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georgeslondiche
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Evocation des années de guerre 1954-62 Regards sur l'actualité des rapports entre les deux nations.
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Blog Société
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03.03.2008
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20.08.2008
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livre Guerre et Guerre d Algerie

"GUERRE ET "GUERRE" d' ALGERIE" dans la presse algérienne.

Posté le 11.06.2008 par georgeslondiche




JE SUIS TOUJOURS RESTE PROCHE DE CE PAYS (LA NOUVELLE REPUBLIQUE (Algérie) du 6 novembre 2004.

La Nouvelle République :

En remettant les Carnets du maquisard à la veille du 1er novembre au directeur des moudjahidine à Mila, pensez-vous que vous avez réalisé l’objectif que vous vous étiez fixé ?

Georges Londiche :

Oui et dans des circonstances que je n’aurais pas osé imaginer. Quand un ancien, très ancien moudjahid que vous rencontrez dans la rue le lendemain de la présentation du livre que vous avez écrit sur la guerre 1954-1962, et qu’il vous dit que « la soirée d’hier a été très émouvante », je peux vous dire que cela remue à la fois l’estomac, la tête et le cœur.

La Nouvelle République :


Quels ont été vos premiers sentiments en retrouvant le sol algérien après l’avoir quitté il y a 43 ans ?

Georges Londiche :

Il y a 43 ans, j’ai quitté le sol algérien, mais, de fait, je suis toujours resté proche de ce pays de par ma carrière professionnelle dans les travaux publics où les Algériens sont nombreux. Durant ce court séjour, je constate que mes camarades algériens de travail ne bluffaient pas quand ils me parlaient de leur pays, même s’ils mettaient plus l’accent sur ce qui allait que sur ce qui n’allait pas, ce qui est, somme toute, bien normal. 43 ans séparent l’Algérie que j’avais connue à 20 ans de celle d’aujourd’hui. Il faut avoir connu ces deux Algéries pour mesurer le chemin parcouru depuis l’indépendance. Un exemple significatif : je suis venu de France dans un avion d’Air Algérie piloté par un équipage algérien et vendredi je repartirai dans les mêmes conditions.

La Nouvelle République :

Vous venez de passer une semaine parmi les Algériens. Avez-vous l’impression de retrouver l’image préconçue par beaucoup de vos concitoyens ?

Georges Londiche :

Cela m’ennuie de répondre à cette question. Pas pour les Algériens, mais pour les Français qui sont certes, pas tous, mais nombreux, à imaginer l’Algérie, quand ils n’y sont jamais allés, qu’avec du sable, des palmiers et des chameaux. Pour nombre de Français, anciens combattants, l’Algérie est restée le pays des djebels. Ça l’est d’ailleurs toujours et les montagnes sont toujours là ! Pour eux, c’est resté le pays de la guerre qu’ils ont connue et à laquelle, avec plus ou moins de zèle, ou sans zèle du tout, ils ont dû participer.

La Nouvelle République :

Aux Algériens, vous avez apporté un message de paix, ; quel message porterez-vous aux Français en revanche ?

Georges Londiche :

Et si on inversait la chose ? Je pense que les Algériens ne doivent pas attendre de message de paix de la France. Enfin, quoi ? Un pays colonise un autre pendant 132 ans dont sept ans de guerre pour arracher l’indépendance et aujourd’hui encore, il laisse présenter les soldats de l’ALN et les militants du FLN comme des barbares ou des ignorants, et vous voulez que l’Algérie attende un message de paix ? S’il est un message de la France que l’Algérie est en droit d’attendre, c’est la condamnation sans appel de la torture en Algérie dénoncée par de nombreux militaires français, parfois de haut rang. Quant à mes concitoyens, que voulez-vous que je leur dise ? Ma voix ne les atteindra pas. Beaucoup sauront que des Français sont venus en Algérie pour ce cinquantième anniversaire, que Bachelet a chanté à Alger et je m’en réjouis, mais très peu, quelques dizaines, sauront qu’un ancien appelé des troupes aéroportées a débarqué à Constantine le 29 octobre 2004 à 19 heures, que quatre heures plus tard il s’endormait à Ferdjioua, que le soir du 1er novembre il passait la nuit dans un hôtel à Jijel, que le lendemain il se rendait à Rouached qui a dû changer en 50 ans d’indépendance plus qu’en 132 ans de présence française, et que vendredi matin à 7h55, il quitte Ferdjioua pour s’envoler à bord un avion d’Air Algérie à destination de son pays.

La Nouvelle République :

Un dernier mot ?

Georges Londiche :

Voilà, j’ai répondu de mon mieux à vos questions et je vous remercie de m’avoir donné l’occasion de m’exprimer.

Entretien réalisé par Chérif Abdedaïm
le 6 novembre 2004.


RENDRE A CESAR CE QUI APPARTIENT A CESAR.

C’est à l’occasion de la célébration du cinquantième anniversaire du déclenchement de la guerre de libération nationale, que M.Georges Londiche, auteur du livre “Guerre et “guerre” d’Algérie” (présenté dans La Nouvelle République du 16 mars 2004), a choisi de restituer les deux carnets de route d’un combattant de l’ALN à l’Algérie, et ce, 43 ans après avoir quitté la terre algérienne. « Rendre à César ce qui appartient à César “est la devise de cet ami de l’Algérie qui était, pour rappel, un jeune appelé français, pacifiste, mais qui avait été entraîné au cours de son service militaire dans une guerre qu’il ne jugeait pas sienne et qu’il répugnait vigoureusement.
Trente-cinq ans plus tard, il rencontre un ex- ami du contingent qui lui remet deux carnets de route qu’un combattant de l’ALN avait sans doute oubliés dans une cache et qu’il avait trouvés au col de Selma, en 1960. Cet ami de Londiche, pacifiste de surcroît, les avait dissimulés.
“J’ai découvert les carnets dans une cache et c’est consciemment que je les ai gardés”, déclare-t-il dans une lettre adressée à Londiche avant son départ pour l’Algérie.
Un geste qui ne peut être qualifié que de “noble”, étant donné qu’il avait permis, à l’époque, d’épargner beaucoup de vies dans la région de Jijel, Taher et El Milia. Les écrits de ce moudjahid, dans un français parfait, avaient éveillé les souvenirs de Londiche au point de mener, à travers ses écrits, un pseudo-dialogue avec le “maquisard” en question, faisant intervenir, parfois, des historiens, des politiciens, des militaires, des journalistes, etc. Un pseudo-débat où l’auteur médite sur les rapports humains et l’injustice aveugle motivée par un obscurantisme total.
Des souvenirs, également, où l’objectivité l’emporte sur toute autre considération. dévoilant ainsi l’intention colonialiste “euphémisée”, le général pamphlétaire Bigeard, sous le slogan, “pacifiez l’Algérie”, dénonce également les supplices infligés par les Aussaresses et consorts à un peuple qui ne demandait pourtant que le respect de sa liberté, de sa dignité.
Sincère dans ses propos, il n’a fait que ce qui lui avait paru juste.
Rendre les carnets à l’Etat algérien et retrouver son pseudo-ami “maquisard”, à travers sa famille, étaient les deux soucis de Londiche. Ainsi, et après de vaines démarches, sollicitant des associations et divers organismes, le moment propice est venu, pour l’accomplissement de ce noble geste envers la nation algérienne, en ce 1er novembre 2004.
Une date symbolique pour cet ancien appelé qui a toujours manifesté haut et fort son respect pour “ceux qui se sont levés un certain 1er novembre”.
Un ami de l’Algérie qui, selon ses propos, est “porteur de paix” à travers le message de M. Christian Coigné, maire de Sassenage (environs de Grenoble), et où la compréhension, la coopération et la connaissance mutuelle des différences culturelles, “sans jugement aucun”, demeurent le prix de la paix.
Croyant sincèrement à la rencontre entre les deux “rives”, ce vieux maçon à la retraite, fier d’avoir manipulé la truelle, pense avoir fait son devoir à travers cette action qu’il considère, modestement, à la portée de tout un chacun, et qui, par ce geste honorable, a contribué à la restitution de l’histoire dans son authenticité.
Une histoire qu’aucun faux témoignage ne saurait démentir.
Par ailleurs, à Ferdjioua, après avoir été reçu par les autorités locales dans la journée du 30 octobre, M. Londiche a également animé, dans la soirée de la même journée, une conférence-débat à la maison de jeunes Tikoudane-Mosbah.
A cette occasion, et en présence d’une centaine de personnes, (autorités locales, anciens moudjahidine et autres citoyens), l’auteur de “Guerre et “guerre” d’Algérie”, profondément ému par l’accueil fraternel qui lui a été réservé, a tenu à remercier l’Algérie pour sa réponse à l’appel qu’il a lancé il y a deux ans environ. Puis vint le moment de la présentation de son ouvrage.
Un ouvrage que des maisons d’éditions françaises avaient refusé de publier “tel qu’il était écrit”.
Bref ! un livre qui dérange et qui a été finalement publié à compte d’auteur.
La soirée s’est achevée sur un débat marqué par la sincérité, la franchise et beaucoup d’émotions, avant la remise de cadeaux symboliques à cet hôte de l’Algérie, par les autorités locales, l’Association du 8 mai 1945, et la maison de jeunes Tikoudane-Mosbah.
A cette occasion, M. Londiche a également remis au président d’APC de Ferdjioua, un message avec un cadeau symbolique de la part du maire de Sassenage. Un premier pas vers un éventuel jumelage. Il tint à préciser :
Ce que je souhaite, c’est de rencontrer, enfin, des compagnons du maquisard, des membres de sa famille.
Ce que je souhaite c’est de vivre aux côtés du peuple, des “petits”, de ceux que l’on n’entend pratiquement jamais s’exprimer dans les médias et que, lorsqu’ils le font dans les urnes, certains médias nous disent qu’ils ont été manipulés ou trompés, Comme si les “petits” n’étaient pas capables de voir la réalité des choses, de réfléchir et de prendre leurs responsabilités.
1er novembre 1954… 8 avril 2004… Les “petits” ont parlé.

02 novembre 2004
Chérif Abdedaïm




“Guerre et “guerre” d’Algérie” de Georges Londiche Un livre qui dérange ?
Journal Nouvelle Republique du 16/03/2004

Tels ont été les précieux supports qui ont éveillé les souvenirs de l’auteur, devenu vieux maçon à la retraite, dans un ensemble de questionnements ouvrant un large débat sur une guerre que des hommes de paix auraient refusée.
“Guerre et “guerre” d’Algérie” de Georges Londiche est un travail de mémoire, l’un des rares à donner directement accès à la parole d’un maquisard algérien. Soucieux de retrouver l’auteur de deux carnets de route d’un combattant algérien, Georges Londiche, dans cet ouvrage, exhume “des carnets qui témoignent d’un jeune homme, père de famille, possédant une maîtrise de l’orthographe et qui, manifestement, ne rêvait que d’une chose : que soit reconnue la dignité de son pays”, écrivait Pierre Boisgontier (chercheur universitaire à la retraite) dans la quatrième de couverture du livre de Londiche. Une œuvre où l’auteur, dans une écriture dénudée de toute fioriture romanesque, cherche à ce que “lumière soit faite sur ce drame”.
A l’époque, jeune appelé venu passer son service militaire en Algérie, un des amis de contingent de l’auteur découvre deux carnets de route qu’un “maquisard” (terme employé fréquemment par l’auteur) algérien a sans doute oubliés dans une cache. Conscient des conséquences gravissimes que pourrait éventuellement entraîner leur découverte par les militaires français, il les a soigneusement dissimulés pour enfin les remettre 35 ans plus tard à Londiche qui, à son tour, attendra cinq années pour “déterrer” ces carnets dans “Guerre et “guerre” d’Algérie”.
Des carnets que Londiche souhaite restituer à l’Etat algérien et qui ont donné cours à ce débat auquel il fait participer un maquisard de par ses notes quotidiennes, de référant également à des écrits de journalistes, écrivains, historiens, hommes politiques, militaires… “J’aurais aimé écrire ces pages avec d’autres appelés ou d’autres personnes.
J’ai pourtant sollicité des concours.
En vain. J’aurais même accepté qu’elles ne disent pas les mêmes choses ni de la même façon pourvu qu’elles soient sincères”.
Des notes de guerre d’un maquisard algérien ranimées par des souvenirs de “guerre” d’un appelé. “Une réflexion sur ce passé et ses conséquences sur l’actualité”, nous dit l’auteur dont la voix a tonné, en automne 2001, pour “faire entendre ce qu’à travers ses notes journalières nous dit un de ceux dont les voix portent rarement jusqu’en France”.
Et c’est ainsi que “deux mains auront écrit ces phrases”.
Deux destins dont les “routes se sont peut-être frôlées dans le djebel de Kabylie (par là l’auteur désigne les régions de Jijel, El Milia…), mais qui se côtoient quotidiennement dans cet ouvrage. Une année de vie “connue” (du 21 juin 1957 au 5 juillet 1958) à travers ces “retrouvailles” en 2001.
Une durée qui a enfanté dans ce “curieux dialogue”, et l’auteur en convient, une certaine familiarité qui fait dire à Londiche, s’adressant à son pseudo interlocuteur, “d’ancien combattant à ancien combattant, je ne pense pas que le tutoiement soit une marque d’irrespect, aussi l’emploierai-je sans pudeur”. “Guerre et “guerre” d’Algérie, c’est également une réflexion sur la guerre sans adhérer aux “accents épiques pour décrire la vie des combattants des deux camps”, accents qui, selon l’auteur, sont le plus souvent employés pour “masquer ou exalter des situations plus glorieuses” ; et la guerre n’est jamais glorieuse.
Toujours imposée au plus grand nombre. Durant vingt-huit mois d’armée, je n’ai jamais entendu crier “Vivre la guerre”. La guerre. Ce mot, “euphémisé” par le “général pamphlétaire” (Bigeard) sous le slogan “Pacifier l’Algérie”, ne pourrait étouffer une réalité consignée par un maquisard dans ses carnets de route.
Le napalm (bombe incendiaire) et autres types de bombes déchirant quotidiennement le silence des paisibles mechtas et douars (des régions d’El Milia, Collo…) et dont seuls des regrets sincères pourraient atténuer la gravité. D’où l’emploi du mot repentance, loin de sa connotation religieuse.
“Pacifier l’Algérie” ne pourrait également faire taire les cris arrachés sous l’effet de la torture et les différents supplices (baignoires, courant électrique…) subis par les victimes des “Aussaresses” et consorts, et dénoncés à travers les méditations de l’auteur.
Faudrait-il également noter dans cet ouvrage la confrontation entre deux réalités : la “guerre” de l’auteur qu’il subissait et que, bien obligé, il faisait ; la guerre du maquisard, une guerre que 130 ans de colonialisme lui avaient imposée.
Ce que Londiche appelle aussi sa “guerre”, c’est “traquer la bête rugissante ou sommeillante qui est en chacun de nous”.
Un livre finalement intéressant à lire et qui malheureusement n’a pu connaître une large diffusion (tiré à 650 exemplaires à compte d’auteur) pour la simple raison qu’“aucune maison d’édition n’a accepté de l’éditer tel qu’il a été écrit”, nous confie l’auteur contacté par nos soins.
Est-ce un livre qui dérange ?

16 mars 2004
Chérif Abdedaïm



LES CARNETS DE L' AMITIE (DAUPHINE LIBERE du 11 décembre 2004).

En présence d'une centaine d'invités, de Rachid Meddah, consul d'Algérie, d’Alain Chaplais, conseiller général, du maire de Sassenage Christian Coigné et d'élus locaux, une manifestation officielle se tenait récemment à l'hôtel de ville pour féliciter Georges Londiche de son travail envers l'histoire de la guerre d'Algérie, encourageant l'amitié entre les deux pays.
Dans un premier temps, Georges Londiche a écrit en 2002 un livre, "Guerre et "guerre" d' Algérie" sur le conflit.
Cet ouvrage, sans avoir la prétention de détenir la vérité, retrace, après la découverte, en 1960, dans une cache, de carnets de route d'un combattant algérien, des faits historiques et vérifiables de manœuvres de part et d'autre.
Ce livre, par l'intermédiaire d'Internet, a obtenu un très bon accueil en Algérie. Toujours au moyen du Net, Georges Londiche a entrepris des recherches pour connaître l'identité de l'auteur de ces carnets afin de les restituer.
C'est ainsi qu'il apprend qu'un soldat de l'ALN dont la mort au combat est rapportée dans les carnets, a un descendant. En accord avec les élus algériens et le fils de ce moudjahidine, il a été décidé de verser ces livrets au patrimoine historique de l'Algérie où ils seront exposées dans un musée à Alger. Georges Londiche est retourné en Algérie en novembre dernier, 43 ans aprés en être parti, pour un séjour d'une semaine dans la ville de Ferdjioua près de Constantine.
Il a eu les honneurs de la presse locale algérienne.
Karim Kadri, le président d'Alliance FM à Grenoble, a également écrit un article élogieux et filmé toute la manifestation à Sassenage.
Ce qui atteste que cet événement est d'une grande importance dans les relations des deux pays.
Né en 1938, Georges Londiche, qui a effectué son service militaire en Algérie en 1958 dans les parachutistes a, dans son intervention, exposé la génèse de son parcours et remercié l'association de Ferdjioua du "8 Mai 1945" qui l'a beaucoup aidé dans sa démarche et annoncé la naissance d'une nouvelle association à Sassenage "Mains tendues". Mains tendues entre Sassenage et Ferdjioua, entre l' Algérie et la France, précise-t-il.
Il est en passe de réussir son objectif : rétablir une certaine objectivité de l' Histoire et rapprocher les deux pays.
La cérémonie de remerciements qui vient de lui être faite par les officiels en est un témoignage probant.

G T
Le Dauphiné libéré
samedi 11 décembre 2004





«Interview de Georges Londiche à ALGER REPUBLICAIN
pendant son séjour à FERDJIOUA du 15 au 31 decembre2004.


Alger Republicain :

Comment avez-vous vécu la guerre de Libération nationale en tant qu’appelé de l’armée française ?

Georges Londiche :

J’étais membre du PCF depuis deux ans et des Jeunesses communistes depuis leur créaction, en décembre 1956 quand je fus appelé le 1er septembre 1958, je fus dès le départ, pour la "paix en Algérie".
Ce fut donc bien malgré moi et sans enthousiasme que j’ai passé 28 mois sous les drapeaux, dont deux ans en Algérie, ne pouvant y échapper. Il est facile, aujourd’hui de parler de désertion mais pour le faire il fallait avoir un autre courage que le mien.
J’ai couru les djebels et tout particulièrement ceux du Constantinois (opération "pierres précieuses”, “jumelles” la semaine des barricades, etc.
Nombreux sont encore (enfin une dizaine) ceux de mes anciens camarades de section dont un sous-lieutenant appelé et un autre engagé qui m’ont écrit après avoir lu mon livre “Guerre et “guerre” d'Algérie " qui peuvent en témoigner, ne serait-ce que par une lettre que j'ai reçue. De là à citer leurs noms, il n'y a pas qu'un pas que je ne ferai pas.
Mais les lettres reçues témoignent que je n'ai jamais fait de “zèle” ni caché mon antimilitarisme qui n'a fait que grandir depuis.


Alger Republicain :

Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à faire ce témoignage ?

Georges Londiche :

La principale raison est que j'avais la chance de connaître ces carnets et que celui qui me les a montrés accepta de me les confier et de les rendre aux Algériens. J'ai voulu, en portant au grand jour ces carnets, répondre aux calomnies déversées depuis le 1er novembre 1954 sur l'ALN et le FLN, toujours présentés en France comme des tueurs barbares et ignorants.
Je vous invite à consulter un site réalisé, il y a deux ans, par des jeunes d'une ville de la région grenobloise “www.memoireaupresent.com”.
En cliquant sur le chapitre "Algérie", vous connaîtrez toutes mes raisons qui se résument dans ce mot : “Pacifiste”.
Ce qui n'empêche pas de comprendre que, souvent, les peuples n'ont pas le choix. Ce fut le cas de l'Algérie pour obtenir son indépendance.
A propos, je vous signale que je n'ai reçu aucun soutien pour m'aider à rendre les carnets. Les seuls journaux (ou plutôt, le seul journal) quotidien national qui ait parlé de mon livre est un journal algérien : La Nouvelle République. Aucun des journalistes français qui ont eu mon livre entre les mains ne m'ont fait part de réflexions, ni posé la moindre question. Alors, quand je lis, récemment, dans un journal algérien, que des Français spécialistes de la guerre d'Algérie, déplorent qu'il n'y ait pas ou plutôt presque pas d'archives écrites de la guerre côté algérien, je ne comprends pas (ou je comprends trop) leur absence d'intérêt pour ces carnets que je rapporte simplement dans le livre.
Alors que les journaux français nous disent la liberté d'expression menacée en Algérie, je suis sidéré par l'accueil fait à mon livre, par tous ceux qui en prennent connaissance.
Ce n'est pourtant pas un chef-d'œuvre de littérature et, dans ses pages, je ne cache pas mes idées antimilitaristes.
Ce livre m'a fait perdre quelques amis en France.
J'en ai gagné beaucoup plus en Algérie et depuis maintenant quatre jours, il m'arrive une chose incroyable, vue de France.
Je ne compte plus les fois où j'ai pris les médias français en flagrant délit de mensonge et certains journaux algériens n'en sont pas exempts.
Je n'ai rien écrit dans mon livre à la légère et croyez bien que je ne vais pas commencer à le faire maintenant

Alger Republicain :

En qualité d'appelé, avez-vous assisté à des scènes de torture ?

Georges Londiche :

Non, à moins que l'on ne considère comme “torture” le fait de donner un ou quelques coups à un prisonnier.
Ce que, d'ailleurs, je n'ai jamais fait.
Pour la torture, il y avait les DOP (des centres de renseignement)
Par contre, j'ai vu le bourrage de crâne des jeunes appelés. On en voit les conséquences encore aujourd'hui.
Et ce n'est pas l'accueil fait à mon livre par la Fnaca Isère qui me contredira.
Trop long à expliquer mais quand je vois dans un journal algérien, toujours prompt à critiquer votre gouvernement, la Fnaca évoquée comme un exemple, je ne comprends pas les Algériens responsables de ce quotidien.


Alger Republicain :

Pensez-vous que les témoignages sur les événemets sont suffisants pour panser les blessures et jeter les ponts entre les deux rives ?

Georges Londiche :

Bien sûr que non ! Et je pense que la responsabilité (ou l'irresponsabilité) est grande chez tous les partis politiques français qui ne font rien pour encourager mes concitoyens à venir se rendre compte sur place, et par eux-mêmes, de la réalité de l'Algérie.
Grande est la responsabilité française, mais la presse algérienne est loin d'être exempte de reproches.

Entretien réalisé
par M Al M





--

Présentation de "Guerre" et "guerre" d' "Algérie".

Posté le 26.03.2008 par georgeslondiche

Quatrième de couverture de

Posté le 13.03.2008 par georgeslondiche
UN INSOUMIS
J' ai été emprisonné pour insoumission et Georges est allé en Algérie comme l' immense majorité des jeunes de notre génération.
Au début de l' été 2001, il me fit part de son intention de porter à la connaissance publique les carnets de route d' un combattant de l' ALN et de tenter de retrouver leur auteur.
Avec une fidélité de bénédictin, il a transcrit ces carnets, tout en les commentant. C' est un travail de mémoire; à ma connaissance, un des rares à donner directement accès à la parole d' un maquisard algérien.
Ces carnets témoignent d' un jeune homme, père de famille, possédant une maîtrise parfaite de l' orthographe et qui, manifestement, ne rêvait que d' une chose: Que soit reconnue la dignité de son pays.
La relation que Georges établit à travers ce qu' il nomme les "pauses" des carnets m' a renvoyé à ma propre mémoire, lorsque j' étais infirmier parachutiste.
Durant mes péré grinations à Pau, Toul, Mourmelon puis la prison militaire de Metz, j' ai entendu bien des confessions, bien des récits à faire frémir mais aujourd'hui la "france" a amnistié et Monsieur Aussaresses revendique le droit à la torture.
Dans les années 1963-1964,j' eus la chance de travailler en Algérie, dans le cadre de la réforme agraire, avec une équipe de dix anciens maquisards dont l' un d' eux avait survécu à la célèbre opération "Jumelle", terré dans un trou pendant dix jours, en buvant son urine.
C' est en souvenir de tels témoignages, restés ignorés, que j' ai accepté la proposition de Georges d' écrire la IVe de couverture de son livre.
Comme je lui faisais remarquer qu' il pourrait trouver une personnalité plus en vue pour aider au renom de Guerre et "guerre" d' Algérie, il me répondit qu' il préférait l' avis d' un insoumis. Ainsi à la dernière page du livre de Georges se cotoient, par delà leurs différences, l' Appelé, le Maquisard et l' Insoumis.
Hier, 1954-1962: "maintien de l' ordre" en Algérie. Aujourd' hui: "maintien de l' ordre en Palestine. En pensant au refus de quatre cents militaires isréliens d' y participer (lettre publiée par le journal HAARETZ du 1er/04/202 et LE MONDE du 5/04/2002), j' ai apprécié le commentaire de Georges citant Prévert: "Quelle connerie, la guerre". Celle des puissants; les autres, telles la lutte pour l' indépendance de l' Algérie ou d' un état palestien, étant le combat légitime des "Fells", des "Rebelles", des "Hors-la-loi"......et des Insoumis.
Pierre Boisgontier. Chercheur universitaire à la retraite. Appelé de la 59 2/a qui déposa l' uniforme après avoir eu connaissance du rôle que l' Armée faisait tenir à des infirmiers dans la réanimation de prisonniers torturés.

Un livre qui dérange?

Posté le 12.03.2008 par georgeslondiche
Article paru, dans le quotidien national algérien "LA NOUVELLE REPUBLIQUE", le 16 Mars 2003.
"Guerre et "guerre" d' Algérie" de Georges Londiche.

UN livre qui dérange?
Des notes écrites par un combattant algérien dans la douleur et la souffrance, la faim et la soif que même un ragoût de pommes de terre ou un verre de lait ne sauraient apaiser ou étancher, hormis l' espoir dont se nourrissait ce combattant en anticipant sur l' heure de la libération.
Tels ont été les précieux supports qui ont éveillé les souvenirs de l' auteur, devenu vieux maçon à la retraite, dans un ensemble de questionnements ouvrant un large débat sur une guerre que des hommes de paix auraient refusée.
"Guerre et "guerre" d' Algérie" de Georges Londiche est un travail de mémoire, l' un des rares à donner directement accès à la parole d' un maquisard algérien.
Soucieux de retrouver l' auteur de deux carnets de route d' un combattant algérien, georges Londiche, dans cet ouvrage, exhume "des carnets qui témoignent d' un jeune homme père de famille, possédant une maîtrise de l' orthographe et qui, manifestement, ne rêvait que d' une chose: Que soit reconnue la dignité de son pays", écrivait Pierre Boisgontier (chercheur universitaire à la retraite) dans la quatrième de couverture du livre de Londiche. Une oeuvre où l' auteur, dans une écriture dénudée de toutes fioritures romanesque, cherche à ce que "lumière soit faite sur ce drame".
A l' époque, jeune appelé venu passer son service militaire en Algérie, un des amis de contingent de l' auteur, découvre deux carnets de route qu' un "maquisard" (terme employé fréquemment par l' auteur) algérien a, sans doute, oublié dans une cache. Conscient des conséquences gravissimes que pourrait entraîner leur vdécouverte par les militaires français, il les a soigneusement dissimulés pour, enfin, les confier, 35 ans plus tard, à Londiche qui, à son tour, attendra cing années pour "déterrer" ces carnets dans "Guerre et "guerre" d' Algérie". Des carnets que Londiche souhaite restituer à l' Etat algérien et qui ont donné cours à ce débat auquel il fait participer un maquisard de par ses notes quotidiennes, se référant, également, à des écrits de journalistes, écrivains, historiens, hommes politiques, militaires.
"J' aurais aimé écrire ces pages avec d' autres appelés ou d' autres personnes. J' ai pourtant sollicité des concours. En vain. J' aurais même accepté qu' ils ne disent pas les mêmes choses, ni de la même façon, pourvu qu' ils soient sincères".
Ces notes de guerre d' un maquisard alhérien ranimées par des souvenirs de "guerre" d' un appelé.
"Une réflexion sur ce passé et ses conséquences sur l' actualité", nous dit l' auteur dont la voix a tonné pour "faire entendre ce qu' à travers ses notes journalières, nous dit un de ceux dont les voix portent rarement jusqu' en France".
Et c' est ainsi que "Deux mains auront écrit ces phrases". deux destins dont les "routes" se sont peut-être frôlées dans les djebels de Kabylie (Par là, l' auteur désigne les régions de Jijel, El Milia...) mais se côtoient quotidiennement dans cet ouvrage. Une année de vie "connue" (du 21 juin 1957 au 5 juillet 1958) à travers ces "retrouvailles" en 2001. Une durée qui a enfanté, dans ce "curieux dialogue", et l' auteur en convient, une certaine familiarité qui fait dire à Londiche, s' adressant à son pseudo interlocuteur, "d' ancien combattant à ancien combattant, je ne pense pas que le tutoiement soit une marque d' irrespect, aussi l' emploirai-je sans pudeur".
"Guerre et "guerre" d' Algérie" est, également, une réflexion sur la guerre sans adhérer aux "accents épiques pour décrire la vie des combattants des deux camps", accents qui, selon l' auteur, sont le plus souvent, employés pour "masquer ou exalter des situations peu glorieuses. Et la guerre n' est jamais glorieuse, toujours imposée au plus grand nombre. Durant vingt-huit mois d' armée, je n' ai jamais entendu crier "Vive la guerre".
Ce mot, "euphémisé" sous le slogan "Pacifier l' Algérie", ,ne pouvait étouffer une réalité consignée par un maquisard dans ses carnets de route. Le napalm (bombe incendiaire) et autres types de bombes déchirant quotidiennement le silence de paisibles mechtas et douars et dont seuls des regrets sincères pourraient atténuer la gravité. D' où l' emploi du mot "repentance", loin de sa connotation religieuse. "Pacifier l' Algérie" ne pouvait, également, faire taire les cris arrachés sous l' effet de la torture subis par les victimes des "Aussaresses" et consort et dénoncés à travers les méditations de l'auteur.
Faudrait-il, également, noter, dans cet ouvrage, la confrontation entre deux réalités: La "guerre" de l' auteur qu 'il subissait et que, bien obligé, il faisait et la guerre du maquisard, une guerre que 130 ans de colonialisme lui avait imposée?
Ce que Londiche appelle aussi sa "guerre", c' est "traquer la bête rugissante ou sommeillante qui est en chacun de nous".
Un livre, finalement, intéressant à lire et qui, malheureusement, n' a pu connaître une large diffusion pour la simple raison qu "aucune maison d' édition n' a accepté de l' éditer tel qu'il a été écrit" nous a confié l' auteur contacté par nos soins.
Est-ce un livre qui dérange?

Article du quotidien LE DAUPHINE LIBERE du Lundi 23 Juin 2003

Posté le 12.03.2008 par georgeslondiche

Georges Londiche auteur du livre "Guerre et "guerre" d' Algérie.
Dans son ouvrage, il délivre un autre regard sur la guerre d' Algérie, à partir des carnets de guerre d' un maquisard algérien.

Depuis la sortie de son livre voici un an, Georges Londiche multiplie les occasions de parler de cette guerre d' Algérie qu' il ne regarde pas comme bon nombre, d' où son titre "Guerre et "guerre"...."
Ce maçon, Ardéchois de naissance, engage volontiers le dialogue sur cette période délicate que fut la guerre d' Algérie.
Sans vouloir convaincre, car très respectueux des idées de chacun, il propose son point de vue. Il a bâti son ouvrage à partir des notes de guerre d' un maquisard algérien et de son propre vécu d' appelé du contingeant envoyé là-bas.
On pourrait dire qu' il s' agit d' un ouvrage du temps puisque les notes du maquisard algérien sont restés.....40 ans dans un tiroir avant d' être ressorties de l' ombre puis éditées. Elles avaient été trouvées, lors du conflit, cachées dans une mechta, par un Drômois, compagnon d' arme de Georges Londiche.
Voici trois ans, lors de retrouvailles entre les deux hommes, le Drômois a montré les deux petits carnets à l' Isérois.
Aujourd' hui, rassemblées dans un livre, ces notes donnent un éclairage et un témoignage intéressants sur une période qui n' est pas cicatrisée, loin de là.
S' il a fait son devoir de mémoire, Georges Londiche s' est fixé une autre mission: Faire retraverser la Méditerranée aux deux petits carnets de notes de guerre, pour qu' ils soient rendus à son auteur, à ses proches ou à son pays.
Les contacts sont engagés dans ce sens, mais la tâche n' apparait pas si facile.

Pourquoi ce livre

Posté le 09.03.2008 par georgeslondiche
Au printemps 2002,


Ne se reconnaissant, que très rarement, dans les images que les médias donnent, trop souvent, des anciens combattants d'Algérie. Georges Londiche publie "GUERRE ET "GUERRE" D' ALGERIE".

Convaincu que Jacques Prévert a eu raison d'écrire "Quelle connerie la guerre", il n'en pense pas moins que cette "connerie" fut toujours imposée aux peuples voulant se libérer de la société coloniale.
Pour lui, il n'y a aucune gloire ou reconnaissance morale à revendiquer pour avoir combattu en Algérie.

Appelé de la classe 1958, il évoque quelques souvenirs significatifs de ce que fut sa vie de soldat.
Il exprime aussi son point de vue sur les conséquences malheureuses que ces années de guerre et de "guerre" ont eu sur la société française, conséquences qui perdurent aujourd'hui.

TEMOIGNAGES PARUS DANS LE QUOTIDIEN L' HUMANITE NOVEMBRE 2000.

Posté le 06.03.2008 par georgeslondiche
16 Novembre 2000 - INTERNATIONAL

Guerre d'Algérie. De nombreux appelés arrivent à rompre le silence et témoignent de ce qu'ils ont vu, fait ou vécu.


Ces terribles aveux des soldats d'Algérie


" Il "...

Printemps 1960. Quelque part dans un djebel de grande Kabylie. " Il " nous avait promenés de cache en cache. Vides. Nous avions partagé un peu de nos rations avec " lui ". " Il " était resté entravé dans ses liens pour passer la nuit. Radio de la section. J'eus connaissance au petit matin de l'ordre transmis au chef de section. Message codé : " Mangez le saucisson ". C'était la voix du capitaine commandant la compagnie A du 1er RCP. Nous nous mîmes en route. " Il " portait la musette du chef de section. " Il " était retenu à l'un d'entre nous par une corde de deux mètres. " Halte casse-croûte ", lança le chef en récupérant sa musette. Puis tout alla vite. " Tourne-toi ", dit-il au prisonnier en lui désignant le ravin que nous longions. Surpris, " il " sembla mettre une fraction de seconde à comprendre. " Il " se tourna. Face au ravin. Le chef arma sa carabine US. Le bruit, pourtant léger, que fit la culasse fit se retourner la tête du prisonnier vers nous. La carabine était déjà épaulée et le mettait en joue. Sans un mot, " il " se retourna vers le ravin. Pensa-t-il, à cet instant, courir dans le ravin ? Pensa-t-il " à quoi bon " ? Il rentra la tête dans les épaules comme quelqu'un qui s'attend à recevoir un coup. Ultime réflexe de vie. Une détonation, une tête qui éclate, une cervelle qui se répand sur le sol et le copain - surpris lui aussi car tout est allé si vite - qui tient encore la corde. Questions : cette exécution, cet assassinat hante-t-il la conscience du chef de section ? Combien en avait-il exécuté, de l'Indochine aux djebels ? Etait-ce lui le plus responsable ? " Il " avait, sans doute une famille, des amis. Ont-ils su comment " il " a disparu ? [...]

Georges Londiche.

Sassenage (Isère).


Pour " s'amuser " !.

L'appel national contre la torture en Algérie me rappelle de douloureux souvenirs, et je le signe. J'ai été rappelé au printemps 1956. On nous parlait de " pacification " et d'une poignée de rebelles à mâter en quelques semaines. Entre la gare de Nancy à Marseille, nous avons manifesté en tirant sur les sonnettes d'alarme pour arrêter les trains. Sur le bateau, nous avons été mis en fond de cale et placés, en Algérie, dans une compagnie dite disciplinaire, c'est-à-dire au combat aussitôt. Deux jours après, lors d'un accrochage, nous avons eu un tué, un rappelé comme nous. Notre compagnie a remplacé une compagnie de paras à la ferme Berton près de Kenchela dans les Aurès. La chambre de torture avec gégène électrique existait. J'ai vu, oui j'ai vu, un jeune blessé du FLN recevoir des coups de pelle sur la tête, un autre se faire écraser les pieds avec un bidon d'essence plein. J'ai vu mourir à côté de moi deux vieux paysans dans les champs, tirés comme des lapins par un officier, " pour s'amuser ", a-t-il osé dire !.

Retour d'Algérie, je suis rentré cassé, meurtri, tétanisé. Les horreurs étaient dans les deux camps. Personnellement, je n'ai pas vu de gens égorgés par le FLN, mais je sais que l'on en parlait là-bas et que ça existait. J'avais vingt-quatre ans en 1956, je militais aux Jeunesses communistes depuis 1949 (UJRF à l'époque), et j'étais membre du PCF depuis 1952. Quelques très rares jeunes communistes, comme Alban Liechti, ont choisi l'insoumission. Je m'en souviens. La ligne du PCF n'était pas celle-ci : le PCF recommandait avant tout à la jeunesse de lutter en France et partout pour l'autodétermination du peuple algérien. Ça a été aussi mon choix politique personnel. … tort ou à raison, l'insoumission ou la désertion me semblaient anarchisantes [...]

Maurice Sauvage

Reims (Marne)


Funeste engrenage

Je m'associe à l'appel des douze personnalités condamnant la torture en Algérie en Algérie. Appelé au 1er RHP en novembre 1959, j'ai été libéré début mars 1962, juste avant le cessez-le-feu du 19 mars. Humiliation de la population, brimades, saccages, tortures, mutilations de personnes : enfin, nous pouvons, nous devons témoigner, regarder devant nous au lieu de ressasser sans cesse dans notre coin ce qui a été le malheur de notre jeunesse gâchée. Hussard F. coupe l'oreille d'un " fel " ; chef G. abat de manière sommaire un suspect d'une balle dans la tête ; gégène, pendaison, traque, que sais-je encore... Putsch de 1961 où les appelés, dont j'ai fait partie, ont réagi vigoureusement pour affirmer leur fidélité à la République. Etudiant à Vannes, j'avais lu la Question d'Henri Alleg, signé une pétition pour demander la libération de prison d'Armand Guillemot, élu de Lorient je crois, qui s'était opposé à l'envoi du contingent en Algérie. Mais une fois que nous étions incorporés dans ce régiment parachutiste, l'action psychologique, les brimades ont souvent eu raison de la résistance de nombre d'entre nous, sinon de nous tous.

Les corvées, l'instruction où l'on nous parlait de l'Indochine " que les politiques nous ont fait perdre "... L'entraînement poussé, l'action psychologique (" Vous appartenez à un corps d'élite ") ont fait une machine à combattre de tous ces appelés qui, à vingt ans à peine, quittaient leur famille, une fiancée avec quel espoir de retour et pour le bénéfice de qui ? [...] . Nous sommes nombreux à ruminer notre guerre qui a apporté de graves séquelles morales et physiques. Il est plus que temps de s'expliquer et de lever la tête pour demander la vérité, la crier à la face de ceux qui portent la responsabilité, c'est-à-dire les politiques de l'époque qui ont couvert cette ignominie et ceux qui ont agi, les chefs militaires qui nous ont fait devenir des tortionnaires. Pour que d'autres générations ne connaissent pas de tels malheurs, il faut porter témoignage.

Michel Mahieux

Presles-en-Brie (Seine-et-Marne)


Chasse à l'homme

Est-ce que ne pas faire de prisonniers peut s'apparenter à de la torture ? Je pense que oui. Voilà les faits, vous jugerez. Un jeune du contingent appelé à " faire son temps " est envoyé en Algérie. Très bon chasseur, il est affecté à une unité qui se battait. Autant il aimait chasser le lièvre ou le perdreau, autant il détestait chasser l'" homme ". Et plus encore lorsque l'échauffourée était terminée, le chef disait : " Pas de prisonniers " et il ordonnait à ses soldats de tuer de sang-froid. Certains acceptaient, d'autres ont toujours refusé, dont ce jeune, mais il en est resté marqué. Pendant vingt-sept mois, il a connu ce cauchemar. La France a martyrisé non seulement les Algériens, mais aussi ses propres enfants. Il est bon de s'en souvenir. Je suis hors du sujet, peut-être, mais je le dis autour de moi - je vous le dis aussi - toutes les guerres sont horribles et j'espère qu'un jour cela s'arrêtera. Mon père le rêvait, je le rêve aussi.

Josette Grangeon

Valréas (Vaucluse)


Le bataillon de Corée

J'étais dans le bataillon de Corée à Oued Zenati (à 30 kilomètres de Constantine), bataillon commandé par un disciple de Le Pen, le colonel de Seize. La torture, telle que décrite par Henri Alleg dans la Question, je l'ai côtoyée. Le local de torture se trouvait dans la ferme Lecas. Il était contigu à une chambre où se trouvaient avec moi une dizaine de soldats. La torture se faisait tous les jours et bien souvent jusqu'à tard le soir. Les excréments rentraient par le dessous de la porte dans notre chambre. Devant nos protestations, ils ont bouché au béton. Mais les tortures se poursuivaient et nous entendions toujours les cris de douleur, ainsi que les voix des tortionnaires qui s'acharnaient sur leurs victimes. Nous avons poursuivi nos protestations, malgré les menaces de mort de certains engagés. Ils ont fini par changer le lieu de torture. Je tiens à dire qu'aux séances de tortures participaient notamment le responsable des renseignements de la région, mais aussi les capitaines Dubois et Sellier, qui dirigeaient chacun une compagnie. Le bataillon de Corée était un corps de tortionnaires dans lequel se trouvaient nombre d'engagés dont certains avaient les tatouages de la SS. Ils avaient participé à toutes les guerres coloniales Ces bêtes immondes, c'est bien comme cela qu'il faut les appeler, s'étaient fait la spécialité de " déguster " les oreilles de " fellaghas ", certains étaient rétrécisseurs de têtes qu'ils posaient sur le haut de leur frigidaire comme un trophée. C'était l'horreur, j'ai toujours en tête trois souvenirs dramatiques.

Le premier, c'est le surlendemain de notre arrivée dans ce bataillon. Nous sommes réveillés à quatre heures du matin, on nous a demandé de nous préparer, on nous fait monter dans un camion : au milieu, on avait entassé une vingtaine d'Algériens. Nous avons parcouru une vingtaine de kilomètres et le camion stoppa enfin, en plein djebel. Un officier fit descendre les soldats équipés d'une mitraillette, puis les prisonniers. Je commençais à comprendre. L'officier leur demanda de partir, puis de courir et, dans le même mouvement, ordonna à ceux qui avaient une mitraillette de tirer jusqu'à l'extermination complète. C'est ce qu'ils appelaient les " corvées de bois ". Heureusement pour moi, j'avais une carabine, j'étais donc exclu de ces corvées effroyables. Le deuxième, c'est ce patriote algérien torturé pendant plus de dix jours qui, malgré l'eau, les coups, la gégène a continué à sourire à ses bourreaux sans livrer ses camarades. Ce héros a été achevé d'une balle dans la tête. Le troisième, c'est une image vraie qui restera toute ma vie dans ma tête, de ces deux jeunes femmes mortes, serrant chacune dans leurs bras leurs bébés morts, au milieu de la cour d'une mechta calcinée, où sortait encore, de leurs vêtements qui se consumaient, de la fumée. Dans mon souvenir, cette image prend d'autant plus de relief que c'était la fin d'après-midi, avec en arrière-plan un magnifique coucher de soleil. Cet après-midi-là, dans la région de Guelma, tout ce qui vivait avait été exterminé, y compris les femmes enceintes, après qu'elles eurent été souvent violées. C'est une honte pour la France de s'être comportée comme ça [...]

Je n'ai pas beaucoup parlé de ce passé. Il n'y a pas de mots assez forts pour décrire l'horreur. J'ai aujourd'hui soixante-trois ans mais mon être reste marqué à jamais. Pour être en règle avec ma conscience, je projette d'écrire un livre. Sachez cependant qu'aucun Algérien n'a reçu une balle ou n'a été torturé par André Meyer. Vous pourriez me dire : " Tu aurais pu déserter ! " Mais le PCF et la JC nous demandaient de mener le travail politique contre la guerre, la paix et l'indépendance, dans l'armée. Ce n'était d'ailleurs pas une erreur, comme l'a montré la mobilisation des appelés contre le coup d'état des généraux factieux en 1961. Mais ce travail politique était très difficile à mener dans ce bataillon de Corée. Restait la possibilité de s'enfuir en Tunisie, ce que nous projetions de faire avec mon ami F. Martinez, mais brusquement on nous a séparés...

André Meyer

Nanterre (Hauts-de-Seine)


Cousin déserteur

Chère Madeleine Rebérioux, j'ai pris connaissance de " l'appel à la condamnation de la torture durant la guerre d'Algérie " dans les pages de l'Humanité. C'est plus qu'un soulagement, c'est un espoir que cet appel existe. Enfant à l'époque de la guerre d'Algérie, j'ai le souvenir d'un cousin déserteur que nous avons caché de longs mois et de mon impossibilité en CM2 d'inscrire sur ma fiche scolaire de début d'année : " née à Casablanca, nationalité française " ! J'avais inscrit : " nationalité arabe ". Lorsqu'on m'interrogea, je ne sus que répondre : " Je ne veux pas être colon ! " J'avais dix ans ! Depuis, mon engagement s'est nourri, bien sûr, d'anticolonialisme, de justice, de paix, d'antiracisme et de droits de l'homme. C'est au nom de ces valeurs que nous partageons, de mon engagement dans le conseil d'administration de l'association Mémoire, vérité, justice et de mon métier de journaliste, qu'après avoir signé l'appel du 17 octobre 1961, je souhaite signer le vôtre aujourd'hui et participer à toute action pour le promouvoir.

Aline Pailler

Journaliste

Membre du Conseil économique et social

Paris.


Etat de droit

Tout comme " un peuple qui en opprime un autre ne saurait être un peuple libre ", j'ai l'intime conviction que les bourreaux sont indélébilement mutilés par les sévices imposés à leurs victimes. Reconnaître un état de fait c'est, déjà, commencer à revenir en état de droit. Dénoncer aujourd'hui - enfin ! - des pratiques déshonorantes c'est commencer un devoir de mémoire. C'est le début de l'accès à la maturité du peuple français et le début de l'honneur (re)trouvé. Enfin, c'est notre devoir de réparation envers le peuple algérien que nous engageons. … ma modeste place, je veux y contribuer.

Alain Clary

Député maire de Nîmes (Gard)



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Lettre à NADIA

Posté le 05.03.2008 par georgeslondiche
Fin 2001, un un hebdomadaire français (TELERAMA) proposait à ses lecteurs d' écrire une lettre à quelqu'un qu'il aurait connu en Algérie. Voici la lettre que j' avais envoyé à TELERAMA mais que cette revue n' a pas jugé utile de publier.Cette lettre est adressée à une enfant du Maquisard qui appris son décès alors qu' il était au maquis.
Sassenage le 19/1/2002.
Petite NADIA,
Je ne sais rien de toi sauf que tu eus pour Papa quelqu' un à qui l' Algérie doit un peu de son indépendance. Il se trouvait dans un maquis du Nord-Constantinois quand, le premier février 1957, il écrivit sur un carnet: "J' ai appris, ce jour, le décès de ma petite NADIA qui serait morte il y a un mois et demie" environ.
Ton Papa oublia-t-il ce carnet ou l' avait-il mis à l' abri dans la cache où le trouva un jeune appelé de l' armée française?
Au cours de l' automne 2001, je retrouvais cet Ancien d' Algérie avec lequel, dans la même compagnie, nous avions courus les djebels.
Il me parla de ces carnets qui durant près de quatre décennies étaient restés, presque oubliés, dans un tiroir.Cela peut sembler incroyable mais le temps passe si vite.
Aujourd' hui, on parle beaucoup de ces années 1954-1962 au cours desquelles l' Algérie accéda à l' indépendance. Mais, on ne se parle guère entre nos deux pays.
"Ecrivez, en Algérie, à une personne vivante, décédée ou imaginaire" a proposé TELERAMA à ses lecteurs.
Tu ne fus pas imaginaire NADIA et, malgré les cinq années que dura encore la guerre après le premier février 1957, malgré tout ce temps passé depuis, les traces laissées par ton Papa ne le sont pas plus.
Je veux les retrouver pour que deux anciens appelés aillent apporter les carnets à ton Papa; Ou à sa famille, ou à ses amis, ou à son pays. (Fin de la lettre).
A l' époque, je ne savais pas que, quelques mois plus tard, je publierais ces carnets dans un livre .Aujourd' hui, pour la première fois depuis ma décision d' écrire "Guerre et "guerre" d' Algérie", je reparle de cette lettre et je suis immensément heureux que ce soit à l'un des fils du Maquisard et à Ammar.Fraternellement. georges.

Reçu le 6 janvier 2005

Posté le 04.03.2008 par georgeslondiche
Je vois que ton voyage a été fructueux tant en amitié que par les interviews qui t’ont permis de préciser ton point de vue sur le rôle des combattants du FLN et de celui de l’armée française.

Robert B..., Brains-sur-Vilaine
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