retourné en Algérie, réalisant ainsi l' espoir que je disais à la fin de ma réponse: Aller en Algérie et y voir si le pays était bien tel que je le voyais.
De ces deux séjours (seul en 2004, en compagnie de douze personnes dont le maire de Sassenage et l' un de ses adjoints, en 2006) je revins avec la certitude qu' une relation officielle pouvait s' établir entre une ville d' Algérie, Ferdjioua, et une de France, Sassenage.
Aujourd' hui, alors que cette relation tarde à se confirmer officiellement, je ne crois pas inutile de rappeler le contenu de ma réponse. Mon regard portait sur la jeunesse, les Français d' Algérie, les Harkis, la repentance,l' armée, les religions; autant de sujets brûlants, il y a cinq et qui le sont toujours.
Autant de sujets propices aux clichés, aux idées- reçues; autant de sujets qui ne facilitent pas la compréhension entre la France et l' Algérie.
Voici donc la partie de ma réponse abordant ces sujets:

"Il est impossible, aujourd' hui, de porter un regard sincère sur l' Algérie sans le poser sur sa jeunesse. Les jeunes aspirent légitimement au progrès social, au confort, aux loisirs mais ne sont-ils pas induits en erreur sur les conditions d' existence des jeunes de France et d' autres pays, par les paraboles et une partie de la presse algérienne?
Tous ces jeunes nés longtemps après l' Indépendance, connaissent-ils le prix, de sang et de souffrances, payé par leurs aînés pour libérer l' Algérie du colonialisme?
Connaissent-ils le nom de ce Pied-Noir guillotiné le 17 février 1957?
Il n' avait tué personne, il avait posé un engin explosif dans les vestiaires de l' usine à gaz d' Alger, où il travaillait, en prenant soin qu' elle n' explose que lorsqu' il n' y aurait plus personne dans les lieux.
Il était communiste et s' appelait Fernand Yveton.
En France, combien de rues portent son nom? Et en Algérie?
Tous les Pieds-Noirs ne furent bpas, loin s' en faut, engagés dans la lutte pour l' Indépendance mais il y en eut. Quand je regardes l' Algérie aujourd' hui, je pense à ce peuple pied-noir qui ne su pas écouter l' un des siens: Albert Camus.
S' ils ne sont plus très jeunes, s' ils ne sont oas citoyens algériens, ne sont-ils pas, eux aussi, enfants de la terre algérienne, ces hommes et leur famille auxquels
l' Agérie n' accorde pas l' autorisation de retourner au pays ne fusse que pour un voyage?Je veux parler des harkis, soldats perdus avant même d' avoir été soldats.
Hier, tromppés par la France; aujourd' hui, délaissés par elle.
Si je comprends que l' Algérie ne doit pas oublier, je sais, pour en avoir côtoyé durant mon service militaire, que tous n' étaient pas de sadiques personnages mais je n' ignore pas qu' il faut peu de choses pour, d' un brave type, faire un salaud.
L' Histoire est toujours implacable, impitoyable pour les vaincus et la colère, même légitime, des foules, n' entend jamais raison quand elle se déchaîne.
C' est pour tout cela que je crois à la repentance -ce mot tant redouté de toute la classe politique française et, je le crains, de la classe politique algérienne- indispensable à la concorde entre nos deux pays.
"Repentance", "Concorde", Des mots? et, de surcroît, très controversés?
Des mots certes, mais qui traduisent bien les sentiments et les intentions de ceux qui croient à un avenir serein et fructueux des rapports entre la France et l' Algérie.
Quand je regarde l' Algérie d' aujourd' hui, je vois ces réfugiés politiques qui ont demandé asile à la France. Menacés par les groupes terroristes ou tracassés par les autorités algériennes et parfois -j' en connais- par les deux à la fois- ils vivent loin de leur Algérie en se demandant quand ils pourront y retourner, y vivre.
Aujourd' hui, la France devient de plus en plus avare envers eux (réduction d' allocations, d' aide aux soins).
Devant ces détresses morales et matérielles, je suis triste mais je veux croire que les incompréhensions, entre démocrates algériens, finiront par se dissiper.
Quand je regarde l' Algérie d' aujourd'hui, c' est aussi son armée que je vois.
Une armée souvent critiquée, accusée de corruption, d' abus de pouvoir et, même de tortures et de crimes.
Mais je remarque que ces accusations sont portées par des personnes n' étant pas sous sa protection car, le plus souvent, résidant hors d' Algérie.
Je remarque aussi que cette armée est composée à 80 0/0 d' appelés.
Alors je repense aux 80 0/0 d' appelés dont je faisais partie en 1958, 1959, 1960. Une armée composée de 80 0/0 d' appelés ne peut pas retourner ses armes contre son peuple.
Qu' est-ce qui ressemble le plus à un appelé de vingt ans qu' un autre appelés du même âge?
Quelle que soit leur nationalité, tous les jeunes n' ont-ils pas plus de ressemblances que de différences? Ma comparaison entre appelés algériens et français ne va pas plus loin.
L' armée française combattait pour conserver ce que les gouvernements français d' alors considéraient comme trois départements français.
L' armée algérienne combat pour défendre la nation algérienne.
Constater cela, ne m' empêche pas de m' interroger sur le sort des disparus en Algérie, sur les événements de Kabylie.
Par ailleurs, je remarque que lorsque des organisations françaises s' en vont, sur place, se faire une idée de l' Algérie, elles accepent,sans rechigner, la protection de l' armée pour circuler dans le pays.
Sans doute, cette armée de l' Algérie n' est-elle pas innocente de tout excès, tension ou manoeuvre politique mais sans elle, sans son action, que serait devenue l' Algérie?
Aurais-je pu les voir et les écouter, ces jeunes filles algériennes, à l' occasion d' une représentation que leur groupe donnait dans le cadre de l' Année de l' Algérie en France, dans une ville de l' Isère?
Ce n' est pas sans émotion que j' ai entendu ces artistes venues de Mostaganem jouer "Kassanem".
Combien de français savent que c' est l' hymne nationale algérie?
Je n' apprécie pas particulièrement les hymnes nationaux. Je trouve leirs paroles toujours d' une virilité belliqueuse, mais je respecte ce qu' ils représentent.
Mon émotion étaitbforte quand j' ai lancé très haut: "C' est la Marseillaise algérienne". Le public a applaudi.
Voilà, j' ai essayé de dire clairement qu' elle était ma vision de l' Algérie d' aujourd' hui.
J' aurais pu, j' aurais dû, peut-être, dire ce que je pense des religions en général et de celle qui est la plus importante en Algérie, l' Islam en particulier.
Si l' athée que je suis, ne l' a pas fait ce n' est pas par souci d' éviter un sujet qui gênerait mon regard sur l' Algérie mais, simplement, parce que je ne veux pas ajouter dd l' incompréhension entre ce que je ne crois pas et ce que croient ceux qui ont foi en la religion qui, par le nombre de ses fidèles, est devenue la deuxième de France.
Religion chrétienne,religion juive, Islam, Laïcité, un débat est ouvert en France sur leur juste place dans la société.
Un tel débat serait-il possible en Algérie?
Je l' ignore et, pour l' heure, je pense que l' Algérie a d' autres soucis.
Nul doute que l' Algérie d' aujourd' hui ne soit encore loin de celle dont rêvaient les chouhadas qui, les armes à la mains ou les mains vides, sous la torture ou les bombardements, tombèrent, par centaines de milliers, du premier novembre 1954 au 19 mars 1962.
Je continue à regarder l' Algérie et j' espère pouvoir dire un jour comment je l' ai trouvé en allant, là-bas, me rendre compte si elle est bien telle que je la vois aujourd' hui:
DEBOUT, SOUVERAINE ET COURAGEUSE. Avril 2003.


Presque une semaine que nous sommes rentrés de Ferdjioua

Publié le 04/03/2008 à 12:00 par georgeslondiche
Aujourd'hui, 5 novembre 2006, il est temps que je couche, souvenirs et impressions, sur le papier.

Ce n'est pas facile à faire tant je souhaite que ce compte-rendu soit objectif et donc, qu'il ne soit pas influencé par les sentiments personnels que j'ai pour mes amis algériens simples citoyens, comme je le suis moi-même, ou responsables politiques ou administratifs.

En écrivant ces premières lignes, je pense aux appréhensions qui étaient miennes avant, et bien avant, notre départ.
Etaient-elles légitimes? Exagérées? Même aujourd'hui, je ne saurais le dire.

Des participants à ce voyage n'étaient jamais allés en Algérie et, pour ceux qui avaient déjà fait le voyage, cela remontait, pour beaucoup, aux années de guerre 1954 1962 pendant lesquelles ils avaient dû porter les armes, dans ce pays, pendant de longs mois, voire deux années. Je devais répondre aux interrogations et, surtout, aux appréhensions que je devinais et comprenais chez beaucoup. Tous savaient que la société algérienne est très différente de la société française mais tous, aussi, ne connaissaient rien, ou si peu, des possibilités de relations, de toutes sortes, qui existent entre les deux pays.

Ajoutez à cela que Sassenage serait représentée par son maire d'obédience UDF et des Sassenageois, majoritairement, disons, classés à gauche et vous aurez une idée de ce qu'il a fallu surmonter comme "à priori" pour que tout ce petit monde monte dans un avion pour l'Algérie.

Et des "à prioris" et des appréhensions, je devinais qu'il y en avait aussi en Algérie.
Là-bas, où la sécurité est une préoccupation permanente de chaque Algérien tant soit peu responsable des siens et de son pays, recevoir treize Français et organiser leur séjour d'une semaine ne devait pas être une simple formalité.

Oui, mon appréhension était grande quand nous avons débarqué à Constantine puis, à bord de plusieurs véhicules, pris la route pour Ferdjioua distante de 90 km. Le conducteur de notre véhicule, ne sachant, sans doute, pas plus que nous, comment engager la conversation, n'étant pas bavard, - et mes amis français non plus- je m'évertuais à placer quelques paroles du genre "Il fait très beau". "Pas un nuage dans le ciel". Personne n'en rajoutait; le conducteur conduisait - bien entendu- avec l'attention, bien visible, pour ne pas dire le souci, de ne pas perdre sa place dans ce qui ressemblait plus à un convoi officiel qu'à un groupe de touristes français arrivant dans un pays étranger; mes amis s’occupaient de leur caméra ou appareil photo et moi, je ne savais plus quoi dire. Même cette phrase, que j'avais, très souvent, relevée dans la presse algérienne, "L'Algérie est un vaste chantier" dont j'avais espéré qu'elle m'aiderait à rompre ce silence que je trouvais, pour le moins gênant, ne fit pas plus d'effet que les autres. Pourtant, les constructions en chantier, où la brique rouge dominait, défilaient à toute allure et confirmaient cette phrase. Quant à l'organisation, l'évolution et la sécurité sur ces chantiers, bien qu'ayant été de la partie durant toute ma carrière professionnelle, je me garderai de porter une appréciation car je n'oublie pas qu'Algérie et France ont leurs différences dans beaucoup pour ne pas dire tous les domaines. Notre convoi composé de trois fourgonnettes de marque Renault ou Peugeot; ou Toyota, je ne sais plus, et de deux voitures de nos amis de Ferdjioua venus nous accueillir, avalait les kilomètres à vive allure escorté à l'avant et à l'arrière par deux véhicules de police ou gendarmerie.

A mon tour, je me réfugiais dans le silence et me remémorais mon premier trajet "Constantine Ferdjioua" quand mon ami Ammar Mokrani, que j'avais rencontré sur le Net, était venu me chercher à l'aéroport, il y a déjà deux ans de cela. J'étais arrivé, seul, à 19h15. Il faisait nuit et je dois avouer que ce premier trajet était, pour moi, beaucoup plus impressionnant que celui d'aujourd'hui pouvait l'être pour mes amis français. Il n'y avait pas d'escorte pour l'ami français d'Ammar; sa sécurité - la même que pour un quidam algérien, était assurée par les quatre ou cinq - je ne sais plus- barrages militaires que nous avions traversés et auxquels j'avais dû montrer mon passeport. Protégé par la police, je l'étais donc mais de façon beaucoup moins impressionnante que pour ce séjour. Il est vrai que je ne suis pas maire d'une ville française et que je n'étais pas accompagné de 12 personnes.

Avant de poursuivre ce compte-rendu, je veux revenir à notre arrivée à l'aéroport, à ce moment où, installé dans un bus qui allait quitter la zone de débarquement pour nous amener à la récupération de nos bagages et aux formalités douanières, je me suis dit, en pensant à mes appréhensions, "Nous y voilà, mes amis français, mon épouse et ma fille vont se rendre compte si, oui ou non, je leur racontais des balivernes quand je leur parlais de mon premier séjour à Ferdjioua". Et, surtout, si oui ou non je tiens le même langage à Ferdjioua qu'à Sassenage. Passées toutes les formalités, j'aperçois mes amis Ammar et Saâdane, mon épouse connaît Saâdane mais ne l'a jamais rencontré autrement que dans ses messages ou sur des photos, elle ne peut donc le reconnaître au premier coup d’œil; par contre, elle reconnaît Ammar tout de suite.
. Premier instant d'émotion qui sera suivi de bien d'autres, mon épouse et Ammar s'embrassent tandis que j'embrasse Saâdane et Ammar en même temps. Il faut être au courant de toutes les incompréhensions et malentendus qu'Ammar, Saâdane et moi-même avons dû surmonter pour en arriver là.
Ensuite présentation des uns et des autres, les maires de Ferdjioua et Sassenage font rapidement connaissance, ainsi que leurs adjoints, puis nous sortons du bâtiment et embarquons dans les fourgonnettes qui nous emmèneront à Ferdjioua. Il n'est pas encore onze heures, le soleil est déjà chaud mais, surtout pour ceux qui m'accompagnent, je préfère cette heure, pour faire les 90 km nous séparant de Ferdjioua, à celle, en pleine nuit de mon premier voyage. C'est, tout de même, beaucoup moins impressionnant .
Nous filons vers Mila, située trente kilomètres avant Ferdjioua, où notre convoi s'arrêtera pour que nous déposions nos bagages car c'est là que nous serons hébergés à l'exception du Maire, de son adjoint et de la jeune fille représentant notre association dans la délégation municipale. Il est un peu avant midi quand nous arrivons à Mila. Une fois nos bagages rangés dans nos chambres, une collation nous est servie avec de délicieux petits gâteaux. Puis nous reprenons la route pour Ferdjioua ou nous allons prendre le repas de midi dans une grande salle toute en longueur en compagnie de nombreux responsables d'associations ou services. Parmi eux, je reconnais beaucoup de personnes rencontrées lors de la présentation de mon livre , il y a deux ans, presque jour pour jour, de cela. Souvent, des personnes me saluent d'un "Bienvenue monsieur Georges" qui en ferait sourire plus d'un à Sassenage, moi le premier. Mais, ici, ce "monsieur Georges" a une signification toute particulière; il est chargé d'amitié mais aussi d'une reconnaissance que je n'arrive pas à m'expliquer par la seule publication d'un livre "Guerre et "guerre" d'Algérie" que mon ami Ammar m'avait invité à venir présenter à Ferdjioua à l'occasion d'un certain "50ème anniversaire" (1er novembre 1954, 1er novembre 2004).
De plus, cette forme de salut prouve à mes amis français que je ne bluffais pas quand, à mon retour de Ferdjioua, je leur décrivais l'accueil que j'y avais reçu.

L'après-midi sera l'occasion d'une balade dans Ferdjioua, balade vite transformée en bain de foule mais toujours sous la protection discrète de personnes responsables de notre sécurité.
Etant déjà venu à Ferdjioua, je connais certaines d'entre elles, en particulier celui que j'appelle amicalement le "garde rapproché" de mon premier séjour. Je sais qu'il se reconnaîtra et je le salue au passage lui et sa famille que je n'oublie pas. La protection de notre délégation, sans commune mesure avec celle de mon premier séjour, - mais, en 2004, j'étais seul et, aujourd'hui, nous sommes treize -, peut sembler de la surveillance malveillante pour un touriste non averti mais elle est non seulement souhaitable mais rassurante pour quelqu'un qui connaît les épreuves terribles que vient de traverser l'Algérie, épreuves dont la menace n'est pas encore totalement éliminée.
Je rappelle cela, non pas pour mes amis algériens et les membres de la délégation mais pour ceux de nos amis français qui, bien souvent, n'ont que les médias pour se faire une opinion de l'Algérie.
Après cette ballade, nous sommes invités à l'Assemblée Populaire Communale (nos mairies en France).
Monsieur le Maire de Ferdjioua nous souhaite officiellement la bienvenue et un bon séjour à Ferdjioua.
Le soir, une réception y sera organisée en notre honneur et, présidence de "Mains tendues France Algérie" oblige, je devrais y aller d'un "discours" - un grand mot pour quelques lignes - que, prévoyant, j'avais préparées et qui ne me quittaient pas pliées en quatre dans une poche de ma veste.

J'avais vraiment tout prévu, mes lunettes servaient de pochette à ma veste. Ne me restait à redouter que l'émotion qui, souvent, en de telles occasions me laisse sans voix et me trouble la vue. Aux lecteurs de ce compte-rendu de dire si ce "discours" mérite sa place ici , non qu'il soit un chef-d’œuvre du genre mais je l'ai écrit du mieux que j'ai pu pour qu'il reflète bien le sens et les buts de notre association "Mains tendues" France Algérie".

Le voici donc:

Discours de Georges à notre arrivée

" Chers amis de Ferdjioua,
Je suis très heureux de retrouver votre ville que d'ailleurs, au fond, je n'ai jamais quittée depuis deux ans. Merci, Monsieur le Maire, de nous accueillir dans cette ville à la fois proche et lointaine de Sassenage.Merci Messieurs les Elus, vous que les citoyens de Ferdjioua ont choisis pour les représenter.Merci à "l'association du Huit Mai 45" et à "l'association des roses " et à tout le mouvement associatif de Ferdjioua.Merci aux citoyens de Ferdjioua.Un projet de jumelage, un jumelage, c'est beaucoup plus de projets d'avenir que des évocations du passé et, pourtant, en cet instant, je veux revenir à l'année 1957.Il s'appelait Tahar BOUDJEMAÂ, il n'avait pas encore 40 ans, il était père de famille, il exerçait une profession dans l'appareil judiciaire, il était avocat; il aurait pu se mettre au service de la France. Le 21 juin 1957, il est monté au maquis, rejoindre l'ALN du côté de Djidjelli, Jijel aujourd'hui.Quelques mois avant le 19 mars 1962, il tombait pour l'Indépendance de votre pays.J'ai tenu à évoquer la mémoire de ce Chaïd car c'est un peu de l'histoire de ce combattant de la liberté, qui m'a beaucoup aidé à écrire un livre que Monsieur Ammar Mokrani, président de l'association du Huit Mai 45 m'avait invité à venir présenter à Ferdjioua à l'occasion du "50 ème Anniversaire".La veille de ce grand jour, à la maison TIKOUDENE MESBAH, j'avais pu, en toute liberté, présenter "Guerre et "guerre" d'Algérie" et, aussi, parler de Sassenage aux Ferdjioui que je rencontrais pour la première fois."Ayons la volonté d'accepter l'autre sans jugement aucun. Faisons le premier pas vers l'ami en laissant de côté toute forme d'idéologie".Ces deux phrases sont extraites du message que Monsieur le Maire de Sassenage, apprenant que j'allais me rendre en Algérie, m'avait demandé de transmettre aux Algériens que j'allais rencontrer.Je transmettais donc ce message à l'assistance et, Monsieur le Maire, à votre prédécesseur, le regretté Monsieur Mahfoud BENCHERIF qui était présent ainsi que d'autres personnalités.A la fin de la soirée, Monsieur Saâdane LEMOUSSI me demanda d'écouter une dame qui voulait me parler. Quelle ne fut pas ma surprise d'apprendre que cette voix venait du Canada. C'est ainsi que je fis la connaissance de Madame Isabelle MICHAUD, une universitaire canadienne qui a axé son travail sur le monde arabo-musulman et, tout particulièrement, sur l'Algérie.Vous êtes nombreux à la connaître car elle est venue à Ferdjioua et, j'en suis sûr, y reviendra."Ferdjioua, Canada, Sassenage", le monde n'est-il pas, finalement, tout petit?Lorsque Monsieur BENCHERIF m'avait reçu à la mairie, nous avions parlé de l'idée d'un jumelage tout en étant bien conscient des difficultés qui ne manqueraient pas de surgir devant un tel projet. Quelques mois plus tard, l'idée ayant fait du chemin, Monsieur BENCHERIF, accompagné d'Elus, devait venir à Sassenage. La vie devait en décider autrement.Souvent parti d'une simple relation, parfois personnelle, un jumelage c'est quelque chose qui continue, se perpétue après que ceux qui en eurent l'idée ont disparu. Un jumelelage c'est d'abord la volonté de citoyens de deux communes de placer la compréhension et l'amitié au-dessus de leurs différences. Bien souvent, ces communes sont éloignées l'une de l'autre, non seulement par des centaines ou des milliers de kilomètres mais aussi par leurs cultures, leurs mode de vie, leurs religions etc.Autant de difficultés qu'il faut savoir surmonter en basant le projet de jumelage, puis le jumelage lui-même, sur la confiance et la franchise.Comme pour beaucoup de beaux projets, c'est souvent plus facile à dire qu'à réaliser mais, entre Sassenage et Ferdjioua, cette idée a énormément progressé depuis cette soirée à la MJC de Ferdjioua où, à la veille de mon retour à Sassenage, j'avais promis de faire tout mon possible pour que les relations s'agrandissent entre nos villes. J'ai fait ce que j'ai pu, je ne l'ai pas fait tout seul.Merci à mon ami Karim KADRI qui, par deux fois, a pris sur ses vacances à Biskra pour venir à Ferdjioua, à ma demande, renforcer l'idée du jumelage.Merci aux Sassenageois qui m'ont aidé, merci à Monsieur Christian COIGNE Maire de Sassenage.Merci à Monsieur Alain CHAPLAIS Conseiller général de l'Isère.Il reste beaucoup à faire, je suis persuadé que nos deux villes sauront s'y engager officiellement.

Merci à tous.

"

Il est plus de 22h quand nous prenons la route pour notre hébergement à Mila à l'auberge de jeunesse de la wilaya.
C'est un bâtiment de fort belle allure mais qui semble peu fréquenté, du moins en cette saison. Cause à effet ? Toujours est-il que le ménage s'en ressent plus que de normal mais la sympathie des employés nous fait oublier les avatars dus aux robinets et autres problèmes de plomberie.
Le lendemain, le jeudi 24 octobre, pas plus de chant du coq qu'à Sassenage mais l'appel à la prière bien avant que le jour ne se lève. Mon épouse sort de son lit et va ouvrir toute grande la fenêtre afin, me dit-elle, que j'apprécie cet événement exceptionnel pour nous.
J'apprécie donc en réalisant, une fois de plus, tout ce qui différencie l'Algérie et la France. Rapide toilette puis, notre petit - déjeuner avalé, nous sommes vite prêts car notre escorte nous attend déjà pour rejoindre Ferdjioua où, pour ce matin, est programmée la visite de la "prison rouge ".

Visite de la Prison Rouge
L'édification de cette prison dont la construction fut décidée à la suite des tragiques événements du Huit Mai 1945, commença en 1952 et s'acheva en 1956, donc, en pleine guerre d'Algérie. Elle comporte 29 cellules dans lesquelles furent enfermés - et entassés- de nombreux prisonniers FLN de la région durant toute la guerre.
Au dessus de chaque porte, une inscription désigne l'importance, c'est à dire en termes de l'armée française, la dangerosité de ceux qui y étaient enfermés.
Elle servit, aussi, de centre de tortures pour les services de renseignements de la police et de l'armée françaises.
Elle doit son nom à la couleur du matériau employé pour sa construction. Aujourd'hui, jamais remise en service depuis la Libération du pays, elle demeure un lieu de pèlerinage pour les familles et les compatriotes de ceux qui y séjournèrent et, pour beaucoup, y disparurent et un lieu de réflexion pour tout visiteur de Ferdjioua. Après cette visite, on nous emmène sur les hauteurs au-dessus de la ville. De là, le regard embrasse tout le paysage. Sous nos pieds, la terre semble aride; nos hôtes nous expliquent que là est cultivé du blé en assez grande quantité dont une partie sera traité dans l'usine, produisant de la semoule, sise à Ferdjioua.

L'après-midi, nous visitons des thermes à une quinzaine de kilomètres de Ferdjioua. Mis à part, sans doute, les bienfaits de l'eau, rien de commun avec les thermes d'Uriage, tout près de Sassenage. Mais, au premier coup d’œil, révélation de ce que pourrait apporter, en emplois et en ressources financières, une gestion ad-hoc, et rigoureuse, du lieu.
Opinion facile à émettre, conseils faciles à donner et, disons-le, reproches faciles à faire quand on ignore ou, pire, quand on ne veut pas voir et, encore moins, tenir compte des réalités en Algérie.

Au premiers rangs de ces réalités, 130 ans de colonialisme, 44 ans seulement d'Indépendance, des décennies de parti unique, plus d'une décennie de tragédies pendant laquelle le pays et son armée durent affronter, sans l'aide d'autres nations, un ennemi des plus monstrueux devenu, depuis, celui de tous les peuples.
Ennemi dont les dernières manifestations - en fait, les derniers soubresauts d'une bête immonde - justifiaient la présence permanente de la protection de notre groupe.

Soirée en musique à l'auberge de jeunesse

Le soir, une surprise nous attendra en arrivant à notre auberge. Un groupe de musiciens est là et se produira pour nous jusqu'à près de 23 heures. Notre ami Kadri (de Grenoble) qui profitera de ce voyage pour faire une escapade dans sa famille dans le Sud, nous fait une démonstration de ses talents d'animateur.
Quelques jeunes, sans doute attirés par le son, nous rejoindront. Poids des "habitudes", respect - pour moi, hors de notre époque - des traditions et croyances, aucune jeune fille parmi ces jeunes qui, donc, en sont réduits à danser entre eux.
Devant leurs évolutions souvent beaucoup plus lascives que le plus chaud des slows d'un bal en France, je me dis que voilà un boulet de plus à l'évolution de la jeunesse et, donc, de la société algérienne.

Le lendemain, vendredi 27, notre escorte, eux devant, nous au milieu et, encore eux derrière, prenons la route pour Djemila située à une trentaine de kilomètres à l'ouest de Ferdjioua.
Djemila est un site romain bien connu, au moins de réputation, par tous les amateurs du genre. Pour moi, l'archéologie n'étant pas une passion, je préfère rester à l'ombre - il paraît que la température dépasse les 35 degrés- en compagnie de mon épouse et d'un journaliste correspondant du "Quotidien d'Oran" qui nous a accompagnés et dont j'ai déjà fait la connaissance il y a, de cela, deux ans quand j'étais venu, pour la première fois, à Ferdjioua. Beaucoup plus passionnant, pour moi, que la visite des vestiges romains, est d'échanger nos opinions sur les derniers événements politiques en Algérie, sur les conséquences de la concorde civile, ses avancées et ses lacunes et tant d'autres sujets dont les médias français nous parlent parfois mais toujours avec leurs "à prioris" et leurs certitudes ou au travers du prisme de leurs idées politiques. Un peu avant le moment du repas de midi, j'ai rencontré deux touristes français venus de Paris qui se trouvent là, sans l'ombre de la moindre escorte. Je m'attarde à bavarder avec eux, alors que notre groupe passe à table, ce qui a pour effet d'irriter mon ami Ammar toujours soucieux d'éviter les pertes de temps car, tout comme mon ami Saâdane, il fait partie des organisateurs et des guides de notre programme. Son irritation, a pour seul effet de.....déclencher la mienne. Mais comme nous nous connaissons bien et avons le même caractère, l'incident en est resté là.

Après le repas, pris au restaurant du site, nous prenons la route pour Mila où doit être arrivé Kamel venu d'Annaba et ses deux frères venus, eux, de Constantine. Ils sont les enfants du Maquisard dont "Guerre et" guerre" d'Algérie" rapporte les carnets de route au maquis. Je ne les connais que par ce que m'en a dit Kamel , leur aîné, que, d'ailleurs, je n'ai jamais rencontré autrement que par Internet et par téléphone.
Nous nous retrouvons comme deux amis qui se connaissent depuis longtemps; il me présente ses frères en regrettant que son épouse et ses deux filles aient dû rester à Annaba, retenues par l'école.
Nous échangeons nos toutes dernières nouvelles dont celles concernant trois personnes de notre groupe qui pensent pouvoir prolonger leurséjour et pousser jusqu'à Annaba, invitées par Kamel.
Ce que Kamel ne sait pas encore c'est que pour aller à Annaba, nos trois amis auraient dû, par l'intermédiaire de Kamel, en aviser les autorités civiles et militaires d'Annaba.
Je les avais pourtant bien prévenus: "On ne va pas en Algérie comme en Espagne ou en Italie". (note du web master : enigme non décodée par les interessés !)
Quelles qu'en soient les raisons; qu'on les approuve ou qu'on les déplore, c'est ainsi, il faut donc le savoir.

Visite du barrage de Beni Haroun

Après cette courte halte à notre auberge, nous prenons la direction du barrage de Ben Haroun. Là, au pied du barrage, nous descendons des véhicules.

Une personne est là, camera sur l'épaule et Ammar improvise - ou était-ce prévu ?- une sorte d'interview et me demande, disons "le pourquoi du comment" de cette rencontre avec Kamel et ses frères. Brièvement, je rappelle les carnets, le livre, ma rencontre d' Ammar sur internet, etc..etc.. Devant cette camera de je ne sais quel média, à l'évocation du sacrifice de leur père, les trois frères ne retiennent pas leurs larmes.Ils m'étreignent en me remerciant d'avoir tiré sa mémoire de l'oubli.
On comprend mieux leur émotion - et la mienne - quand on sait que les seules traces, écrites, qu'ils aient de leur père sont les photocopies de ces carnets qu'ils n'ont jamais vus et qui, aujourd'hui, seraient au musée de l'armée à Alger. Du moins, est-ce ce que je crois savoir.
Une fois de plus, je me félicite d'avoir photocopié ces carnets, ce qui a permis aux enfants et aux petits-enfants du Maquisard, de connaître l'écriture de leur père et grand-père. Une telle émotion est contagieuse, elle gagne vite tout notre groupe et jusqu'à son escorte. Kamel, ses frères et moi-même faisons une masse compacte en nous tenant par les épaules. Je ne sais plus mais je crois, qu'à cet instant, personne ne disait mot. Je me souviens m'être demandé à quoi pouvaient penser ces policiers et militaires qui, tous, auraient pu être mes enfants.
Pensent-ils au combat du Maquisard? A celui d'aujourd'hui? Ce combat que beaucoup d'entre eux doivent, sans doute, mener depuis de nombreuses années et dans lequel sont tombés beaucoup des leurs.
Au dessus de nous, tout en haut d'une falaise tombant à pic (80, 100mètres?) se détachent, sur l'azur du ciel, deux silhouettes, dont on distingue les armes, qui veillent sur notre sécurité et celle du barrage. Le combat n'est pas encore terminé.

Je repense aux événements qui ont fait que, par deux fois, je suis revenu en Algérie. Je pense à mon copain de Valence qui trouva les carnets, à un ami de Kamel qui ayant lu le livre me mit en relation avec lui. Je pense au Maire de Sassenage qui est là, au milieu du groupe; je me dis que, maintenant, lorsque des associations sassenageoises d'anciens combattants d'Algérie le solliciteront - peut-être même dès son retour, car je me doute bien que sa venue en Algérie, en de telles circonstances, a dû susciter plus d'une interrogation chez les anciens combattants sassenageois - cet instant lui reviendra à l'esprit. Après ce moment d'intense émotion, je crois, partagé par tous ceux qui en furent témoins, nous rejoignons la route qui passe devant le barrage. Nous descendons des véhicules pour une courte promenade sur le barrage lui-même. D'un côté, l'eau; de l'autre, une grande profondeur de vide. Il y quelques instants, nous étions là, en dessous; de la où nous sommes, on distingue très bien l'endroit.
Face à nous,mais, maintenant, nous n'avons plus à lever le nez pour les apercevoir; les deux silhouettes en armes sont toujours à leur poste.

L'heure du repas du soir arrive; nous le prenons au restaurant du barrage puis, c' est le retour à Ferdjioua où nous attend une réception en l'honneur de la délégation municipale qui rentre demain à Sassenage. Dans leur allocution, les deux maires se félicitent de ce premier contact puis c'est la remise des cadeaux offerts par la mairie de Ferdjioua à celle de Sassenage.
Deux grandes photos encadrées de Ferdjioua sont offertes l'une au maire, l'autre à Stéphanie. Un vase, assez grand, lui aussi, fait partie des cadeaux offert à la ville de Sassenage. Sûr, qu'en cet instant, je ne suis pas le seul à me demander comment vont voyager ces cadeaux. A notre retour à Sassenage, nous apprendrons qu'ils ont fait bon voyage. Les cadeaux et la délégation.

Soudain, Jasmine, ma fille intervient un papier à la main et, se tournant vers moi me dit: "C'est pour toi, Papa" et elle lit ceci:
"Papa, Et voilà, c'est la veille du départ pour Ferdjioua, il est plus de 11h du soir, les valises sont bouclées. Dans quelques heures, Mr le maire de Sassenage va venir nous chercher à 5h30 pétantes. Va-t-il y avoir assez de place pour caser tous nos bagages? Avant de m'endormir, je pense à tous ces jours que nous allons vivre et à l'émotion qui sera dans l'air. Je pense à cet instant où tu vas retrouver les enfants de l'auteur des carnets. Je me rappelle quand tu as eu envie d'écrire ton livre, quand tu amenais, à Christian (Son compagnon), tes pages manuscrites, qu'il déchiffrait pour les taper, ensuite,dans l'ordi. Des rêves, tu en as toujours faits et, ma foi, tu les a souvent fait vivre. Une fois, ce fut de voler; et bien, tu as cotoyé les oiseaux dans le ciel de Crolles et de la vallée du Grésivaudan. Une autre fois, ce fut de retrouver ce monsieur qui t'avait tenu compagnie pendant l'écriture de ton livre et qui te faisait revivre ta jeunesse. Je veux parler de celui qui notait dans ses carnets, au jour le jour, sa vie dans cette fichue guerre d' Algérie.
Après bien des recherches, tu appris qu'il avait été tué, pendant la guerre, et qu'il avait eu des enfants. Tu n'as pas baissé les bras, tu t'es dit "ET bien, je vais les retrouver". Une autre fois, ce fut de créer une association où les mains se tendraient les unes vers les autres plutôt que de se cogner les unes contre les autres. Et nous voilà, aujourd'hui, tous réunis autour de toi dans ce pays qui ne t'a jamais laissé indifférents. Et je comprends, maintenant. Nous ne rencontrons que gentillesse, respect, chaleur humaine, depuis que nous sommes arrivés.
Papa, tu sais, c'est un bien beau rêve que tu m'as permis de vivre en faisant ce voyage. Et je pense à tes trois petits-enfants qui doivent être fier sd'avoir un tel papi moustache".

Voilà, je reviens de ma surprise et, le lendemain, Jasmine se débrouillera pour faire photocopier son texte à l'APC, pour en remettre des exemplaires à ses amis de Ferdjioua et c'est donc comme cela que j'en aurai l'intégralité. De mémoire, je n'aurais pas su le reproduire, sans risque d'erreurs. Je me suis demandé si, vu son côté familial, il avait bien sa place dans ce compte-rendu, puis je me suis dit que ce récit de voyage étant d'abord pour mes petits-enfants, mes amis algériens et français et tous ceux qui sauront le lire sans y chercher autre chose que ce que j'ai vécu et que ce que j'espère, je pouvais - et peut-être, devais - le mettre dans ce compte-rendu.

Le lendemain, samedi, un article de La Nouvelle République rend compte, de notre visite, sur presque toute une page. Un autre journal, Le Quotidien d'Oran avait annoncé notre venue quelques jours avant.

Nous quittons Mila pour Ferdjioua où, ce matin, est programmée une visite de l'hôpital et celle d'une école d'enfants mals-entendants. Nous découvrons un hôpital d'une propreté exemplaire, nous sommes dans le service pédiatrie, des représentations de scènes enfantines égaient salles et couloirs. Une salle de jeux accueille les enfants qui peuvent venir se retrouver entre eux, jouer ou lire, bref, passer un peu de temps hors de leur chambre. De Sassenage, nous avons apporté des livres que nous pensons répartir entre écoles et bibliothèque municipale. Il y a aussi des jeux pour enfants. Tout à l'heure nous en confierons au maire de Ferdjioua pour qu'il les apporte ici car, pour l'heure, ils sont entreposés à l'APC. Le Directeur et le personnel soignant nous parlent du fonctionnement de ce service; il nous présente les docteurs et infirmières et nous fait remarquer le travail impeccable des femmes de services. En passant devant eux nous ne savons pas trop quoi dire à ces enfants qui nous sourient. Sourires qui semblent résignés devant ce qui les a amenés ici mais aussi confiants en ce qui les attend: La guérison, le retour à une vie plus normale. Que doivent-ils penser de ces visiteurs auxquels ils sourient sans même les connaître? Et nous? quelle autre promesse leur faire, dans un regard, un sourire, que celle de ne pas les oublier, de ne pas oublier leur confiance innocente dans leur avenir et donc, pour cela, continuer notre action pour plus de compréhension et d'amitié entre nos deux pays. "Compréhension" et "amitié" , deux mots que nous répétons souvent, deux mots qui sont la raison d'être de notre association. Après cette visite vient celle de l'école des enfants mal-entendants. Là, on nous explique les méthodes pour apprendre à lire à l'aide d'écouteurs électroniques au fonctionnement trop compliqué pour que je comprenne. Je retiens cette phrase affichée au mur: "Je suis sourd mais j'apprends à lire et écrire le français". D'autres Sassenageois ont, sans doute, mieux que moi, retenu cette phrase car je ne suis pas sûr de l'exactitude des mots que je rapporte; par contre je suis certain du sens de la phrase.

L'après-midi sera consacrée à une réunion mini-débat avec des femmes de Ferdjioua. La discussion sera très libre entre Sassenageoises et Algériennes. Discussion beaucoup plus libre que pourraient le laisser penser certains "à prioris". A l'instant où j'écris ces lignes, je voudrais avoir sous les yeux, l'allocution de Brigitte qui s'adresse à toutes ces femmes avec une franchise et une simplicité qui bouscule certains préjugés sur la condition féminine. Je suis très attentif car je crains la parole malheureuse parce qu'incomprise mais Brigitte ne commet aucun impair et, pourtant, sur un tel sujet, le risque était bien présent. Message de Brigitte parfaitement reçu; les applaudissements et quelques mouchoirs au coin des yeux, en font foi. En écoutant ces femmes parler de leur vie, de celles de leurs enfants, de leurs inquiétudes et de leurs espoirs, je me disais que, vraiment, l'Algérie se trouve à la charnière de deux époques. Je ne m'étendrai pas, ici, sur ces époques; disons, simplement, qu'il y a celle d'hier et celle de demain; les contraintes et les soumissions du passé qui tentent de perdurer et l'émancipation et les libertés de l'avenir que des forces obscurantistes tentent d'endiguer. Je ne m'étendrai pas sur ces sujets brûlants, non par crainte de me brûler mais parce qu'il ne servirait à rien d'en parler dans un compte-rendu qui, s'il ne veut pas sous-estimer, ni cacher ce qui entrave la marche en avant du pays, ne veut pas, non plus, aborder des sujets qui exigent une approche toute autre que celle d'un compte-rendu. La retenue avec laquelle je viens d'évoquer ces sujets n'évoque-t-elle pas, à elle seule, les difficultés qu'il y a à en parler sans détour ? Difficultés dues aux passions que, d'en parler, pourrait pousser bien au-delà du raisonnable et, pourtant, difficultés que Français et, plus encore Algériens, devront sérieusement réduire pour que la compréhension progresse vraiment entre nous tous. Beaucoup mieux que moi, les Sassenageoises qui bavardèrent en, presque aparté, avec ces femmes de Ferdjioua, sauraient vous dire de quoi elles ont parlé et ce qu'elles ont retenu de cette réunion. Et si vous le leur demandiez?

Le lendemain, dimanche, est programmée une rencontre avec les professeurs et les élèves d' une école de Ferdjioua. Nous accusons un retard, que je trouve impoli, quand nous arrivons au groupe scolaire, Les enfants de la classe de français sont là qui nous attendent sagement, assis, un petit bouquet à la main. Les professeurs, hommes et femmes, sont là. Le Directeur présente notre délégation et explique les raisons de notre venue à Ferdjioua. Toujours leur bouquet à la main, les enfants entonnent "Savez-vous planter les choux..." C'est un autre grand moment d'émotion, l'un des plus forts. Ensuite, les enfants offrent leur bouquet aux femmes de la délégation et moi, je reçois une grosse gerbe de fleurs. Je suis ému et cela me rend maladroit, je balbutie quelques paroles en même temps que l'on m'offre l'emblème national que l'on pose sur mes épaules à la manière d'un burnous. Tandis que je m'applique à maîtriser mon émotion, la discussion s'engage entre les professeurs et la délégation. Une dame professeur, souhaite savoir comment, ceux de notre groupe, qui ont connu l'Algérie entre 1954 et 1962 l'ont trouvée en y revenant pour ce séjour. Notre ami André répond le premier, il dit sa souffrance et ce qu'il nomme le "mal à l'aise" de beaucoup de Français, anciens soldats de la guerre d'Algérie ou simples citoyens,vis à vis de l'Algérie. Il dit aussi sa foi dans l'avenir de nos pays parce que, dit-il, "les hommes restent des hommes avec leurs faiblesses, leurs défauts et, aussi, avec leurs qualités et leur courage". André le sait, je n'ai pas toujours la même opinion que lui. A mon tour, je réponds à cette question de savoir ce que j'ai trouvé de changé en Algérie. Pour le dire, je ne remonte pas aux années 54-62 tout en déclarant que je ne suis pas du tout mal à l'aise vis à vis de l'Algérie. J'ajoute que si c'était le cas, je n'aurais pas osé y revenir seul, il y a deux ans, pour y présenter un livre avec le titre que l'on sait. Le changement que j'ai trouvé, je ne le fais remonter qu'à ces deux ans.Je dis à l'assistance que je me souviens d'avoir passé quatre ou cinq - je ne sais plus exactement - barrages entre Constantine et Ferdjioua, il y a deux ans et qu'aujourd'hui, quand nous rentrons de nuit de Ferdjioua à Mila, alors qu'il est déjà tard dans la nuit, nous ne rencontrons que des voitures et des piétons, même loin des agglomérations, qui eux circulent sans la moindre escorte. Je n'avais rien préparé, pas le moindre papier à lire. Malgré ça, je m'enhardis à évoquer la décennie noire, la politique de l'Algérie, j'évoque aussi la place des femmes dans la société algérienne et jusque dans le gouvernement. En plus des fleurs et d'un drapeau, je récolte des applaudissements. Un peu plus tard, des professeurs me diront que ce que j'ai dit était la vérité.

Ensuite, une collation nous est offerte dans une salle de classe et, là, on nous propose de mettre un commentaire sur le cahier de réclamations de l'école. J'ai mis un mot, enfin plusieurs, mais je ne me souviens plus desquels. Après cette visite notre escorte nous accompagne vers des thermes tout près de Ferdjioua. Pour y arriver nous prenons une route de plus en plus étroite et sobrement goudronnée mais, malgré cela, parfaitement carrossable. De chaque côté de la route, beaucoup de ces énormes plantes grasses qui donnent les "figues de barbarie", ce fruit de la forme d'une grosse figue mais bardée d'épines acérées. Ce décor que nous traversons me rappelle celui des opérations dans la Kabylie verdoyante mais hostile pour les soldats dont j'étais. Il est bientôt midi, devant nous un mini-car dépose des écoliers cartable à la main ou sur le dos. Nous arrivons à ces thermes situés au milieu d'habitations qui me rappellent les mechtas des années de mon service militaire mais en beaucoup moins misérables. Et les uniformes qui nous accompagnent, ne font fuir personne;nous sommes en 2006, pas 50 ans en arrière.

L'après-midi se passera en mini-shopping aux abords de la MJC puis dans la MJC où un groupe de jeunes filles parmis lesquelles je reconnais les enfants de mon ami Ammar, nous fera connaître et apprécier au son de leurs instruments, et de leurs voix, la musique andalouse. Ensuite, ce sera une démonstration du club de judo (enfants et adolescents) puis une petite pièce, de théâtre, dansée, évoquant les horreurs de la guerre et la naissance de la nation algérienne.

Il y aura encore des remises de cadeaux de part et d'autre et, je dois l'avouer, je ne me souviens plus très bien des détails de cet après-midi. C'était notre dernière soirée à Ferdjioua et je m'étais bien douté que le président de "Mains tendues France Algérie" devrait dire quelques mots d'au revoir. J'avais préparé mon petit papier.
Le voici:
Les français qui reviennent en Algérie, qu'ils y soient nés il y a de nombreuses dizaines d'années ou qu'ils y aient passé de longs mois de leur jeunesse, obligés qu'ils étaient de se battre à défendre le colonialisme, tous voient de leurs yeux, et non seulement au travers des médias, ce qui a changé dans votre pays. Ici, tout a changé mais ceci ne veut pas dire que tout y soit devenu parfait ni même acceptable aujourd'hui. Mais ce n'est pas à nous Français, Européens ni à toute autre nationalité de parler à votre place. L'Algérie n'est pas un pays sous-développé et ceux qui la critiquent comme ceux qui la louent d'ailleurs, n'ont pas le droit moral d'oublier que la République algérienne n'a que 44 ans d'existence. 44 ans, c'est beaucoup dans une vie humaine; c'est très peu, presque rien, dans celle d'une nation. Depuis ma première venue à Ferdjioua, deux ans ont passé. L'idée du jumelage est née, s'est développée et, aujourd'hui, elle est à la veille d'être officialisée par les services compétents français et algériens.

L'APC et le mouvement associatif n'ont pas hésité à s'investir dans ce projet, projet contenu dans le message que le maire de Sassenage m'avait demandé de transmettre aux Algériens et que, je le sais, beaucoup d'entre-vous n'ont pas oublié.

"Faisons le premier pas vers l'ami en laissant de côté toute forme d'idéologie".

Je pense que c'est ce que nous avons su faire et je crois que ce principe est l'assurance même de la réussite de notre projet de jumelage. Ce soir, je vous promets que nous ferons tout pour qu'une délégation aussi importante que la nôtre vienne à Sassenage. Cette promesse, je vous la fais au nom de notre association "Mains tendues France Algérie" et, aussi, en mon nom personnel. Je n'ai jamais fais de promesses aux Algériens, comme à tout le monde d'ailleurs, que je ne puisse tenir. Grâce à notre association et à la municipalité, je suis persuadé que celle-ci sera tenue. Par contre, je ne peux pas vous promettre que Sassenage saura mettre son accueil à la hauteur du vôtre. Merci à vous tous, merci à Monsieur le maire, merci à tous ceux qui l'ont aidé à nous faire connaître l'Algérie telle qu'elle est. Je ne les nomme pas car je risquerais d'en oublier; d'ailleurs, vous les connaissez tous. En mon nom personnel, je tiens à remercier la police et la gendarmerie de Ferdjioua. A travers elles, je remercie toutes les forces armées algériennes grâce auxquelles, aujourd'hui, on peut venir en toujours plus de sécurité dans votre pays.

Merci à tous, bienvenue à Sassenage au cours de l'année 2007.


Allocution lors de la réception du 1/12/2004

Publié le 04/03/2008 à 12:00 par georgeslondiche
Réception, du premier décembre 2004, organisée par la municipalité de SASSENAGE au retour de mon premier séjour à Ferdjioua.

Quelles que soient vos raisons d'être ici ce soir , merci à vous tous.
Votre présence témoigne de l'intêrét que vous portez à l' Algérie , ce pays à la fois , assez loin et tout proche aussi bien humainement que géographiquement .
Monsieur le Maire , je vous remercie d'avoir pris l'initiative de cette soirée.
Monsieur le Consul , je vous remercie d'avoir accepté de l'honorer de votre présence.
Monsieur le Maire et Monsieur le Consul , je vous remercie , tous les deux , pour la confiance que vous m'avez faite , en toute connaissance , il est vrai , car vous fûtes parmi les premiers lecteurs de " Guerre et " guerre " d' Algérie.
L' objet de cette soirée n'est pas de faire la promotion d'un livre cependant , pour que les choses soient bien claires pour tous , je dois parler des raisons qui m'ont poussé à l'écrire car, sans ce livre , je ne serai peut-être pas retourné en Algérie .
En 2000 , s'est ouvert en France , un débat sur la guerre d' Algérie.
Emission de radio , télévision , presse écrite ont multiplié interventions et débats .
Débats utiles autant que nécessaires mais qui le plus souvent , viraient vite aux passions débridées.
Je passe sur les énormités , exagérations , mensonges même , entendus ou lus .
Dans le livre , j'en dénonce quelques uns et particulièrement celui consistant à faire passer les combattants algériens pour des hordes d'abrutis manoeuvrées par des hommes avides de pouvoir .
Mes enfants m'interrogeant sur cette guerre et sur mon comportement durant mon service militaire , c'est d'abord pour eux et mes petits enfants que j'ai pris la plume mais déja avec l' idée de rapporter en Algérie les carnets cités dans le livre .
Ou , du moins , de les rendre par l'intermédiaire de l'ambassade ou du consulat .
Le livre terminé , j'ai cherché quelqu ' un qui pourrait écrire la " quatrième de couverture"
J'ai alors pensé à ami de presque quarante ans nous avons vécu Mai soixante huit , ensemble - Pierre Boisgontier chercheur universitaire , ancien coopérant en Algérie dans les années 1963 - 1964 .
Insoumis pendant la guerre d 'Algérie , cela lui vaudra huit mois de prison mais n'entamera pas sa détermination
" Guerre et " guerre " d' Algérie ne pouvait trouver mieux pour sa quatrième de couverture .
C'est lui qui , aprés avoir lu le manuscrit , me convainquit de le publier officiellement .
Je tenais à vous le dire .
Devant les difficultés pour trouver un éditeur car ne voulant rien retirer ni même modifier de ce que j'avais écrit , je me résolu à le publier à " compte d'auteur " , c'est à dire sans le soutien d'un éditeur ni de quelque organisation que ce soit .
J' eus la chance de rencontrer un imprimeur qui me dit : " A votre âge , certains font une piscine dans leur jardin , d'autres , un tour du monde en avion ou en bateau , vous , vous voulez faire un livre , ça vous coûtera beaucoup moins cher " Marché conclu ! Comme ce livre parlait du combat de l' Algérie pour son Indépendance , j'ai pensé que c'était la moindre des politesses que d'aller le présenter à des représentants de ce pays .
C'est donc dans cet esprit et non dans celui de la promotion d'un livre que je suis allé frapper à la porte du consulat .
Pour la première fois de ma vie , j'allais me trouver , en quelque sorte , en territoire algérien libre . Monsieur le Consul m'a reçu , écouté , puis il a accepté le livre et m'a proposé de nous revoir deux ou trois semaines après en me promettant de me dire ce qu'il en aurait pensé .
Deux semaines plus tard , son opinion rejoindra celle de beaucoup de lecteurs qui me l'ont dit ou écrit : " C' est votre livre , ce sont vos idées , on en partage , ou on en partage pas " et il ajoutera : " Les carnets sont d'un intêrét certain pour mon pays " . Deux ans après , je faisais une demande de visa pour l' Algérie que j'allais retrouver quarante trois ans après mon service militaire, devenue une nation souveraine et respectée dans le monde .
Apprenant la date de mon départ , Monsieur le Maire me demanda de représenter Sassenege là-bas J'ai d'abord refusé , il a insisté , j'ai accepté mais en lui rappelant le but premier de mon voyage : Rendre les carnets .
Ainsi mon séjour en Algérie a-t-il comporté deux côtés L' un , historique , avec le retour des carnets , l'autre , bien d'actualité car à l'image de ce qui se fait au plan national et qui sera officialisé e deux mille cinq par un traité de coopération entre les états français et algérien . Ce retour des carnets ne s'est pas organisé en deux jours .
Il a fallu que je me mette à internet alors que je ne savais même pas me servir d'un minitel .
Ce moyen m'a permis de faire connaître mon livre en Algérie et de rencontrer l'association du " Huit Mai 1945 " , une association de Ferdjioua animée par des passionnés d' Histoire qui s'interressent aussi à l'avenir de leur pays .
Cette association m'a beaucoup aidé en m'accueillant là-bas car il est vrai que l'on ne va pas au coeur de la Petite Kabylie comme on va en Ardèche ou en Italie ni même comme à Alger ou à Constantine .
Mais , n'en déplaise à ceux des médias qui ne nous parlent de l' Algérie qu'à l' occasion de ses malheurs ou de ses difficultés , on peut aller en Algérie et j'ajoute : Il faut y aller .
Un de ses représentants , professeur dans un lycée technique , venu en France au mois d' Août avait passé trois jours à Sassenage et j'avais pu lui faire rencontrer Monsieur le Maire et Monsieur le Consul .
En remerciement de ces rencontres, l'Association du 8 Mai 45 m'a chargé de leur remettre à chacun un cadeau identique à ceux offert par la mairie de Ferdjioua à celle de Sassanage .
Il faut dire que tout autre cadeau eut été difficile à transporter . Déja que pour ceux-là , ce ne fut pas simples . Je tiens à ce que vous sachiez tous que je ne suis le porte-parole de personne et ne représente aucun parti ou organisation . Modestement ' j'entends tenir la promesse que j'ai faite à des hommes , des femmes , et des enfants de Ferdjioua , promesse qui peut se définir ainsi : Faire connaître la réalité de leur pays , l'accueil de ses habitants et contribuer à établir des rapports de compréhension et d'amitié entre Sassenage et Ferdjioua .
Cette année , pour la première fois , des Algériens et des Français ont participé activement , et ensemble , à la fête des communautés de Sassenage .
Dans leur stand , un panneaux annonçait la naissance d'une nouvelle association à Ssassenage . C'est vrai que l'accouchement est un peu long , néanmoins , aujourd'hui , le bébé a un nom : MAINS TENDUES " Mains tendues entre Sassenage et Ferdjioua , entre la France et l' Algérie .
Et en même temps , mains tendues entre habitants de notre commune .
Voila , si vous avez des questions à poser , c'est le moment mais , auparavent , Monsieur Rachid MEDDAH souhaite s' adresser à vous . Je vous remercie .

Mon premier séjour à FERDJIOUA

Publié le 03/03/2008 à 12:00 par georgeslondiche
Voyage Algérie
Ces notes prises, à chaud, pendant mon séjour en Algérie sont retranscrites des feuillets(double-calqués ) retirés d'un carnet que j'ai laissé à mon ami AMMAR à FERDJIOUA.

Samedi 30 Octobre 2004, 5 h 10 mn ( du matin ) :

Je suis incapable de dire si j'ai dormi plus d'une heure d'affilée .
Je crois n'avoir jamais autant rêvé que cette nuit qui fut pourtant bien courte. Couché à 23h, j'ai bien dû mettre une heure pour m'endormir tant je pensais à ce que je voulais faire durant ce court séjour qui, je le sentais, allait passer bien trop vite.

Quand j'écris " ce que je voulais faire " , je devrais plutôt dire " ce que j'ai promis" de faire ," à un lecteur algérien ( lecteur de mon livre ) qui m'a demandé d'apporter un rasoir électrique à son " Tonton " ( le qualificatif est du lecteur ) , qui habite JIJEL, et qui m'a demandé aussi d'aller voir sa Maman qui me remettra du miel pour le rapporter à son fils. Autre promesse faite à un ancien responsable du FLN ( Front de Libération Nationale ) pendant la guerre 1954-1962, à Grenoble, promesse d'aller rendre visite à l'un de ses amis à JIJEL, devenu sénateur .
Et, encore, une autre promesse, celle là, faîte à un lecteur français auteur d'un livre sur la guerre d' Algérie - LES EGORGEURS - et qu'il m'a demandé d'aller remettre accompagné de la lettre qu'il a écrite, à une famille de TAHER ( 18 km de JIJEL ) dont il a bien connu un membre pendant son séjour en Algérie pendant la guerre .
Trois promesses que je dois absolument tenir. Avec en plus, celle faite à l'un de mes correspondants de répondre à l'invitation de ses Parents à TAHER .
( Il s'agit de mon ami YACINE qui est parti le 26 Octobre de Taher pour venir terminer ses études en France, à Marseille). Quatre promesses à tenir, sans compter celle faite à moi-même, et qui m'a tiré du lit, de tenir à jour le fil de mes occupations jusqu'à vendredi ( jour de mon retour à Sassenage .
Comment arriver à dormir d'un sommeil profond avec ces idées dans la tête? ( De ces cinq promesses , une seule aura pu être tenue. On comprendra pourquoi, par la suit ).
En plus de ces promesses, mes pensées étaient occupées par le programme organisé par mon ami AMMAR, l'un de mes tous premiers correspondants et qui, fin Août, avait passé trois courtes journées à Sassenage, au cours desquelles nous avions réussi à trouver le temps de rencontrer l'auteur de la " quatrième de couverture de mon livre, l' ancien responsable du FLN, le Consul d' Algérie et le Maire de SASSENAGE .

Comme si il n'y avait pas assez matière à rêver avec tout ça, il y avait aussi les images de mon départ de Sassenage, le vol , le trajet CONSTANTINE - FERDJIOUA dans la voiture de mon ami AMMAR venu m'attendre comme il me l'avait promis.
Coup d' oeil sur la montre, il y aura bientôt une demi-heure que le stylo court sur la feuille .
Et vite, car le temps m' est précieux. Alors , tant pis si quelques mots ou phrases font désordre, - mauvaise orthographe et piètre français - dans ce récit qui ne comportera ni ratures, ni brouillons.
Sur ce, il est temps de livrer au carnet le récit de mes premières heures dans l' ALGERIE dont j'ai dit à une association grenobloise qui me posait cette question ainsi qu'à une vingtaine de personnes de Grenoble : "Quel regard portez-vous sur l' ALGERIE d' aujourd ' hui " qu 'un jour j'irai voir si elle était bien telle que je la voyais en ce mois de Février 2003: Debout , souveraine et courageuse. Depuis pas encore un tour de cadran, puisque l' avion a atterris à 19 heures, j'ai commencé à voir .
Avant d ' aller plus loin , cette question aux Français qui s'interrogent sur l'Algérie d'aujourd ' hui et tout particulièrement à ceux qui ne la décrivent qu'au travers de ses difficultés. Des centaines de livres ont été écrits, par des Français, sur la guerre d' Algérie . Combien de leurs auteurs sont venus ici leur livre - pour le mien, il faut ajouter un S - dans leurs bagages? Une chose est d' écrire sur l' Algérie, une autre est de venir, ici , parler de ce que l ' on a écrit. A ce propos, merci à ceux de mes lecteurs qui, auteurs d'un livre ont accepté de m'en faire parvenir un exemplaire pour le présenter ici en leur nom.
Merci de leur geste et, plus encore, de la confiance qu' ils me font.
Maintenant, retour à Sassenage car n'est-il pas mieux pour ne rien oublier de commencer par le départ de Sassenage?

29 Octobre 13 h 45,

L'avion décolle dans moins de quatre heures et il faut se présenter deux heures avant aux formalités d'embarquement.
Initialement, j'avais prévu de prendre la navette de Grenoble - aéroport de Lyon - Satolas et puis ....13h 45....
J 'attends le Maire de Sassenage qui m'a dit il y a quelques jours, alors qu ' il me remettait des présents de la ville à offrir ici, en signe d ' amitié, qu' il serait heureux de m' accompagner à l' aéroport .
C 'est le seul maire de l'agglomération grenobloise qui m ' ai soutenu dans mon projet de rapporter, en Algérie , les carnets de route d ' un combattant algérien de la guerre 1954 - 1962 .
Comme il fut le seul à honorer de sa présence la présentation de mon livre qui eut lieu dans les locaux d' une association grenobloise franco-maghrébine, au printemps 200. Pour un "écrivai " -n' oublions pas les guillemets- ce sont des faits qui ne s'oublient pas.
A noter que le Conseiller général du canton, retenu au Conseil s'était excusé.
Depuis, il y a eu la fête des communautés à Sassenage.
Sans aucun doute, pour la première fois dans l ' Histoire, le drapeau algérien a flotté, au grand jour, à Sassenage.
Avant mon départ pour FERDJIOUA, le Maire m'a proposé de représenter Sassenage pendant mon séjour en Algérie.
Comme il insistait, j'ai accepté sans pour autant, et il le sait, devenir l' un de ses soutiens politiques.
Et voilà comment le 29 Octobre à 13 h 45 ....Je l'attends. Il m'a promis d 'être là à 14 H.
13 h 50, un coup de sonnette, c' est lui .
En écrivant ces lignes, je souris en me souvenant de ses premières paroles: " Le chauffeur est là ".
' est lui qui charge la valise -31 kg 200 pour 30 kg autorisés mais "on" - des amis algériens - m' ont dit que quelques deux ou trois kilos de plus étaient tolérés.
Moins d ' une heure pour rejoindre Satolas ( l' aéroport ).
Au moment de partir en embrassant mon épouse, j'ai pensé à une autre femme, à un autre départ pour l ' Algérie, c' etait au lendemain de Noël 1958.
J'ai pensé à ma Maman qui, disparue l ' an passé, n' aurait peut -être pas été étonnée par ce nouveau départ pour l ' Algérie.
Plus le temps de se replonger dans les émotions du passé. Dès notre départ, le Maire m'a expliqué le déroulement des formalités d' embarquement.
Une fois la voiture garée, il m'a accompagné jusqu ' au guichet au delà duquel seuls les passagers peuvent aller.
Bien sûr, durant le trajet nous avons parlé un peu des derniers "événements" de Sassenage.
Je met des guillemets tant ces événements me semblent puérils par rapport à l ' Algérie.
A la semaine prochaine, Monsieur le Maire.

17 h 40 ,

L'avion décolle, moins de deux heures après -je passe sur la beauté de la mer de nuages puis sur le crépuscule semblant transformer l' horizon en une barrière de feu- nous atterrissons à CONSTANTINE. Formalités de débarquement, AMMAR est là comme il me l 'a promis.
Passage à la douane qui , sans doute, trouvant la valise un peu lourde, me demande de l'ouvrir.
Je demande au douanier de m'aider car je n'ai pas de couteaux et les ficelles de sécurité refusent de se dénouer. Aucun douanier n'a un couteaux, l'un a un briquet, ça fera l 'affaire.
Je passe sur la surprise des douaniers découvrant les livre .
Froncement de sourcils en lisant à haute voix : " Guerre et guerre ".
Un instant je me suis dit que si ils trouvaient les carnets du Maquisard, ils seraient capables -conscience professionnelle, et, pourquoi ne pas le dire? sécurité obligent- de me les confisquer mais ils sont sur moi et comme je viens d ' avoir une fouille en règle, le portique ayant sonné à cause de la valve cardiaque que je porte., ma valise est refermé avec l' aide d' un douanier.
Trente octobre,7h35, Je reprends la rédaction, de ces notes, interrompues par le petit-déjeuner.
Je reviens à CONSTANTINE que nous quittons aux environs des 20h30.

Pas loin de 100km pour rejoindre FERDJIOUA.
A l' attention de certains de mes amis français qui n' imaginent les routes de l' Algérie qu' avec du sable et des chameaux, je note que celle que nous empruntons est parfaitement goudronnée et que, grâce aux panneaux de signalisation même un Français ne se perdrait pas. Et pour cause, les panneaux sont écrit en arabe et en français.
Il fait, maintenant, nuit noire et j ' imagine que beaucoup de Français se trouvant à ma place n' y serait pas à ' aise.
Et moi? Suis-je bien à l' aise? J'en ai tellement entendu , ou lu, sur la sécurité, ou plutôt l' insécurité, en Algérie.
' espace d'un instant, cette question m'est venue à l' esprit mais je suis tellement pris par notre échange d' impressions et de projets avec Ammar que la réponse en oublie de venir .
Soudain, sur le côté droit de la route apparaissent deux ânes trottinants.
Seuls, où peuvent - ils bien aller à cette heure? Et puis quoi? Je m'attendais à trouver des barrages de police et je trouve des ânes ... Oui, je sais, il ne manquerait pas de Français pour tourner ce paradoxe en humour critique et malveillant pour l' Etat algérien.
Si cela peut leur faire plaisir qu' ils sachent que nous rencontrerons un barrage un peu plus loin.
Surprise des policiers de rencontrer un Français, présentation du passeport, quelques questions, en arabe, à Ammar et puis ...." Bienvenue chez nous ".
Nous continuons notre route, je m'étonne auprés d' Ammar de la présence des ânes sur le bas-côté de la route.
Je pense à mes compatriotes auxquels je ne cesse de dire que les sociétés française et algérienne sont différentes.
Comme s ' ils voulaient confirmer mon impression, plus d ' un automobiliste ne se soucient guère des lignes blanches. Je le fais remarquer à Ammar en lui disant, mi - affirmatif , mi - interrogatif : " C' est l ' Algérie !? ".
Dans un éclat de rire, il me répond: " Tu as raison, c'est l ' Algérie " Les ânes continuent leur route et nous la notre, nous traversons des agglomérations, villes ou villages, ce n' est pas évident au premier coup d ' oeil, ni au second car, à ce moment là, l ' agglomération est derrière nous.
Tout juste ais -je eu le temps de m' apercevoir que les cafés étaient pleins mais je n' ai pas aperçu de femme à l ' intérieur. Elles déambulent dans la rue, voilées, pas voilées, jeunes, moins jeunes et, certaines, doivent se souvenir de la France coloniale.
Au bout d' un peu plus d' une heure de route, nous arrivons à Fredjioua. L'épouse et les trois enfants d ' Ammar m ' accueillent comme si j' étais l' un de leurs parents.
Deux mots pour parler du "déballement" de la valise. Pour cela, j ' ai demandé l 'aide des trois filles de mon ami.
La plus âgée a l ' âge de ma petite fille -entre 11 et 12 ans- , j ' ai un moment de tristesse en pensant qu ' elles ne joueront jamais ensemble car, même si elles se rencontrent un jour, elles n' auront plus tout à fait le même âge qu' aujourd ' hui. Le temps passe trop vite qui les voit grandir aussi vite que se rapproche la fin de la dernière ligne droite de ma vie.

8 h 15 ,

( Nous sommes toujours le samedi 30 octobre). Ammar a emmené les enfants à l 'école et son épouse est partie à son travail.
Il est 12 h 45 au moment où je prends stylo et carnet. Ce matin, mon ami ne travaillant pas (il est professeur dans un lycée technique), nous avons fait un premier tour en ville. Tout de suite , je m ' aperçois que ma visite n ' est pas ignorée . Nous passons devant un bureau de poste et , malgré Ammar qui me dit que je pourrai téléphoner de chez lui , j ' appelle mon épouse qui , bien que ne s ' inquiètant pas , m ' a quand même demandé si je prenais bien les cachets prescrits suite à mon opération d ' une valve cardiaque .

Après , nous sommes allés rencontrer le Maire de Ferdjioua ,. Une fois de plus , j ' ai raconté l ' histoire des carnets que je lui avait mis entre les mains . Plus d ' une heurea passée pendant laquelle , plus d ' une fois , j ' ai dû m ' appliquer à maîtriser mon émotion . Pour la remise la lettre du Maire de Sassenage , elle se fera ce soir à la réception à la Maison des jeunes et , me dit le Maire , ce sera en présence du Sous - Préfet . Nous rencontrons le Sous-Préfet dans son bureau et je lui raconte la même histoire , celle des carnets . Au cours de notre discussion , comme il me demandait comment je trouvais Ferdjioua et que je lui répondais que je me refuse toujours à comparer les sociétés française et algérienne en souhaitant qu ' elles soient identiques , il me dit : " Nous sommes musulmans et vous chrétiens " . Je lui répondis que la société française était laïque et que , pour ma part , je l 'ai écrit dans mon livre , je suis athée . Avec lui aussi , nous avons parlé plus d ' heure et , au moment de se quitter il m ' a dit : " A ce soir " .

Petite promenade dans les rues pleines de monde et de voitures , ces dernières , souvent , d 'un âge " respectable " . Cet âge est l' un des aspects de la différence de nos société et il ne servirait à rien de le nier .
Comme dans les bourgs traversés hier , il y beucoup de femmes voilées .
Plus ou moins que des femmes non-voilées ? Je ne saurais le dire mais je garde une image symboliques de ces femmes .
Une image que j'aurais bien voulu fixer sur la pellicule , hélas , ici et peut - être plus qu ' ailleurs , les gens n 'apprécient pas d ' être photographiés par un inconnu .
C 'est dommage , dommage surtout pour l ' image de la femme en Algérie . Quel camouflet pour ceux qui en France , en Algérie ou n' importe où dans le monde prétendent dicter aux femmes leur tenue vestimentaire , quel camouflet que cette image que je garde en mémoire : Deux femmes , entre 18 et 25 ans , bavardant joyeusement et tenant chacune d ' une main l ' une des sangles d ' un sac de voyage peut - être plus lourd que l'une ou l 'autre d ' entre elles . Une , portait un voile qui laissait apercevoir des chevilles et des chaussures à talons hauts , trés hauts ;L' autre portait un débardeur décolleté dans les mêmes proportions que la hauteur des talons de son amie ,et un jeans comme les jeunes les affectionnent en France , longs du bas et courts , trés courts du haut . Comme le débardeur ne descendait pas jusqu 'aux hanches , on comprend pourquoi ces deux femmes étaient peut - être l ' image de l ' Algérie moderne .
En tout cas , elles se promenaient , en toute liberté , dans une rue de ce coin de l'Algérie profonde . Eusse été possible il y quelques années ? Rentrés à la maison , Ammar me propose de manger car il est déjà midi passé .
Lui ne mange pas, c 'est le carême . Moi , avec toutes ces premières émotions qui me tournent dans la tête, je ne pense plus à avoir faim mais il faut bien se restaurer un peu .
Ammar part pour le lycée , il a cours cet aprés -midi.

23 heures , pile !

Il est temps de prendre un peu de repos combien de quart d'heure vont s'écouler avant que je n'entende plus les questions et les remerciements de plus d 'une trentaine d 'anciens moudjahidine de la région et de presque autant de responsables d' associations et des jeunes -18 à 40 ans-?.Pour ce soir, je vais en rester là du récit, les idées, tout ce que j'ai vécu ce soir se bouscule trop dans ma tête . Me croira -t- on , à Sassenage, quand je raconterai cela? Certains qui me connaissent bien, oui, pour les autres, tant pis; Mes petits -enfants n' en font pas parti . Bonsoir , à demain.

Dimanche 31 octobre 5 h 28 ,

Je ne suis même pas encore sorti de la chambre pour aller aux toilettes. Je suis réveillé depuis un bon quart d 'heure, je viens de feuilleter trois quotidiens achetés hier : LA NOUVELLE REPUBLIQUE , L' AUTHENTIQUE et EL ACIL . C' est sûr, je terminerai leur lecture en France. Je devais être un peu fatigué car je ne me souviens pas avoir rêvé. Je me suis endormi tout de suite en pensant à Sassenage, à tous ceux qui ne peuvent pas imaginer l' accueil que je reçois ici. Hier, aux environs de 19 h, mon épouse m' a appelé au domicile de mon ami Ammar qui m'héberge.
Elle doit rappeler ce matin car, hier soir, à cette heure, je me trouvais, invité, chez le correspondant régional du quotidien national, LA NOUVELLE REPUBLIQUE, celui - là même qui m' avait contacté, au mois de Mars, pour me demander l' autorisation de parler de "Guerre et "guerre" d' Algérie" dans son journal.
J' avais accepté à la condition qu ' il ne se serve pas du livre ou de mon nom pour intervenir dans la campagne électorale présidentielle.
Nous avons continué à correspondre et de plus en plus familèrement, d' autant plus que son épouse a subit, il y a un mois et demie, la même opération cardiaque que moi, il y quatre ans -pose d ' une valve aortique- et que la mienne a reçu quatre pontages, il y aura deux ans dans moins d' un mois.
De tels événements, quelques soit la nationalité, la religion ou les opinions de ceux qui les vivent rapprochent les gens, établissent une sorte de solidarité, de complicité entre ceux qui ont subit, à des degrés divers, les mêmes angoisses, les mêmes souffrances et partagés les mêmes espoirs.
Et voilà pourquoi à l' heure où, de Sassenage, le téléphone sonnait chez mon ami, à l' instant où je croyais avoir terminé le repas que je prenais avec le journaliste et sa famille , je devais faire honneur à un couscous .
En France, le plat le plus copieux vient au milieu du repas. Ici, après je ne sais plus trop quoi de ça et de ça, était arrivé un plat sucré dont j ' avais cru que c 'était le dessert. Et bien non! Avant le desser composé de fruits natures, poires, pommes, raisins etc..., il a fallu passer par le couscous.

Vers la fin du repas est arrivé un gars, jeune par rapport à moi - 35, 40 ans environ- qui est professeur d' anglais au lycée local et qui connaît bien la région grenobloise mais dans laquelle il n 'est pas retourné depuis une décennie.
Il souhaite que je rencontre son Père qui fut torturé par l' armée française et qui, malgré cela, n' a jamais cessé d' aimer les Français, surtout ceux qui lui ont appris à lire.
Ce n' est peut-être pas évident à comprendre mais c'est ainsi. Beaucoup d' Algériens n' ont pas gardés que des mauvais souvenirs de ce q ' ils appellent, d' ailleurs à juste raison , l' "époque coloniale".
Au cours de la discussion, je lui ai demandé s' il serait partant pour participer au projet de relations entre Sassenage et Ferdjioua. Il souhaite que son collège corresponde avec un établissement scolaire de France alors, pourquoi pas Sassenage? Nous en étions là quand le journaliste déclara: "Il faut y aller, c'est bientôt 20 h 30 ".
Ce n était pas le couscous qui faisait une étrange impression à mon estomac. Comme souvent, les choses ne se passaient pas tout à fait comme je les avait envisagées. Il y a plus d 'un an, quand j ' ai envisagé sérieusement de ramener les carnets en Algérie, j 'étais persuadé que ce serait à TAHER, la commune du Maquisard et voilà que je me trouvais à Ferdjioua à plus de 100 km de TAHER.
J' avais souhaité établir des relations avec cette ville où j'avais au moins deux correspondants sérieux et voilà qu' ils viennent, en même temps, d' obtenir leur visa pour venir terminer leurs études en France. Il y a moins d une semaine un s'est envolé pour Marseille et l' autre pour Paris.
Ammar a prévu que nous allions quand même à TAHER via JIJEL -ou demeure la Maman de l'un de mes correspondants de France, celui qui m 'a demandé d' aller la voir au cours de la semaine. En attendant, ce soir, dans quelques instant, va se tenir une " conférence sur le livre "Guerre et "guerre" d' Algérie " "de Monsieur Georges LONDICHE ", (les guillemets sont là pour pour indiquer que ce sont les propres termes des organisateurs).
Le comble est q ' il n ' y a que quelques secondes -en écrivant ces lignes- (nous sommes toujours le dimanche 31 octobre) que je viens de découvrir que "Tout y est" . Quoi donc? Et , où ça? .

Et si, pour une fois, on commençait par la fin? Où ça?, dans la reliure présentant la "conférence.
Hier soir, je n 'avais eu que le temps de lire sur la couverture, sur fond rouge :"République algérienne démocratique et populaire ". Ce document vous est offert par la Maison des jeunes TIKOUDENNE MESBAH (c'est le nom d' un gars tombé pour l' Algérie) à l 'occasion du 50 èm anniversaire du déclanchement de la Révolution algérienne. Voilà pour la couverture de la brochure dans laquelle "tout y est". En l' occurence, "tout y est" signifie l' "essentiel". Avant de décrire cet "essentiel", je veux dire à l' adresse de ceux qui écriront sur l ' Algérie, que ce soit sur la guerre ou sur tout autre sujet, mieux vaut, pour eux, qu 'ils aient les idées claires sur ce qu 'ils écriront, au moins vis à vis de leur conscience car il peut toujours arriver que l 'on écrive une bêtise mais, dans ce cas, la différence apparaît vite entre l'erreur involontaire et le mensonge conscient. Si on a écrit n' importe quoi, en France, sur la guerre d ' Algérie, mieux vaut ne pas se pointer en Algérie devant un auditoire d 'anciens combattants de la guerre d' Indépendance car ceux-ci , même s' ils ne savent pas tous lire, savent de quoi il retourne.
Oh ! l' "écrivain" ou l ' écrivain qui aura écrit ' importe quoi rentrera intacte en France mais il aura appris, à ses dépens, ce que signifie le mot "ridicule".
Mais revenons à l "essentiel".
Il est fait de deux articles parus dans LA NOUVELLE REPUBLIQUE , de coupures relevées dans les rares articles que la presse consacré au livre et que j ' avais envoyé à mes correspondants ainsi que les articles parus dans SASSENAGE EN PAGES le bulletin municipal du mois de Septembre , articles que j'avais envoyé par internet pour , comme il est usage de dire , information et sans penser un seul instant que je les retrouverais dans une brochure distribuée à l ' occasion de cette soirée .
Imaginons un instant que j ' eusse travesti la réalité dans les messages envoyés . On peut beaucoup parler dans une assemblée , à la tribune d 'un meeting ." Les paroles s 'envolent " et , encore , pas toujours et , dans ce cas , c 'est parole contre parole .
Les écrits , eux , restent et , parfois , là où on s 'y attend le moins .
Par exemple , en Algérie . Mais remontons le temps jusqu ' à hier , un peu plus de 20 h 30 .
Nous venons d ' entrer dans la M J C .
Dans une salle décorée aux couleurs de l ' Algérie , vert , blanc frappées du croissant rouge et de l ' étoile de même couleur, je compte six rangées d ' une dizaine de chaises , une longue table est placée juste au dessous des couleurs algériennes " ça va se tenir ici " me dit Ammar . Nous retournons dans le hall où arrivent des personnes qu 'Ammar et le directeur de la MJC me présentent et de qui , ce matin , je suis incapable de me souvenir des noms et des fonctions qu ' elles occupent à Ferdjioua . Dans le couloir , en arrivant , j' ai lu sur un grand panneaux des extraits d' un livre français parlant du 8 février 1962 . J 'ai noté son titre " l ' Oublie et la mémoire " de Charlotte Nordmann . J 'ai relevé quelques passages : " Au lendemain de la manifestation , seuls l ' Humanité et Libération dénoncent la violence de la répression ..." , " ...la police charge et huit personnes trouvent la mort ..." Je n ' ai pas besoin de me pincer pour savoir que je ne suis pas dans le hall de l'Humanité ou dans celui de Libération mais dans celui d ' une maison des jeunes en Algérie . Retour dans la salle où , maintenant , toutes les chaises sont occupées et des personnes arrivent encore pendant qu ' Ammar me demande de m'installer derrière la table . S 'y installent aussi le Directeur de la M J C , le Maire de Ferdjioua , le Président de la section des anciens Moudjahidine de Mila et mon ami , le journaliste de La Nouvelle République . Ammar me glisse , en douce , "Ne parle pas trop et vas-y doucement " . J 'ai bien envie de lui répondre que Loulou - lui aussi appelle ainsi mon épouse et, de plus , croit qu ' elle est d ' origine asiatique car , hier , l ' ainée de ses filles m ' a demandé si j 'étais marié à une chinoise car m ' a - t - elle dit " Papa m 'a dit qu 'elle avait des yeux comme ça " . Et de faire un geste évocateur en tirant les coins de ses yeux en arrières . Il faudra que je prenne le temps de lui montrer quelques photos que j 'ai emmenées et dont je regrette, aujourd ' hui , de ne pas en avoir emporté plus . Bon où en étais - je ?Ah oui !...J 'ai bien envie de répondre à Ammar que Loulou m ' a fait cette recommandation plus d 'une fois . La réunion commence par la distribution du " montage - collage "que j'ai réalisé à une centaine d ' exemplaires . Il consiste en deux pages réunies qui représentent une vue aerienne de Grenoble, deux pages que j ' ai extraites d ' une brochure du comité de jumelage Grenoble - Constantine . Avant mon départ , je m ' en étais procuré deux fois 50 exemplaires pensant que cela pourrait me servir et , ce soir , c ' est le cas . A ces deux pages en est jointe une partie d ' une troisième représentant un coin de la ville et un mot du Maire de celle-çi , Monsieur Michel DESTOT Député - Maire ( parti socialiste ) .
Etant de Sassenage , j ' ai demandé au Maire de ma ville , Monsieur Christian COIGNE, de faire un mot que je placerai à côté de celui du maire de Grenoble . J ' ai aussi pensé à solliciter un mot du conseiller général du canton , Monsieur Alain CHAPLAIS ( parti socialiste ) mais , après réflexion , je me suis abstenu , cet ami venant de subir , tout récemment , une opération chirurgicale du genre de celles que le monde médical qualifie de "lourde " . Je me suis refusé à aller le déranger , sachant que déjà nombreux sont ceux qui , croyant bien faire , par leur visite - venant s ' ajouter à d ' autres - multiplient les moments pris au repos du convalescent . Pour y être passé , mon épouse et moi , savons que dans ces cas , c' est de calme que nous avons le plus besoin . Voilà , j ' ai tenu à inscrire ces précisions dans ce " carnet de séjour " car elles éclairent assez bien les rapports cordiaux que j 'entretiens avec ces trois élus . Au vu des arcanes de la politique régionale , ces précisions ne m ' ont pas semblé inutiles .
Dans la brochures de la MJC , des dizaines d ' Algériens découvrent les noms du Consul de Grenoble , des Maires de Grenoble et de Sassenage , celui de l' auteue de la quatrième de couverture de " Guerre et " guerre " d ' Algérie " dont Ammar rappelle qu 'il fut un Insoumis de la guerre d ' Algérie . Il le dit en français , après l ' avoir dit en arabe , sans doute à mon attention car je suis bien le seul à ne pas comprendre cette langue et pour cause ....A combien de Km d 'ici se trouve le premier Français ? Ensuite , je ne me souviens plus dans quel ordre ont parlé le coordinateur des Moudjahidine ( non , il n 'y a pas de faute , les Algériens ne mettant pas de " s " à ce pluriel . Pour les autres , je ne sais pas ) , le responsable de la MJC , le Maire et et d ' autres personnes dans la salle . Le Sous-Préfet , Monsieur KADRI est là . Tout à l ' heure , il m'apprendra que LEÏLA , l ' infirmière citée dans les carnets , et donc dans le livre , est toujours en vie et qu 'il souhaite que je la rencontre .
Une difficulté à cela , elle demeure près d ' Alger qui n 'est pas la porte à côté .

Jusqu'à présent , les intervenants ont tous parlé en arabe mais , maintenant , les questions que l 'on me pose le sont bien en français et je n 'aurai pas le prétexte de dire que je n'ai pas compris si je ne sais pas y répondre . En voici quelques unes au hasard :
- Pourquoi ce titre " Guerre et " guerre " alors qu ' il n ' a eu qu ' une guerre ? - Qu ' est ce qui motive votre amour ( ce fut le terme employé ) de l ' Algerie ? -Dans quelles conditions ces carnets furent - ils trouvés ?
- Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de les rapporter ?
J' ai répondu sans détours et mes réponses - il me le dira une fois que nous serons rentré à la maison -ont plus d 'une fois inquièté Ammar . Pensez-donc ! Dire que vous constatez , et regrettez beaucoup , qu 'il n ' y est pas de femmes dans l'assistance alors qu 'il y en avait dans les Maquis a de quoi surprendre dans une telle assemblée .
Je veux , dans ce " carnet de séjour " noter ma réponse à la troisième question rappelé plus haut : J 'ai indiqué ce que je dis toujours , à savoire que ce n 'est pas moi qui les avait trouvés et conservés .
J 'ai alors parlé un peu fort pour dire que dans cette salle , il y en avait peut - être qui ne serait pas nées si mon copain avait remis ces carnets au chef de section ou au capitaine Après cette réponse , le Sous - Préfet s 'est adressé à la salle , en arabe, pour lui dire que j 'avais , en écrivant ce livre , fait ce que les Algériens n' avaient pas pu faire et que les notes de ces carnets seraient précieuses pour les historiens algériens . Ne comprenant , évidemment , pas plus l ' arabe qu 'à mon arrivée, c'est Ammar qui me traduit l'essentiel de cette longue intervention .

Ce dimanche 31 octobre à 11 h 45 ,

les carnets ont été remis , officiellemnt , à Monsieur DJAMEL ZEHIR , le responsable de la Direction des Moudjahidine de la wilaya de MILA , au siège de cette direction . Informé , le Ministère des Moudjahidines a confié à Monsieur ZEHIR , la mission de faire parvenir ces carnets à ALGER où ils seront exposés dans le musée de la guerre de l ' Indépendance et mis à la disposition des historiens .
C ' est mon amie Mina , une lectrice de " Guerre et " guerre" d ' Algérie " , qui habite ALGER , avec sa Maman , qui va être contente de savoir ces carnets , enfin , à la place qu ' ils méritent .
Mina et sa Maman ont bien connues les années 1954 - 1962 .
Mina , alors toute jeune adolescente , fut arrêtée et torturée par l ' armée française et , malgré cela , elle n 'en veux pas à toute la France .
C 'est elle que me parvint , un soir de l ' année 2003, mon premier coup de téléphone d ' Algérie . Quelle ne fut pas ma surprise d 'apprendre que Mina , cette dame que je ne connaissais absolument pas avait apprécié mon livre . De plus sans l'avoir encore lu car me dit - elle " C 'est ma Maman qui l 'a lu en premier et elle m ' a dit que c 'était trés bien " .
Et moi de lui répondre " Quel âge a votre Maman ? " .
Réponse qui , pendant quelques secondes interminables , me laissa sans voix tant était forte mon émotion .
Ceux qui ont lu le livre comprendront pourquoi . Pour les autres , qu 'ils sachent que , dans ses pages , j ' ai dit , sans détours ce que je pensais de la guerre , bien sûr , mais aussi des sociétés , des religions etc .... Il est , maintenant ,17 h 45 , c' est bientôt la fin du jeûne et Ammar commence à s ' impatienter .
Je laisse carnet et stylo , heureux que le temps n 'est pas encore réussi à prendre de l ' avance sur la rédaction de ces notes de séjour .
Lundi PREMIER NOVEMBRE . En ce jour de fête nationale comment écrire cette date autrement qu 'en majuscules sans manquer du plus élémentaire respect pour ce que beaucoup d ' Algériens appellent l' " Esprit de Novembre " ? Rien à voir avec quelque " surnaturel " que ce soit mais , simplement , ce qui n 'est autre , malgré bien des embûches , des malheurs et des drames , que la poursuite des objectifs de la Révolution algérienne et la consolidations de ceux atteint , à commencer par l ' Indépendance .
Hier, - je pourrais presque écrire " il y a quelques instants " , Ammar m ' a demandé alors que je me préparais pour la nuit : "Tu n ' écris pas ? " . " Non " lui ais - je répondu " Ce soir dans moins de trois minutes , je serai endormi " . Et ce fut vrai .
J ' avais regardé l ' heure , il était 23 h 45 et nous étions bien à la veille du " 50 ème Anniversaire ". Ce matin , en ce moment, ma montre indique 5 h 8 mn . J ' ai l ' impression d ' être en Algérie depuis quinze jours . Je compte sur mes doigts en regardant mon pouce levé et en pensant " samedi " puis , idem pour le doigt suivant , et ce sera le majeur qui m ' indiquera que je n ' ai vécu que deux jours dans l ' Algérie d ' aujourd ' hui .
Une Algérie à la charnière d ' une partie du monde , partie , qui affuble - de quel droit ? - les autres , des noms de " Tiers monde " ou " Quart - monde " .
Cette partie, n ' ayant apparamment pas trouvé de fraction arithmétique à son goût s'intitule , en toute modestie , " Monde moderne " . Voilà qui m ' amène à emprunter quelques pages à ce carnets pour dire l ' impression que m ' ont fait les enfants participant à une course pédestre dans les rues de Ferdjioua .
Cette impression n 'est , sans doute , pas du goût des organisateurs mais tant pis . Elle en illustre parfaitement une autre plus générale : Celle que me fait l ' Algérie que je découvre un peu plus à chaque instant , une Algérie qui semble courir après ce monde qui se prétend " moderne " mais où sont prônées , glorifiées, avant toutes autres , les lois du marché , celles du "chacun pour soi " .
Oui , l ' Algérie que je découvre me semble , trop souvent , courir après ce " monde moderne " en s'excusant de son retard économique .
Ainsi , cette course à pieds dans les rues de Fredjioua .
Dans l ' allure - ou plutôt dans les allures car il y avait l ' " apparence " et la " vitesse " - de ces enfants courant en faisant honneur au " 50 èm anniversaire " , on devinait une joie et une fierté intérieure , seulement , voilà , derrière eux il y avait les autres et d ' autres encore derrière ceux - là .
Et là , ce n ' était plus de la fierté que l ' on voyait - plus besoin de deviner - chez eux mais du désespoir .
Désespèrés ces enfants , comme s ' ils n ' étaient pas dignes d ' honorer le 50 èm anniversaire parce que pas capables de courir plus vite que ne le leur permettaient leurs forces physiques .
Devant ces mômes , de l ' âge de mes petits - enfants qui , n 'en pouvant plus de courir , mettaient un pied devant l ' autre en tenant une main sur leur poitrine . Plus précisément , à l ' endroit où les chirurgiens interviennent quand on manque de plus en plus souvent de souffle . " Opération cardiaque " ou , encore , " à coeur ouvert " qu ' elle s ' appelle cette intervention .
Devant ces mômes , je me suis retenue de crier " Arrêtez - vous ! , Reposez - vous ! Votre pays a besoin de votre souffle , de votre coeur , de vos forces ! Ne tombez pas dans le piège de la compétition !Prenez le temps de réfléchir un peu et vous vous apercevrez que la compétition , surtout la sportive , c 'est toujours vouloir être supérieur à l ' Autre .
Ne serait - ce pas mieux de vouloir l ' aider ? Ces lignes , dont certains ne manqueront pas de se demanderont ce qu ' elles font dans les notes d ' un séjour en Algérie ,ne plairont pas à tout le monde mais, je m ' en moque . Elles ne sont pas écrites sur un coup de colère , ceux qui ont lu le livre le comprendront . A l ' adresse de ceux qui les lieront et , plus particulièrement de ceux qu 'elles auront irrités - je devine qu 'il y en aura - cette question : - Vous êtes - vous demandez , au moins une fois , pourquoi la plupart d ' entre-nous , Français , Algériens , Chinois ou de n ' importe quelle nationalité , sommes capables de citer des dizaines de noms de vedettes sportives et incapables d 'en citer une seule , de grands chirurgiens ou scientifiques , sans de longues minutes de réflexion ? Au fait , pourquoi ne sont - ils pas classés " Vedettes " ou " Stars " , ces savants à beaucoup desquels l ' humanité doit sa marche vers un avenir plus serein à condition que les humains prennent conscience qu ' ils sont condamnés à vivre ensemble ou à disparaître ? Course à pieds, compétition , vainqueurs , vaincus , applaudissements , huées , ces mots dans ce rapport de voyage .... Et ces paroles adressées à des lycéens d ' ALBI le 30 Juillet 1903 : " Le courage c 'est de chercher la vérité et de la dire ; c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques " . Celui qui les prononça fut assassiné le 31 Juillet 1914 . Il s'appelait Jean JAURES .
J 'ai cru que quelques lignes me suffiraient pour parler de cette course à pied mais les mots ont couru plus loin que les limites de Ferdjioua mais je ne le regrette pas .
Le reste de cette journée du 31 Octobre sera plus rapidement résumé bien qu ' il s'agisse d 'un hommage au PREMIER NOVEMBRE . A l ' exception de l ' intérêt des spectateurs je n ' y ai pas compris grand - chose car bien qu ' ayant vécu deux ans en Algérie et travaillé pendant plus de quarante ans avec des Algériens , je ne comprends pas plus d ' une dizaine de mots d ' arabe . Et , hier soir , c ' était la foule des grands jours venue assister à la projection d ' un film sur la " gurre d ' A lgérie " pour nous Français et la " guerre d ' Indépendance ou " guerre de libération nationale " pour eux , Algériens . Le film était en arabe et la discussion qui suivit , également .
J ' avais sommeil , de temps en temps , je m ' accordais quelques secondes pour laisser mes yeux se fermer et , alors , je sentais ma tête qui basculait en direction de mes genoux . Ammar qui s ' en apercevait , me demandais : " Veux - tu que je te rentre ? " Aller dormir ? j ' aurais bien voulu mais ....quitter la salle ? Qu ' auraient pensé ceux qui , dans cette foule , me connaissent depuis seulement quelques heures mais qui me donnent du " Monsieur Georges " dès qu ' ils me rencontrent ? Mon départ n ' aurait - il pas eu quelque chose d ' offensant pour toutes les marques de sympathie qu ' ils me témoignent à chaque fois que nos chemins se rencontrent ? Il est près de sept heures à l ' heure où j ' écris ces lignes . Nous sommes le PREMIER NOVEMBRE . A minuit pile , le drapeau algérien arrivait au sommet d ' un mât . Depuis le 19 Mars 1962 les couleurs du Front de Libération Nationale et de l ' Armée de Libération Nationale , devenue l ' Armée Nationale Populaire flottent librement sur toute l ' Algérie .

Je suis en Algérie , les carnets sont rendus .
Tant bien que mal...adroitement , je représente Sassenage .
Ce n ' est pas moi qui l ' ai voulu , c ' est le Maire , Christian COIGNE qui apprenant mon départ pour l ' Algérie , me l ' a demandé . J ' ai d ' abord refusé en lui rappelant la première raison de mon voyage : Rendre les carnets . Il a insisté , j ' ai fini par accepter .
Le temps a réussi à prendre de l 'avance sur la rédaction de ce " carnet de séjour " . Je vais d 'abord y coucher les notes prisent à Jijel et qui feront , donc , le compte rendu de cette journée .

Jijel le 2 Novembre 2004 - 4 h 35,

- Ce matin je n 'ai qu 'une feuille - nous n ' avions pas prévu de dormir à Jijel pour noter , à chaud , seul moyen de ne rien oublier des réactions que j ' éprouve devant les manifestations et les commentaires concernant ce CINQUANTIEME ANNIVERSAIRE .
Dans un grand quotidien algérien ( Le Quotidien d ' Oran ) d ' hier , pas moins d 'une quinzaine de pages étaient entièrement consacrées à des témoignages ou commentaires de personnalités françaises réputées pour leurs connaissances de l ' Algérie ou pour le soutien qu ' elles ont apporté à sa cause . A la lecture de l ' une de ces pages , il ressort , essentiellement , que l'Algérie aurait trés peu d ' archives écrites dans les maquis de 1954 - 1962 , ce qui , sans aucun doute , vrai . La personnalité qui déplore cet état de fait a pourtant eu , par mes soins , connaissance de l ' existence des carnets . Cela n ' a même pas éveillé sa curiosité . Certes , ces carnets sont bien modestes mais , tout de même , ils ont été rédigés en pleine guerre par un maquisard de l ' ALN . Précieusement conservés par le soldat français, qui les avait trouvés, jusqu ' à ce que cet ancien compagnon de régiment me les montre et que , réalisant leur importance pour la mémoire de l ' Algérie , je propose à mon ami d ' aller, dans un proche avenir , les y rapporter . A la fois défi et gageure , ce projet est devenu réalité . Aujourd ' hui , les carnets sont à la place qu ' ils méritent et aucune personnalité n 'est pour quelque chose dans leur retour .


Compte - rendu de la journée du 2 novembre .
Et donc , petit retour en arrière .
Ce matin , Ammar a prévu que nous allions à Jijel ( 130 km de Ferdjioua )et à Taher ( 15 km de Jijel ) deux villes où j 'ai trouvé mes premiers correspondants . De plus , Taher est la ville d ' où est monté au Maquis , l ' auteur des carnets .
Nous devions rencontrer le fils du Chaïd EL BARAKA mais il est absent car invité , en tant que président de l ' association des fils de martyrs de la wilaya de Jijel par le Président BOUTEFLIKA , à une cérémonie , à Alger , Au local de l'association , Ammar s ' étonne de ne pas avoir été prévenu de cette absence sinon , nous serions venus un autre jour .
Une discussion animée s'engage , en arabe , et au ton de sa voix , je comprends qu ' Ammar fulmine contre les amis du fils de EL BARAKA . Plus tard, Ammar me dira " Ils attendaient que le les appelle alors que leur président leur avait dit de me prévenir . Décidément , il n ' y a pas qu 'en France que , souvent , il vaut mieux faire passer soi - même ses consignes ! Il est aux environs de 14 h quand nous prenons la route du retour sur Ferdjioua Ammar fulmine contre les amis du fils de BARAKA et , plus encore , contre mes correspondants de Taher .
Nous avons parcouru déja plus d ' une quinzaine de Km quand il me dit tout de go : " Nous allons coucher à Jijel !" . Je ne cache pas ma surprise et lui fais remarquer que son épouse n ' est pas prévenue et que... Je n 'ai pas le temps d 'en dire plus que , déja , il a fait demi - tour . Il me dit qu 'il dormira chez sa tante qui habite Jijel et ajoute qu ' il n ' y aura pas de problème pour son travail ( congé ou récupération ? Je ne sais plus ) . Moi , je coucherai à l ' hôtel . " Demain , nous donnerons une autre chance à tes correspondants qui savent , qu ' en Algérie , il faut organiser les choses à l ' avance et qui n ' ont rien fait ..." Ammar est vraiment en colère et je dois reconnaître qu ' il a quelques raisons .
Dès notre retour à Jijel , nous allons retenir une chambre ( hôtel Bassorha pour ceux qui connaissent Jijel . Situé face à la mer ce doit être magnifique en saison touristique) . Je pense à deux de mes correspondants qui ont l ' excuse d ' être en France , depuis moins de dix jours , où ils vont poursuivre leurs études .Nous prenons le temps de flâner dans la ville , puis , en fin d ' aprés - midi , la pluie se met à tomber. Et ça ne fait pas semblant . Nous nous mettons à l ' abri sous l ' avancée d'une vitrine en attendant que l ' orage passe . Mais ça ne cesse pas. A la première accalmie , mon ami me dit de rester là et qu ' il va aller chercher la voiture . Je n ' ai pas le temps de lui répondre , qu 'il est déja , parti en courant .
Vingt minutes après , il est de retour avec la voiture . Il me fait signe de me dépêcher . Entre moi et la voiture , il y a le trottoir et une partie de la chaussée .
L ' eau arrive presque au niveau du trottoir .
J ' hésite un instant , un coup d ' oeil à gauche et à droite de ce mini torrent me fait vite comprendre que par où que je passe, je n ' éviterai pas le bain de pieds .
Je m ' élance , trois enjambées me suffisent pour atteindre la voiture mais il en faut moins que ça pour avoir les chaussures complètement submergées . Me voici à l ' abri , je pense à mon épouse qui m ' a dit avant mon départ : " Prend ta casquette" et à qui je n ' obéis pas toujours .
Comme dans ce cas . Et la casquette est restée à Sassenage .
Il faut me comprendre .
Si cette casquette , vu sa surface , m ' abrite bien , elle accentue l ' image du retraité que je suis . Et , cette image , ne m'avantage pas .
Bon , trêve de plaisanterie vestimentaire ( qui ne l ' est pas tout à fait ) , mon ami me dépose devant l ' hôtel . A 22 h , je dors déja quand des coups sont frappés à la porte de ma chambre . Bizarre . Bizarre car je n ' attends personne . Surpris et intrigué , sentiments forts désagréables en de tels lieux et circonstances, je me lève et vais ouvrir . Un adolescent est là qui me fait comprendre que trois personnes m'attendent en bas . Intrigué ou pas , je n ' ai pas le choix , je descends . Trois étages à pied , c 'est long quand on se demande qui peut bien nous attendre à pareille heure . D ' autant plus que je suis complètement étranger et inconnu ici . Effectivement , trois personnes sont là qui m 'attendent , assises à une table , au milieu d ' un chantier , tout le rez de chaussée de l ' hôtel étant en réfection . Bonjour ? , Bonsoir ? Je ne me souviens plus . Deux , se présentent comme journalistes .
L 'un pour l ' agence officielle de presse , l ' autre pour EL WATAN un quotidien d ' opposition au gouvernement . Je leur dit ma surprise d ' être sollicité par des journalistes à une heure pareille . Mais combien je la préfère à celle des coups frappés à la porte de ma chambre . La troisième personne est une connaissance d ' Ammar . Ce dernier , l ' ayant informé de ma présence à l ' hotel a , depuis , débranché son portable . En écrivant ces lignes ,- il est 5h30 - je réalise que , vu la situation en Algérie qui est , tout de même , sensiblement différente de celle de la France , j ' aurais , peut - être , dû leur demander plus de renseignements , leurs cartes de presse par exemple vu les différences d ' orientations politiques des journaux quand ce n ' est pas une farouche opposition entre certains et particulièrement entre EL WATAN et l ' Agence officielle de presse . Mais bon , " c' est l ' Algérie " comme dirait Ammar qui , soit dit en passant , aurait pu me prévenir de cette visite . Aprés tout , en trois jours j ' ai dû plus d ' une fois présenter mon passeport et je comprends cela parfaitement . Bref , c 'est parti , une nouvelle fois , sur l ' histoire du livre et ce qui m ' a poussé à l ' écrire . Ils me demandent s ' il est possible d 'en avoir un . Je leur répond que je n ' en ai pas ici et , d 'ailleurs , plus à Ferdjioua bien que j 'en eusse mis une vingtaine dans ma valise . Je leur indique qu ' à la sortie du livre j ' en avais envoyé un exemplaire à EL WATAN , et un à LIBERTE , deux quotidiens que l ' on trouve à Grenoble , et que je n ' avais reçu que l ' accusé de réception en retour . Sans rancune mais sans oublie . A chacun sa surprise . Le temps passe vite et il est près de minuit quand je me retrouve au lit .
Trois Novembre . Ce matin , Ammar est au travail et je vais en profiter pour " recoller " au temps qui m'a distancé hier car je n 'ai rien écrit de ce compte rendu . Hier soir ( 2 / 11 ) , c 'est un journaliste d ' ALGER REPUBLICAIN qui me fait savoir qu 'il souhaite me rencontrer . En attendant , il m ' a fait parvenir des questions en spécifiant que mes réponses seront publié dans son journal .
J ' y réponds de mon mieux puis lui fait savoir que je serais trés heureux de le rencontrer mais que je dois repartir vendredi matin . Au cas , fort probable , où je ne rencontrerais pas ce journaliste , je demande à la personne qui lui transmettra mes réponses de lui dire la surprise qui fut la mienne quand j ' ai trouvé son journal à FERDJIOUA qui , pour ceux qui ne connaissent pas cette ville , n ' est pas comparable à ALGER , CONSTANTINE ou ANNABA etc...
J ' ajoute , pour ce compte - rendu , qu 'il y avait de quoi être surpris quand on sait ce que disent ,les médias français , de la liberté de la presse en Algérie .
Revenons sur la journée d ' hier .
Nous avons tenté de joindre les Parents de l 'un de mes correspondants parti en France ainsi que l ' oncle de l ' un de mes correspondants algérien de France ou encore le sénateur ami d 'un de mes amis algériens de GRENOBLE mais en vain . A 14 h , nous mettons le cap sur FERDJIOUA . En cours de route , Ammar me propose de pousser jusqu ' à CONSTANTINE .
Sans doute , croit - il que c 'est par politesse que je lui réponds que je ne le souhaite pas car le temps presse .
" Comment ? Tu atterris à CONSTANTINE , tu repartiras de cette ville et tu n 'en n ' auras rien vu ? " C 'est , en gros , ce que me dit mon ami . C 'est vrai que je voudrais bien revoir Constantine , prendre ses ponts en photos mais ce sera pour une autre fois .
Il finit par comprendre que je peux me passer d ' une visite à CONSTANTINE . Aprés tout , je ne suis pas venu faire du tourisme .
Mais il ne sait pas que j 'ai une idée en tête . Laquelle ? va se demander celui qui lira ces lignes . Réponse dans quelques lignes . On roule , on roule , nous passons les gorges de BEN HAROUN . Ceux qui les connaissent comprendront pourquoi je le note et ceux qui ne les connaissent pas le comprendront aussi .
Dans ma tête , je reviens plus de quarante années en arrière , à l ' époque où je l ' ai sans doute emprunté cette route car mon régiment a beaucoup opéré dans cette région . Je me revois dans les camions qui nous transportaient vers de nouvelles opérations . En regardant l ' horizon de montagnes nous nous demandions toujours ce que nous allions y trouver . Surtout quand , dans le ciel , tournoyaient de drôles d ' oiseaux aux noms étranges : PIPER , T 6 etc.. Il y a longtemps qu 'une question me revient trés souvent à l ' esprit
Comment vit-on dans le djebel , aujourd 'hui ? Je me souviens de ces misérables mechtas en terre ou en pierre avec un feu au milieu pour avoir un peu de chaleur et faire cuire la maigre nourriture .
A même le sol , des nattes servant de matelas et de lits et , par endroits , des cavités pratiquées dans le sol où étaient placés des récipients en terre cuite , sorte d ' amphores servant à contenir de l ' huile , de la semoule ou autres provisions .
Certains militaires au prétexte de rechercher des armes ou que la nourriture , ainsi conservée , pourrait être partagée avec les hommes des maquis , prenaient un plaisir criminel à tout saccager , rendant ainsi les denrées inconsommables . Et les auteurs de ces actes n ' étaient pas toujours des engagés que les combats d ' Indochine ou d ' Algérie , auraient transformés en abrutis ni des harkis se vengeant sur leurs frères ou donnant libre à leur haine envers ceux qui avaient fait le choix du combat pour l ' Indépendance de leur pays .
Parmi ces soudards , il y avait aussi des appelés , des enfants de vingt ans qui se languissaient de leurs parents , de leur famille , parfois d ' une fiancée ou d 'une épouse , voire d ' un enfant .
Aujourd 'hui , ce sont de gentils grands-pères qui se rassemblent à l ' occasion des 19 mars , des 11 novembre et , depuis cette année , le 5 décembre ( date à vérifier car je n 'en suis pas certain bien qu ' elle donne lieu à une sérieuse polémique entre les associations d ' anciens combattants françaises ) .
Tous les appelés , tous les engagés et même tous les harkis ne se comportèrent pas comme de sinistres brutes mais aucun , absolument aucun , ne peut dire qu 'il n ' a rien à se reprocher de sa participation à cette guerre 1954 - 1962 .
Faut-il chercher ailleurs que dans ces reproches inavoués ou assortis de l ' excuse de la jeunesse - je pense , par exemple aux consommations non réglées au cours de virées en ville pour les moins graves - l ' explication du silence dans lequel se réfugient souvent les anciens d ' Algérie français quand on leur demande quelques précisions sur les souvenirs dont ils veulent bien parler quand ils ne le refusent pas carrément ?
Existent-elles encore ces masures qui servirent de cadre à tant de drames et de misère .
Je me souviens des bébés au visage envahi par les mouches , des enfants terrorisés par la fouille de leur maison , des regards réprobateurs des femmes et des vieillards . Quant aux hommes qui n ' étaient plus de tout jeunes adolescents et pas encore des vieillards mieux valait pour eux ne pas se trouver là et que les militaires acceptent l ' explication de leur absence par leur présence aux champs , en ville ou en France ou n ' importe où ailleurs mais pas dans les maquis de l ' ALN .
Je ne suis pas le seul à l ' avoir vu cette misère effroyable , cette misère dont mes amis algériens des Travaux publics avec lesquels j ' ai travaillé me disent qu ' elle n ' existe plus dans l ' Algérie d ' aujourd ' hui . Comment les croire sans se dire qu'ils aiment leur pays et que l ' on a toujours tendance à arranger les situations que l ' on souhaite belles ou , tout au moins , présentables ?
Pendant la guerre quand nos camions quittaient la route principale , ils ne roulaient pas longtemps sans soulever des nuages de poussière . Le long de la piste , les poteaux n ' étaient pas coupés comme , souvent , ils l ' étaient le long des routes goudronnées et , pour cause , il n ' y en avait pas . Avant mon départ , j ' ai fait part , à un ami algérien de Grenoble , de mon intention d ' aller voir si les conditions d ' existence avaient changées depuis mon retour de la guerre d ' Algérie . Il m ' a répondu : " Il faut que vous sachiez que le djebel ce n ' est pas pareil que les montagnes de France " .
Il aurait fallu être vraiment naïf pour ne pas comprendre ce à quoi il faisait allusion .
A l ' évidence , ce n ' était pas à des stations de skis qu ' il pensait quand il ajouta : " Je ne vous conseille pas de vous déplacer n ' importe où " .
Je crois bien que c ' est à partir de ce moment là que j ' ai décidé de ne pas rater l ' occasion de " savoir " si ellez se présentait . Ammar m ' avait dit qu ' il avait fait la campagne électorale dans la montagne proche de FERDJIOUA et qu 'il lui était arrivé de s ' y rendre seul . Plus clairement dit , sans escorte . Comme nous aujourd'hui . Il y a des moments où il faut savoir ce que l 'on veut et se décider trés vite.
C ' était le cas , maintenant , alors que nous arrivions à une vingtaine de Km de Ferdjioua . Me désignant la montagne , du côté droit de la route , mon copain me signala que dans cette direction il y avait un village dans lequel il s'était rendu pendant la campagne des élections présidentielles . " La route qui y mène est bientôt là , si tu veux , nous y allons " me dit - il .
J 'ai pensé à la recommandation de mon ami de Grenoble mais j ' ai aussi pensé que si nous ne quittions pas la nationale à la prochaine bifurcation , je rentrerais à Sassenage sans " savoir " .
" Va pour ROUACHED " , c ' est le nom du village .
Nous quittons la nationale et , tout de suite , la route grimpe en lacets pendant une dizaine de Km . Ne doit pas y avoir de Français qui sont venus ici depuis quarante ans ! Des guirlandes faites de petits drapeaux algériens sont tendues entre les maisons .
Un drapeau flotte au sommet d ' un mât près d ' un bâtiment , en contrebas de la route , sur notre gauche . Je crois que c'est un poste militaire mais non , c ' est une école .
Dans la rue , il y a des femmes voilées , d ' autres non
Comme à FERDJIOUA . Par contre , il y a beaucoup plus , qu ' à FERDJIOUA des hommes en uniforme , et armés autrement que d ' un pistolet à la ceinture .
En me faisant confiance , le Maire de SASSENAGE a mis la main dans un drôle d ' engrenage dont , peut - être , il ne soupçonnait pas la force du côté algérien , celui de l ' amitié . Il ne manqerait pas de Français pour dire que c ' est une amitié intéressée . Je ne le crois pas et quand bien serait - ce ; Et alors ? L ' amitié doit - elle rester au niveau d ' un beau sentiment ou ne rapporter que des difficulés ? Les difficultés , j ' en sait quelque chose . Mon livre a affronté un ostracisme incroyable en France . Ici , c ' est le contraire .
Jusqu ' au responsable de la section des anciens Moudjahidine de MILA , chargé par le ministère s ' occupant des anciens combattants , de récupérer les carnets , qui m ' en a demandé un pour les accompagner . Ce livre plus le sien plus...plus...Les bénéfices sont tout autre que " sonnants et trébuchants " mais ils sont bien réels .

Vendredi 5 novembre 2 h 28.

Je ne dors plus .
Me croira - t - on à Sassenage , quand je dirai que j 'ai débarqué , d ' un avion d ' Air Algérie , à CONSTANTINE , à 19 h le 29 octobre , que quatre heures plus tard , je m ' endormais à 100km de cette ville ?
Me croira - t - on quand je raconterai l ' accueil fait au livre de l ' ancien combattant d ' Algérie que je suis ?
Me croira - t - on quand je dirai qu il y avait , à l ' heure où j ' écivais ces dernières lignes du récit de mon séjour , moins de quatre heures que je me trouvais à la MJC où une soirée d ' au revoir avait été organisé ?
Des musiciens locaux étaient là et , parmi eux , l ' un de mes correspondants , professeur de français , peintre et....journaliste .
Oh , j allais oublier , il est aussi écrivain . Et poête de temps en temps . Si je devais faire le récit de cette semaine , une fois rentré à Sassenage je crois que ce serait trés difficile tant déja mes souvenirs s ' emmêlent dans ma tête . Les moments forts de joie , d ' émotion , de surprise , ont été si nombreux que je me félicite vraiment d 'avoir , dès le premier jour , commencé à noter ce que je vivais .
Ce fut une semaine dont les journaux français ne parleront pas .
Ce modeste compte - rendu n ' en n ' aura que plus de valeur .

3 h 10 ,

Ammar vient de me dire qu 'il est temps . Le temps d ' un café et de partir . Il ne me reste qu ' une poignée de secondes pour noter la fin de la réponse que j ' avais fait à une association de GRENOBLE qui m ' avait posé cette question, ainsi qu ' à une vingtaine de personnes de la région ,en février 2002 :

" Quel regard portez - vous sur l ' Algérie d ' aujourd'hui ?
- " J ' espère aller , bientôt, voir sur place , si elle est bien telle que je la voie : DEBOUT , SOUVERAINE , et COURAGEUSE .

Aujourd ' hui , 5 novembre 2004 , je peux écrire ces mêmes mots .
Et y ajouter ceux là : CONFIANCE , COMPREHENSION et AMITIE .